Gwenn Herbin | Avant Garde
INTERNATIONAL

Salah Hamouri, 403 jours de trop et une liberté relative

Salah Hamouri, après plus d’un an de détention dans une prison israélienne, est enfin libre.

Le 23 août 2017 Salah Hamouri était arrêté chez lui à Jérusalem où il vit avec sa famille. 3 jours avant il avait prêté serment au barreau de Ramallah.

Plus de 10 ans d’acharnement judiciaire

Les comités de soutien se créent aussi vite que la nouvelle se répand et pour cause, Salah Hamouri avait déjà subi l’emprisonnement et l’acharnement d’Israël. En 2005, à 19 ans  il est emprisonné sans preuves pour son appartenance supposée au front populaire de libération de la Palestine et pour une tentative d’assassinat sur un rabbin d’extrême droite, sans preuve, pour laquelle il plaidera coupable sous la contrainte.

Salah, citoyen français, devient l’emblème des prisonnier.e.s politiques palestinien.ne.s. De nombreuses personnalités, notamment des député.e.s PCF, appellent à sa libération mais les autorités françaises restent sourdes à leurs demandes. En 2011 il fait partie des prisonniers libérés lors d’un échange entre Israël et le Hamas.

Même hors de prison, la pression du gouvernement israélien continue. En 2016 sa femme alors enceinte se voit refuser son visa par Israël. Alors que celle-ci vit et travaille à Jérusalem, elle est contrainte d’accoucher en France, l’Etat interdit même aux Palestinien.ne.s de choisir où naissent leurs enfants.

Sans motif, sans preuve, la détention administrative

Le droit Salah Hamouri le connaît bien, il a commencé à l’étudier lors de sa première détention, il connaît en particulier une spécificité de la loi israélienne : la détention administrative. Cette loi permet d’enfermer sans charge ni procès indéfiniment.

Après son arrestation en août 2016, sa détention administrative sera renouvelée 3 fois, d’abord 6 mois, puis 4 et enfin la dernière, 3 mois,  qui couraient jusqu’à ce 30 septembre, date de sa libération. Chaque nouveau renouvellement est une source de stress et de pression pour la famille. Le 29 septembre personne ne pouvait dire, ni Salah lui-même, ni le gouvernement français s’il s’agissait du dernier jour d’enfermement du militant.

C’est le ministre de la défense d’Israël lui-même qui donne les ordres d’incarcération. Véritable outil de censure politique, la détention administrative est utilisée par l’Etat colonisateur de manière systématique. Si Salah Hamouri est visé c’est que sa voix, son engagement pour les droits humains portent en Palestine aussi bien qu’en Europe.

Grand absent de la lutte : le gouvernement français.

Déjà lors de sa première incarcération Salah Hamouri déclarait que son comité de soutien avait bien plus agi que le ministère des affaires étrangères. Il a, à sa libération ce dimanche, remercié les lecteurs et lectrices de l’Humanité encore une fois pour leur soutien. Et pour cause l’Etat français agit comme si les franco-palestinien.ne.s étaient des sous-citoyen.ne.s.

Si le ministre Jean-Yves Le Drian et le Président assurent avoir “évoqué” la situation de Salah Hamouri auprès des autorités Israéliennes, on ne peut que constater que ceux-ci n’ont pas été entendus. La diplomatie française s’en trouvant ridiculisée et humiliée. La situation de Salah Hamouri illustre la position de la diplomatie française sur le conflit israélo-palestinien, ni condamnation, ni réaction face au mépris des lois internationales par Israël, seulement un silence assourdissant.

Pourtant le comité de soutien à Salah Hamouri rassemble largement, personnalité.e.s, musicien.ne.s, politiques et citoyen.ne.s demandant sans relâche la libération du jeune avocat. En prison ces camarades prisonnier.e.s politiques en profitent eux aussi pour ce faire entendre à travers le symbole qu’est devenu “le français”.

Une liberté trop relative

Après plus d’un an d’attente dans la famille de Salah et chez chaque militant.e pour une Palestine libre ce dimanche 30 septembre c’est la joie. Pourtant la libération de Salah ne s’est pas faite sans condition.

Contre une caution de 3000 shekel Salah Hamouri s’engage à ne participer à aucune célébration, même de sa propre libération pendant 30 jours. Il lui est aussi interdit de participer à toute activité militante pour la même durée. De plus la Palestine en elle-même, victime de la colonisation est une prison à ciel ouvert.

Enfin s’il a gagné le droit de sortir, il ne pourra pas être tout de suite auprès de tous ces proches. En effet le jeune papa est séparé de sa femme et de son fils. Elsa Lefort (aussi présidente de son comité de soutien) étant interdite de territoire israélien depuis quasiment 2 ans. Cependant Salah l’assure, il veut vivre et voir grandir son fils en Palestine. Nul doute que le militant des droits humains et ses soutiens feront preuve d’une détermination sans faille pour son droit à une vie familiale normale.