Statue de Sambucucciu à Alendu
A LA UNE

Sambucucciu d’Alendu, le robin des bois corse

N’en déplaise à certains, l’Histoire est une science sérieuse qui se repose sur des faits et des preuves physiques ou écrites. Néanmoins il existe toujours dans cette discipline une parcelle d’ombres, des récits, des personnages à mi-chemin entre le mythe et la réalité. Et c’est le cas de Sambucucciu d’Alendu, un héros du Moyen-Âge Corse qui nourrit encore aujourd’hui les fantasmes, des historiens et des politiciens insulaires. Et pour être tout à fait honnête, j’ai moi-même une vraie curiosité pour ce mystérieux personnage, que l’on pourrait simplement et naïvement qualifier de « Robin des Bois Corse » et c’est donc pour cette raison que j’aimerai parler de sa légende et sans doute la faire découvrir aux camarades du Continent qui doivent sans aucun doute avoir des personnages du même acabit dans leurs régions respectives.

D’après le chroniqueur médiéval Giovanni Della Grossa, notre histoire commencerait donc au milieu du XIVème Siècle. La Corse est alors dirigée par une myriade de petits seigneurs locaux sans scrupules, qui n’hésitent pas à affamer les populations en leurs imposant des taxes plus arbitraires les unes que les autres. Et alors que la misère et la maladie ravagent l’île, la colère commence à gronder aux quatre coins de celle-ci. Sambucucciu que Giovanni Della Grossa décrit comme étant un « homme de grande réputation » (s’il a réellement existé on peut donc penser qu’il s’agissait d’un petit notable de campagne), incite les corses à prendre les armes, à renverser les seigneurs et à récupérer les biens qui leur ont été confisqués.

Et en 1357, dans toute la Corse, les paysans finissent par se soulever et l’agitateur d’Alandu est d’après certaines sources et comme d’autres notables, nommé parmi les « Capi Popoli » que l’on peut facilement traduire par « Chefs du Peuple ». Le peuple ne veut plus de Prince, de Comte, ou de Seigneur, il bat une partie des seigneurs à Mutari d’Alesani et marche en cortège vers les places fortes et châteaux de l’île, qu’il brûle les uns après les autres, à l’exception de ceux de Calvi et Bonifacio qui appartenaient alors à la République de Gêne. Ces succès permettent alors à Sambucucciu d’être nommé « Chef de Révolte » par ses pairs.

Cette révolte aux allures d’immense jacquerie est une réussite et elle divisa même la Corse en deux, avec au Nord la « Terra del Commune » et au Sud la « Terra di I Signori », la « Terre du Commun » et la « Terre des Seigneurs ». Mais si la première débride l’imagination et laisse imaginer un immense territoire, où chacun est libre de chasser et de cueillir tout ce qu’il souhaite, l’Histoire elle est plus raisonnable puisqu’elle lie plutôt la « Terre du Commun » à la « Terre de la Commune de Gêne », puisqu’après son immense victoire, Sambucucciu se serait tourné vers la République de Gêne pour obtenir de l’aide et éviter que les seigneurs vaincus ne tentent de récupérer leurs biens par la force. D’après le prêtre et chroniqueur médiéval Petrus Cyrnaeus, Sambucciu serait ensuite mort en 1370, victime comme beaucoup d’autres de l’épidémie de peste qui sévissait alors sur l’île.

Si son existence même est remise en doute par une armada d’historiens et ce depuis le début du XXème siècle, Sambucucciu reste une figure iconique, le symbole d’une Corse populaire capable d’abattre des châteaux et de briser ses chaînes. Et c’est pour faire écho à cette image fédératrice et peut-être un peu utopique, que sous l’Occupation, Nonce « Bebe » Benielli membre fondateur du PCF en Corse et Résistant au sein du Front National, choisit d’utiliser le nom de code « Sambucucciu », mais cela c’est une autre histoire…