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EDITO

Une éducation à deux vitesses

La semaine dernière, Jean-Michel Blanquer a annoncé les modalités de passation du baccalauréat. 

Le ministre a indiqué que les épreuves pour les terminales seront annulées et remplacées par les notes obtenues en contrôle continu lors des trois trimestres de l’année. Le caractère national du baccalauréat disparaît alors, pour faire place à un baccalauréat local, propre à chaque établissement. Avec un tel dispositif, tout porte à croire que la valeur du diplôme ne dépendra plus de la note obtenue, mais du niveau prétendu du lycée d’origine, avec un risque d’aggravation des inégalités. 

L’annulation des épreuves est d’autant plus incompréhensible que dans le scénario envisagé par le ministre, les élèves rentreront en cours au plus tard au début du mois de juin, et que certaines épreuves comme l’oral de français sont maintenues. Comment justifier alors la possibilité de tenir des oraux, mais non des écrits à cette période ?

Jean-Michel Blanquer semble s’être précipité pour annuler ces épreuves terminales. Il est aujourd’hui difficile d’affirmer qu’il sera impossible de tenir des épreuves au mois de juin. Mais l’occasion était trop belle pour le ministre. Ces mesures lui permettent de légitimer une réforme du baccalauréat introduisant une dose de contrôle continu, qu’il peine à imposer auprès des élèves et enseignants.

Alors que le baccalauréat est annulé, le processus de Parcoursup lui continue. Lors de son allocution, le ministre n’a pas eu un seul mot sur la plateforme. Ainsi, le 2 avril s’est achevée la phase de dépôt des dossiers. Bien que le ministère se félicite d’un nombre de dossiers déposés plus important que l’an passé, difficile de masquer la précipitation et le stress qui a accompagné cette phase essentielle pour les lycéennes et lycéens.  

La destruction du caractère national du baccalauréat joint à la sélection à l’entrée de l’enseignement supérieur va avoir des conséquences désastreuses. Le critère du lycée d’origine sera une variable d’ajustement déterminante pour trier les bons des mauvais dossiers. La sélection sociale à l’entrée de l’enseignement supérieur ne peut que s’amplifier.  

Outre ces annonces, Jean-Michel Blanquer s’entête dans la promotion d’une prétendue « continuité pédagogique ». Alors que du propre aveu du ministre, environ un million d’élèves sont en décrochage depuis le début du confinement, cet entêtement à vouloir continuer les programmes coûte que coûte risque une fois de plus d’amplifier les inégalités entre les élèves.

La situation est loin d’être plus enviable dans l’enseignement supérieur. L’autonomie des universités tant vantée par les libéraux pousse chaque établissement à prendre des mesures différentes, laissant la ministre Vidal incapable d’apporter quelconques éléments de sortie de crise. Les étudiants sont alors les laissés pour compte, dans le flou le plus total, suspendu aux informations arrivant au compte goutte de leurs UFR. Aujourd’hui, rares sont les étudiants connaissant leurs modalités d’examens.  

Alors que la France figure déjà parmi les mauvais élèves concernant les inégalités scolaires, ces mesures, combinés aux récentes réformes de l’éducation, ne vont faire qu’aggraver ce phénomène. 

Dans ces conditions, la crise sanitaire que nous traversons risque de se transformer en une crise éducative.