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CULTURE

Reportage: à Avignon les jeunes revendiquent l’accès à la culture pour tous

Ce samedi 29 avril, les Jeunes Communistes du Vaucluse ont organisé une conférence-débat en faveur d’un statut social pour les jeunes. La culture a alors été le thème central de cet événement en proposant comme problématique: « La culture quels enjeux pour la jeunesse ? »

La conférence a commencé dans un théatre à Avignon en proposant une analyse des programmes culturels des 2 candidats présents au second tour, alors que la culture a été la grande absente du débat présidentiel.

Pour Macron: libéraliser la culture

Ainsi le candidat d’En Marche propose une vision libérale de la culture, où cette dernière serait financée par des grandes entreprises et des grands groupes au dépend des petites structures indépendantes. En façade, ses propositions semblent répondre aux attentes de la jeunesse, mais en se penchant plus précisément sur son programme on remarque de nombreuses imprécisions, notamment avec une des mesures phares de son programme, à savoir le Pass Culture.

Ce dernier serait de 500 euros et disponible pour tous les jeunes de 18 ans via une application et une plateforme numérique. Or, proposer sous une forme numérique cet objet serait marginaliser tous les jeunes ne possédant pas de smartphone ou d’accès à internet. Ce sont ces jeunes, issus de milieux ruraux, qui ont un accès à la culture limité dû à leur localisation géographique, loin des infrastructures culturelles, qui en nécessitent le plus.

De même Emmanuel Macron souhaite « Professionnaliser et ouvrir les nominations dans le secteur culturel afin qu’elles reflètent la diversité de la société. », partant du constat que les femmes représentent plus de la moitié des étudiants en spectacle vivant, mais seulement 12 % des directeurs de théâtres nationaux.

Il voudrait donc que la parité devienne la règle « pour que davantage de femmes dirigent des institutions culturelles – et notamment les plus grandes. » C’est alors une grande méconnaissance du parcours nécessaire pour diriger de grands théâtres, la majorité des directeurs.rices ne venant pas de l’art de la scène mais de grandes écoles comme Sciences Po.

Le Pen: la version nationaliste

Si Macron propose une vision libérale de la culture, Marine Le Pen en a une vision nationaliste. En effet, elle ne semble se préoccuper que de la préservation du patrimoine, de la culture française et de la civilisation française. Pourtant, la culture française comme nous l’entendons se veut multiculturelle et de divers horizons. Elle veut également « défendre la langue française » qu’on ne trouve pas tellement menacée.

L’enjeu de la culture pour les jeunes

Ensuite, a été rappelé l’importance de la culture pour les jeunes. Cette dernière tient alors un rôle primordial dans l’ouverture d’esprit et l’émancipation de tous.  Nous avons alors besoin de temps de culture, de loisirs, de sport, pour être efficace dans notre formation. Et pour cela, on doit nous donner les moyens d’avoir accès à ses activités. En 2017 encore, la culture représente moins d’1% du budget de l’État.

Pourtant, la culture devrait être prise en charge dès le plus jeune âge par l’État, car elle est révélatrice, dès les petites classes, d’inégalités. Selon où l’on habite, les établissements scolaires que l’on fréquente, nous n’avons pas tous le même accès à la culture, les mêmes sorties scolaires. De plus, si un jeune habitant en province souhaite, par exemple, se rendre à une exposition à Paris, il sera freiné par le coût du déplacement qui est très rapidement excessif. La jeunesse est alors en recherche de culture et d’émancipation et nous demandons les moyens d’y accéder.

Un débat prolifique

Lors du débat, de nombreuses personnes ont tenu à rappeler les difficultés auxquelles sont confrontés chaque jour les jeunes, et pas seulement en terme de culture.

D’une part le problème d’orientation dans les lycées et les collèges est révélateur d’un manque d’encadrement des élèves quant à leur avenir. Parfois même, lors des conseils de classes, les professeurs orientent les élèves en fonction de leur profil et non de leur envie.

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Également, les jeunes ne sont pas assez informés sur les possibilités de passerelles  entre les différentes filières et formations.

Une question se pose alors : « comment réduire les inégalités face aux études ? ». En effet, de nombreux jeunes sont confrontés à la précarité notamment à cause des problèmes de bourses et de logement. Seulement 7 % des étudiants bénéficient d’un logement CROUS. De plus, 1 jeune sur 2 travaille pour assurer les coûts de ses études, dans des conditions bien souvent difficiles et qui influent sur les résultats, ne permettant pas aux jeunes de se consacrer pleinement à leur formation.

A Avignon aussi, ville pourtant connue pour accueillir le plus grand festival de théâtre au monde, tous les jeunes n’ont pas accès à la culture. Des dispositifs ont été mis en place dans les quartiers les plus pauvres de la ville, mais ont échoué n’accentuant que la fracture sociale entre le centre ville et la périphérie.

Les Jeunes Communistes on alors présenté leur propositions que sont la mise en place de réels Pass Culture/Loisirs nationaux et accessibles à tous les jeunes, un dispositif vacances/loisirs SNCF afin de garantir le droit aux vacances et l’accès au sport via des aides financières.

Un événement participatif

Cette journée a également été l’occasion de recueillir des témoignages de jeunes, engagés ou non, sur la culture et les moyens donnés à la jeunesse.

Matisse, 16 ans est en 1ère S et n’est pas militant, pour lui la culture a toujours été importante:

 » Mon père est prof de musique, du coup la culture et la musique ont toujours été chères à mes yeux, je pense que les jeunes ont accès à la culture mais qu’ils ne s’en donnent pas les moyens”

A l’inverse pour Dorian, 20 ans, en BTS Tourisme et militant France Insoumise:

« la culture est primordiale dans les classes populaires et ouvrières car elle permet une élévation spirituelle qui permet la lutte, je ne sais même pas si L’État met en place des programmes culturels pour les jeunes, donc c’est révélateur, s’il y en a, ce n’est pas valorisé. C’est l’école qui doit être le vecteur de la culture pour les jeunes, sans les initiatives de certains établissements, les élèves sont déconnectés de la culture ».

Enfin, Léna 18 ans est la coordinatrice départementale Jeunes Communistes du Vaucluse, avec ses camarades elle tenait à organiser cet événement:

« Cette conférence avait tout d’abord pour objectif de sensibiliser les jeunes à la question de la culture et de l’éducation, oubliée du débat présidentiel mais qui est essentielle à nos yeux. Elle avait aussi pour but de redonner la parole aux jeunes, leur permettre de débattre et d’émettre des revendications que nous porterons en tant que jeunes communistes. En effet, la culture, c’est ce qui permet de s’émanciper, de rêver, de créer, de penser par soi-même. C’est un moyen d’ouverture d’esprit essentiel, surtout pour les jeunes, qui sont dans une période de construction d’eux même et de leur avenir. Elle permet de s’épanouir quand on pratique un sport ou une activité artistique, elle apporte des connaissances nécessaires pour devenir un adulte, elle apprend la tolérance et le respect… C’est pourquoi la culture est très importante à mes yeux, et se doit d’être universelle. Les débats étaient vraiment enrichissants, la parole a beaucoup tourné et chacun partageait des expériences, des idées, des propositions ou des critiques, tout cela dans une ambiance d’écoute mutuelle. Les discussions des propositions du MJCF faisaient ressortir ce désir de changement et de reconnaissance que nous voulons justement porter »

La journée s’est terminée dans une ambiance conviviale et par des concerts. Une bouffée d’air pour les jeunes présents, eux aussi grands oubliés de la campagne, à qui trop souvent on ne demande pas leur avis.

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