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Éducation

Rentrée scolaire: bilan d’une année chaotique

Alors que l’année scolaire est entamée pour des millions de jeunes, celle-ci se fait dans un contexte inédit, avec le défi de venir rattraper une année scolaire passée hors normes. En effet, l’année scolaire 2019-2020 apparaît comme plus que chaotique à bien des égards. Entre les différentes réformes gouvernementales appliquées dans la précipitation se soldant par un cuisant échec politique, et la situation inédite imposée par la Covid-19 et le confinement, la scolarité de la plupart des élèves fut grandement perturbée.

Un début d’année chaotique : de la suppression des filières générales à la tenue des E3C



Le début de l’année scolaire dernière a été tout aussi chaotique que la fin avec, en premier lieu, une réforme complète du baccalauréat général et l’instauration du contrôle continu pour le diplôme. 


Cette mesure s’est mise en place notamment via l’instauration des “Épreuves communes de contrôle continu” (E3C), qui s’est soldée par un échec monumental, tant pour les futurs bacheliers que pour le gouvernement lui-même.


En effet, la mise en place désorganisée des épreuves a suscité angoisse et incompréhension chez les élèves, finissant par déclencher un vent de révolte parmi les lycéennes et lycéens. 


Les E3C sont en effet constituées de partiels, puisés dans une banque nationale de sujets, avec la liberté pour les chefs d’établissements concernant le choix des sujets ainsi que des correcteurs.  Cependant, la publication de la banque des sujets fut sans cesse repoussée, entraînant une impréparation totale des bacheliers. En outre, ces modalités d’évaluation marquaient une rupture totale dans le caractère national du baccalauréat, creusant les inégalités entre les établissements.


Cette situation a conduit à un véritable échec pour le gouvernement poussé par la volonté d’instaurer le plus rapidement possible sa nouvelle réforme. En effet, de multiples problèmes matériels sont aussi apparus avec la mise en place de ces épreuves :  problème de sujets qui n’avaient pas forcément été travaillés en amont par les élèves dans le chapitre dédié, problème du manque de surveillants ou encore de salles dédiées à la tenue des épreuves.

La contestation lycéenne à été forte, empêchant la tenue des E3C dans plusieurs établissements (voir notre article sur le sujet: https://www.lavantgarde.fr/e3c-le-choix-de-la-repression/). Au, total, selon Philippe Vincent, secrétaire général du principal syndicat de proviseurs, 43% des lycées ont dû faire face à des perturbations, même si 87% des établissements ont pu tenir les épreuves.

Les futurs bacheliers ne furent pas les seuls à être acteurs de la protestation, puisque les professeurs eux-mêmes ont été en première ligne pour contester la mise en place du contrôle continu. Ils ont notamment mené bataille en refusant de surveiller les épreuves, voire en refusant purement et simplement de corriger les copies.

Au final, la contestation des E3C s’est faite à la fois sur le fond de la réforme, avec une réelle contestation du contrôle continu, mais également sur la forme, en réaction à l’amateurisme total avec lequel les épreuves ont été mises en place.

Autre axe important de la réforme du baccalauréat : la dissolution, dès la rentrée 2019, des filières générales, remplacées par un panel de spécialités que les élèves peuvent choisir eux-mêmes. Cet axe a définitivement acté la dissolution du caractère national du baccalauréat.

En effet, le choix extrêmement large de spécialités en vient à créer une multiplicité de baccalauréats différents. Cela accentue inévitablement les inégalités entre les différents lycées, puisque tous ne peuvent pas proposer les mêmes spécialités. Cela revient à créer une compétition entre les établissements, misant sur l’attractivité des spécialités proposées. 

Paradoxalement, loin du désir d’hétérogénéité des parcours voulus par le gouvernement, on constate que les spécialités se regroupent en différents pôles, à dominante scientifique, littéraire, ou encore économique et sociale, reconstituant ainsi les anciennes filières.

Ainsi, on retrouve des prédispositions sociales déjà existantes dans le choix des filières. On constate que, plus les élèves sont issus de milieux favorisés, plus ils se dirigent vers des matières à dominante scientifique. 

En outre, on retrouve dans le choix des spécialités un renforcement des prédispositions genrées. En effet, la filière littéraire était auparavant plébiscitée par les lycéennes, celle scientifique par les lycéens. On retrouve cette même configuration depuis la mise en place des spécialités, puisque celles à dominante littéraire sont davantage choisies par les lycéennes, et celles scientifiques par les lycéens, comme nous l’expliquions à l’époque dans un article (https://www.lavantgarde.fr/choix-des-specialites-au-bac-general-les-chiffres-sont-tombes/). 

Sur le plan purement logistique, la mise en place de ces spécialités pose de nombreux problèmes. En effet, l’administration doit pouvoir mettre en place les emplois du temps, malgré les multiples combinaisons de spécialités existantes. Une mission quasi-kafkaïenne, qui a conduit certains établissements à supprimer des pauses-déjeuner pour certains élèves, ou encore à faire terminer les cours à dix-neuf heures.

Aussi, certains lycées n’enseignent pas certaines spécialités proposées aux élèves, obligeant certains d’entre eux à suivre des cours dans un second établissement, parfois géographiquement éloigné du premier.

Le confinement et le mythe “continuité pédagogique”

Le 12 Mars, Emmanuel Macron annonçait la fermeture totale des établissements scolaires, universités comprises. Avec, à la clé, un défi colossal : maintenir la scolarité de tous les élèves à distance. C’est sous l’appellation de « continuité pédagogique », que le gouvernement a forgé la promesse que tous les élèves pourraient suivre les cours à égalité. 

La réalité fut tout autre : en premier lieu, les Environnements Numériques de Travail (ENT), outils largement utilisés par les professeurs durant le confinement pour déposer des documents, furent rapidement débordés. En effet, ces espaces numériques n’étant pas conçus pour accueillir un trop grand nombre d’utilisateurs, une saturation fut constatée dès les premiers jours.

En plus de cela, les inégalités sociales entre les élèves furent mises en lumière. 

Pour nombre de familles, permettre un accès à un équipement correct pour chaque enfant scolarisé ne fut pas chose aisée. Certaines ne possédaient qu’un seul ordinateur par foyer, voire aucun accès à internet pour d’autres.  

Aussi, maintenir la classe au sein du foyer implique d’être soi-même à l’aise scolairement, et être capable de guider et d’aider son enfant, en faisant preuve de compétences pédagogiques. La difficulté inhérente à  se substituer au professeur a été renforcé par le parcours scolaire différent de chaque parent.. En l’absence de réels dispositifs  de soutien scolaire, avec la complexité pour les enseignants de faire un suivi individuel à distance, il fut difficile pour de nombreux élèves de se maintenir au niveau attendu. 

Pour aller plus loin:

Environ deux semaines après la fermeture des écoles, le gouvernement estimait déjà à entre 5% et 8% le nombre d’élèves « perdus » par leurs professeurs, ne parvenant pas à les joindre.

Pour pallier à ce manque, plusieurs mesures furent mises en place par le Ministre de l’Education nationale : en premier lieu, un accord avec La Poste, permis à chaque professeur de joindre via son ordinateur un document imprimé à un élève n’ayant pas de ressources numériques suffisantes. En outre, des ordinateurs et des tablettes furent distribuées par des collectivités locales aux familles dans le besoin. Cependant, ces mesures furent mises en place tardivement, et nullement dans les proportions suffisantes, ne permettant pas de pallier à la fracture numérique présente sur l’ensemble du territoire.

Enfin, dernières de ces mesures représentant le minimum syndical pour les familles victimes de cette fracture sociale, le ministre fit la proposition floue de développer des colonies de vacances « apprenantes » durant l’été 2020, provoquant la colère des profesionnels de l’éducation populaire (https://www.lavantgarde.fr/julien-nombo-poaty-le-travail-de-leducation-nationale-nest-pas-du-tout-le-meme-que-le-notre/)

Enfin la continuité pédagogique s’est soldée par de nombreuses incertitudes, notamment pour les lycéens, via de multiples facteurs : incertitude face à la tenue (ou non) des épreuves du baccalauréat, manque d’explications concrètes face aux polycopiés envoyés, démotivation générale…

Un baccalauréat hors norme ? 

En plus de tout cela, la question du baccalauréat fut prépondérante dans cette année 2020. En premier lieu, le taux de réussite exceptionnel (95,7% , soit une hausse de plus de 7 points par rapport à l’année dernière), pose de nombreux questionnements sur le plan politique.

Tout d’abord, celui du nombre d’inscriptions en forte hausse dans l’enseignement supérieur qui prédomine, puisque celui-ci augmente inévitablement du fait de l’inflation d’admis.

Cependant, la question du taux de réussite exceptionnel du baccalauréat se pose également sous un autre angle: il semble également vouloir démontrer, par les chiffres, que l’instauration du contrôle continu est une réussite pour le gouvernement. En effet, elle était un point central de la réforme du baccalauréat. 

La crise liée à la pandémie de coronavirus fut une aubaine pour le gouvernement, puisque le contexte a permis de justifier le choix d’avoir recours au contrôle continu. Il est alors aisé pour le gouvernement de démontrer la corrélation entre le taux de réussite du baccalauréat et l’instauration du contrôle continu, quand  bien même celle-ci serait totalement factice. (https://www.lavantgarde.fr/le-bac-est-mort-pour-blanquer-vive-le-controle-continu/)

Au final, le bilan éducatif de l’année 2020 peut sembler bien médiocre. La crise de la pandémie de Coronavirus semble avoir mis en lumière les défaillances déjà existantes du système scolaire en général. Le maintien de Jean-Michel Blanquer à son poste lors du remaniement gouvernemental montre pourtant l’entêtement du gouvernement à persister dans une voie vouée à l’échec.