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FRANCE

Une république soumise à la fonction présidentielle

Les débats passionnés battent leur plein dans cet entre-deux-tours qui ne laisse le choix qu’entre l’ultra libéralisme et l’extrême droite. A l’approche du second tour et de l’élection du ou de la futur.e président.e de la République, il est nécessaire de se pencher sur ce que sont la Ve République et la fonction présidentielle.

Les aspirations populaires progressistes, qui se sont massivement exprimées en faveur de la candidature de Jean-Luc Mélenchon le 23 avril, pointaient la nécessité de refonder la république et les institutions. C’est ce cadre qui enferme les électeurs dans le piège de ce second tour difficile et en amène de nombreux à le refuser par l’abstention ou le vote blanc.

L’élection uninominale où tout peut se jouer à 600 000 voix

Depuis 1962 le Président de la République est élu au suffrage universel direct, c’est-à-dire par tous les citoyens majeurs de nationalité française. Pour être élu président il faut réunir la majorité absolue des suffrages exprimés, c’est-à-dire la moitié +1. Si aucun candidat ne remporte cette majorité lors du premier tour de l’élection, un second tour est alors organisé entre les deux candidats ayant obtenu le plus de suffrages au premier.

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Ainsi ce scrutin uninominal sélectionne d’abord les deux candidats qui ont fait les scores les plus importants, mais qui ne représentent pas pour autant les convictions et les aspirations majoritaires du pays. Ce second tour de 2017 l’illustre bien, inutile de préciser que les électeurs ne sont pas fascistes d’un côté et partisans d’un libéralisme effréné de l’autre.

Ainsi, sur 11 candidats en lice au premier tour, les deux finalistes ne regroupent même pas la moitié des voix à eux deux. Pire encore, l’extrême droite accède de peu au second tour comme en témoigne l’écart de seulement 600 000 voix entre Mélenchon et Le Pen. Ainsi sur plus de 45 millions d’inscrits, à 600 000 voix près, le fascisme s’est hissé aux portes du pouvoir.

Un président tout puissant

Une fois élu, le Président de la République a entre ses seuls mains un pouvoir considérable. Il incarne l’autorité de l’Etat. Chef de la diplomatie, c’est lui qui signe les traités et qui nomme les ambassadeurs. Il est aussi le chef des armées, seul capable de déclencher l’utilisation de l’arme atomique, il peut aussi décider d’envoyer des troupes à l’étranger. Si Marine Le Pen concentrait ces pouvoirs demain, inutile de préciser les carnages dont elle et son parti seraient capables.

“Ce n’est pas pour rien que nous réclamons une constituante pour changer cette fonction présidentielle ! La fonction présidentielle en France, est un des plus puissante au monde. Le président a la main sur l’armée et la diplomatie avec des vrais risques de conflits surtout quand on voit déjà les fous furieux à la tête de certains pays.”

André Chassaigne sur lavantgarde.fr

Le Président a aussi un poids important sur la vie politique interne du pays. Il nomme le Premier Ministre, il peut décider la mise en place d’un référendum ou même dissoudre l’Assemblée Nationale et donc provoquer de nouvelles élections législatives. Il préside le Conseil des ministres, lors duquel sont nommés les hauts fonctionnaires et officiers militaires et où le gouvernement peut déposer un projet de loi.

Le Président de la République bénéficie donc d’importants pouvoirs. Qu’ils soient des pouvoirs directs prévus par la Constitution, ou alors indirects comme la capacité de peser largement sur le pouvoir législatif en dictant des projets de lois. Le Président est donc le premier acteur de la vie politique du pays. Nul doute qu’une fois installée en tant que cheffe de l’Etat, du gouvernement et de la majorité parlementaire, Le Pen aurait toute latitude pour appliquer son programme nauséabond.

Changer les choses ne passera jamais par les nier

On comprend aisément pourquoi la Ve République est souvent qualifiée de « monarchie présidentielle » et que son caractère démocratique est décrié. Il de plus en plus urgent de trouver la voie vers une nouvelle République où les citoyens, les travailleurs, reprendront pleinement leur place et regagneront leur souveraineté.

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Des millions de personnes se sont prononcées en faveur de ce changement et se retrouvent aujourd’hui piégées. Cependant si nous voulons changer les choses, nous devons partir de l’existant et du cadre dans lequel nous évoluons, c’était l’objet de la campagne de Jean-Luc Mélenchon notamment. Rien ne s’arrête aux élections, la mobilisation populaire étant la meilleure façon de déclencher le changement, mais celles-ci restent malgré un outil pour peser.

Si cette Ve République est plus qu’imparfaite, si le président concentre les pouvoirs, alors le pire qui puisse arriver est d’en donner les clés à l’extrême droite. Il faut dès maintenant se préparer aux cinq ans de luttes qui se profilent, et pour cela tous les outils à disposition doivent être utilisés.

Dans la situation actuelle, bien qu’il soit légitime de ne plus vouloir jouer à ce jeu truqué de la Ve République, personne ne peut nier les dangers que représente l’accession du FN au pouvoir. Ce parti est déjà suffisamment banalisé dans les esprits pour que les progressistes s’y abandonnent. A la tentation de ne pas choisir, et de rester chez soi le 7 mai prochain, doit se substituer un élan collectif pour relever la tête et écraser le Front National.

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Collectif de rédaction d'Avant Garde