revolution-russe-33-revolution-doctobreAffiche d'Alexandre Petrovitch Apsitis dit Apsit - RêvolutionS | PCF
A LA UNE

La Révolution russe (3/3) La révolution d’octobre

Troisième et dernier épisode de notre série d’article sur les chronologie de la révolution russe.

Lire aussi : La Révolution russe (1/3) : Avant octobre, la révolution de février

 

Lire aussi : La Révolution russe (2/3) : De février à octobre : la Russie à la croisée des chemins

Prendre l’initiative de l’insurrection

À l’automne 1917, un point de non-retour semble être atteint. Le gouvernement provisoire s’est définitivement coupé des masses. Devenu impopulaire en l’espace de quelques mois, Kerenski dévie vers un autoritarisme de plus en plus affirmé.

Comptant environ 200 000 membres, et mieux organisés que n’importe quel autre groupe politique, les bolcheviks sont aux portes du pouvoir. Lénine, qui s’était réfugié en Finlande après les journées de juillet, presse le comité central du parti bolchevik de passer à l’insurrection.

Les dirigeants bolcheviks sont hésitants. Le 20 octobre doit se tenir le IIème Congrès panrusse des soviets. Les bolcheviks, qui dominent déjà les soviets de Petrograd et de Moscou et qui gagnent partout en influence, pourraient y être majoritaires s’ils passent des alliances avec les autres groupes. Lénine proteste : la révolution ne peut être menée avec un gouvernement de coalition instable. De plus, il ne s’agit pas seulement d’être majoritaires au Congrès des soviets : il faut aussi en finir avec la dualité des pouvoirs, il faut au plus vite faire tomber le gouvernement provisoire.

Lénine, qui risque toujours d’être mis en état d’arrestation, revient clandestinement à Petrograd déguisé en ouvrier. Le comité central du parti bolchevik se réunit. Le 10 octobre, après une réunion de plus de dix heures, Lénine obtient ce qu’il veut. Le principe de l’insurrection armée est voté à dix voix contre deux (Kamenev et Zinoviev). Quelques jours plus tard, Kamenev et Zinoviev tentent de reporter le déclenchement de l’insurrection. Leur proposition est rejetée par vingt-et-une voix contre six. Si l’insurrection reste à l’ordre du jour, le constat s’impose : une partie des dirigeants bolcheviks montre des réticences.

Le triomphe de l’insurrection

Les préparatifs s’organisent. Le 16 octobre, le soviet de Petrograd décide la création d’un Comité Militaire Révolutionnaire (CMR), placé sous l’autorité de Trotski. Les bolcheviks sont majoritaires au soviet de Petrograd et contrôlent donc le CMR. L’insurrection imminente n’est plus un secret, la tension monte dans les rues de Petrograd.

Dans la nuit du 24 au 25 octobre (6 au 7 novembre de notre calendrier), l’insurrection est déclenchée. Les troupes du CMR occupent les points stratégiques de Petrograd : gares, ponts, banques, postes, télégraphes… Ces occupations se font sans effusion de sang, dans un calme qui surprendra les observateurs de l’époque.

Les choses se passent différemment au palais d’Hiver, siège du gouvernement provisoire. La troupe résiste. L’intervention des marins de Kronstadt, ralliés aux bolcheviks, est décisive. Le croiseur L’Aurore pointe ses canons sur le palais d’Hiver. Les assiégés finissent par se rendre. Kerenski s’est enfui, l’insurrection triomphe.

Le 25 octobre au matin, Lénine publie un communiqué :

« Le gouvernement provisoire a été déposé. L’autorité gouvernementale est passée aux mains de l’organe du soviet des députés ouvriers et soldats de Petrograd, le comité militaire révolutionnaire, qui s’est mis à la tête du prolétariat et de la garnison de Petrograd. L’objectif pour lequel le peuple a combattu – proposition de paix immédiate et démocratique, abolition de propriété foncière, contrôle de la production par les ouvriers et création d’un gouvernement des soviets – cet objectif est atteint. »

Le gouvernement des soviets

À l’ouverture du IIème Congrès panrusse des soviets, les bolcheviks obtiennent la majorité avec l’aide des socialistes-révolutionnaires de gauche. Malgré l’opposition des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires de droite, le Congrès approuve l’insurrection et proclame un nouveau gouvernement issu des soviets : le Conseil des Commissaires du Peuple, qui sera dirigé par Lénine.

Les grandes mesures sont prises rapidement. Le décret sur la terre abolit la grande propriété foncière et donne la terre aux paysans. Les banques sont nationalisées, le contrôle ouvrier sur la production est institué, les minorités nationales de l’ancien empire russe obtiennent le droit à disposer d’elles-mêmes, la séparation de l’Église et de l’État est prononcée… Enfin, les bolcheviks entreprennent des négociations de paix. Ce n’est qu’avec la conclusion de la paix de Brest-Litovsk (3 mars 1918) que la Russie se retirera enfin de la première guerre mondiale.

Tout n’est pas encore gagné pour les bolcheviks. Le pouvoir reste incertain. Au 73ème jour de pouvoir, Lénine se serait mis à danser sur la glace pour célébrer le fait que le gouvernement des soviets ait dépassé la longévité de la Commune de Paris. Mais les anciens partisans du tsar, les soutiens du gouvernement provisoire ainsi que les mencheviks entendent bien riposter.

Ils formeront les armées blanches et combattront pour la contre-révolution. La guerre civile russe durera de 1917 à 1923. Les bolcheviks, que l’on nomme désormais « communistes », triompheront. C’est la victoire définitive de Lénine et de ses idées.