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Travailler au Futur, TaF, le nouveau projet de l’Humanité

Avec Travailler au Futur, TaF, l’Humanité propose une nouvelle façon de mener la réflexion sur les évolutions du travail. Présentation d’un projet qui allie revue, plateforme collaborative et conférences.

TaF un projet pour le renouveau de l’Humanité

Il y a un an, l’Humanité connaissait de graves difficultés financières dans un contexte de crise de la presse papier et particulièrement pour les quotidiens nationaux. L’Humanité n’est adossée à aucun grand groupe possédé par des milliardaires qui peuvent se permettre de financer des titres déficitaires. À la baisse des ventes liées à une concurrence de médias gratuits et peu qualitatifs s’est ajoutée également une baisse des revenus publicitaires de plus en plus captés par les géants américains du web.

Pourtant la disparition de l’Humanité serait un drame terrible pour l’information en France. C’est le titre de toutes les batailles sociales, le journal des intérêts des travailleurs. C’est d’ailleurs grâce à une campagne de mobilisation populaire menée par les militants communistes, mais aussi plus largement que le quotidien a pu surmonter cette épreuve. Il a dû toutefois procéder à des licenciements en juillet dernier. Les journalistes de l’Humanité s’attellent depuis à poursuivre leur travail tout en pensant au développement de leur journal. C’est dans ce cadre qu’en février dernier est sortie l’initiative « travailler au futur ».

TaF un projet multisupport

Cette initiative c’est à la fois un trimestriel, un site internet collaboratif et un label pour l’organisation de conférence. L’acronyme de « travailler au futur » Taf qualifié d’heureux par le directeur de l’Humanité Patrick le Hyarick vient ainsi lier ces différents éléments sous une marque commune. L’objectif de ces différents vecteurs est le même faire vivre une réflexion sur les évolutions du travail en y apportant la particularité de l’Humanité. Le directeur du journal met notamment en avant plusieurs enjeux : « la pénibilité, la durée du travail, l’égalité entre les femmes et les hommes, les effets de la révolution numérique ou l’indispensable métamorphose écologique. »

Les trois plateformes s’alimenteront les unes les autres. Les contributions pourront ainsi être publiées dans la revue trimestrielle tout comme les transcriptions des conférences organisées. Dans sa vidéo de présentation, Patrick le Hyarick explique vouloir même à terme organiser annuellement un « grand forum international » avant de conclure :

« Il faut sortir aujourd’hui de cette concurrence entre l’ouvrière du bangladeshi qui fait des T-shirts et l’ouvrière du nord de la France à qui on ferme l’entreprise pour délocaliser. […] De telle sorte qu’ils ne se sentent plus les uns et les autres en concurrence, en compétition ou ennemis, mais au contraire qu’on fédère des actions pour élever la qualité du travail partout, les moyens du travail et la rémunération du travail comme la sécurité du travail. »

Une finalité militante assumée et qui fait tout l’ADN du quotidien fondé par Jean Jaurès en 1904 et qui depuis s’est toujours fait le porte-voix des revendications des salariés.

Une revue de qualité

La revue assume également cette filiation militante avec une couverture en noir et rouge qui rappellent les premières couleurs du mouvement ouvrier. Le papier de qualité fait de l’ouvrage un bel objet que les amateurs aimeront conserver. À l’ouverture, la seconde page s’affiche deux mains noircies par le labeur qui se détache d’un fond noir. Le ton est donné par cette image qui évoque directement le travail et conclut également la revue puisqu’elle figure sur l’avant-dernière page. Une manière de rappeler photographiquement que l’entièreté du magazine est consacrée à ce thème unique.

La mise en page est soignée et la police d’écriture confortable. Les premières pages sont consacrées à des infographies très bien réalisées et habilement organisées. La surcharge d’information est assumée, mais donne envie de découvrir une par une les différentes données.

Le corps du journal est principalement centré sur une série d’entretien habillé par une belle photo pleine page de l’interviewé. Les entretiens sont bien pensés, ni trop courts, on ne reste pas sur faim, ni trop long, on ne survole pas les dernières questions pour arriver à la fin. Ces entretiens sont l’occasion de donner la parole à de grands penseurs du travail, des universitaires, mais aussi des syndicalistes, de la théorie et de la pratique.

De la pratique on en trouve également au centre de la revue. Les pages centrales sont entièrement consacrées à des portraits de salariés. Leurs conditions de travail sont décrites pour y être dénoncées tandis que les chiffres vertigineux des résultats des entreprises sont exposés en contraste avec la réalité vécue. Un travail salutaire qui met en évidence le contraste cruel entre le développement historiquement haut des forces productives et une réalité qui se dégrade pour des millions de travailleurs. Là encore, la mise en page particulièrement réussie met en valeur l’excellent travail réalisé.

La culture est également à l’honneur, des œuvres littéraires viennent régulièrement offrir une respiration. À ce traitement du « travail » par les écrivains s’ajoute la place occupée par celui-ci dans le cinéma avec plusieurs pages consacrée au traitement du labeur par le septième art. 

Enfin, quelques articles d’analyse viennent compléter cette revue de près de 100 pages qui se conclut par une bibliographie.

Un premier numéro prometteur

Ce premier numéro est entièrement consacré à défricher le sujet du travail. Les entretiens font appel à des intervenants reconnus comme Bernard Thibault, Anicet le Pors, Simone Weil ou Alain Supiot. La réforme des retraites y est particulièrement décryptée. La qualité de l’ouvrage est indéniable et si on ne lit pas tout en une seule fois, on prend plaisir à s’y replonger.

La plateforme internet est pour l’instant quelque peu vide. L’aspect contributif devrait toutefois rapidement permettre de la remplir. Le site internet est toutefois clair et paraît pouvoir rester lisible même lorsque les contenus seront nombreux. Les conférences ne sont pas encore annoncées, mais promettent déjà d’être particulièrement passionnantes. En attendant, le titre peut s’acheter pour 10 € 50 sur internet. Deux offres de lancements sont également disponibles à l’abonnement pour 35 € l’année et 65 € les deux ans.

Ce nouveau venu dans la presse française promet beaucoup et sa réussite est à souhaiter !

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Collectif de rédaction d'Avant Garde