Utile ou non utile

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Vivre ensemble

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Depuis plusieurs jours maintenant, un appel pressant à un « vote utile » ou « vote efficace » à gauche se fait entendre dans la bouche de cadres de la campagne de Jean-Luc Mélenchon. 

On pourrait se contenter d’expliquer que l’hypothèse d’un second tour pour la gauche relève au mieux du fantasme, au pire du pur mensonge. Tant l’écart entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon demeure important aujourd’hui dans les intentions de vote. Mais ce discours mérite d’être déconstruit, tant il est dangereux pour le débat démocratique comme pour l’espoir de l’arrivée d’une gauche au pouvoir dans les prochaines années. A contrario de cette logique « rationaliste » et court-termiste, le vote pour Fabien Roussel apparaît lui comme porteur de cette ambition. 

Un discours contre la démocratie 

L’élection présidentielle devrait être un grand moment de débat, dans lequel chacune et chacun peut voter pour ses convictions propres à travers le candidat qui les porte au mieux. Pourtant, accepter l’idée d’un vote « utile » ou « efficace » revient à accepter celle d’un vote « inutile » ou « inefficace ». Au mépris des choix des électeurs.

Mais c’est aussi tomber dans le piège d’une V° République qui transforme l’élection en un casting entre différentes personnalités. Et qui réduirait ainsi le choix des électeurs à celui du « moins pire ». Il est à ce propos curieux que ce discours ait tant d’échos dans la bouche de ceux habituellement pourfendeurs du présidentialisme et de la V° République.

Fabien Roussel, une candidature originale à gauche 

L’appel au vote efficace est accompagné de l’idée selon laquelle les programmes à gauche seraient très semblables. Et qu’il faudrait donc voter pour celui qui aurait le plus de chance de l’emporter (ou juste d’être au second tour, nous y reviendrons). Pourtant, le programme de Fabien Roussel tranche avec les autres programmes à gauche. 

Par exemple, en portant la voix d’une écologie populaire, qui assume l’énergie nucléaire comme un élément de la solution plutôt que de la condamner dans des caricatures alarmistes et mensongères. Face à la volonté d’autres candidats d’accompagner le chômage en créant un revenu citoyen ou en recourant à l’État pour embaucher, Fabien Roussel porte une sécurité de l’emploi et de la formation construite grâce à la reprise en main de l’appareil productif par les travailleurs et travailleuses. 

Il s’est aussi retrouvé bien seul durant cette campagne à défendre fermement la laïcité et l’universalisme. Comme l’a montré l’hommage controversé — mais ô combien nécessaire — à Charlie Hebdo du candidat communiste. Toutes ces idées, et d’autres encore semblent apparaître comme nécessaires, et justifient d’elles-mêmes la nécessité d’une telle candidature.

Un point d’appui pour les mobilisations sociales 

Au lendemain du second tour, il y a malheureusement fort à parier qu’il y aura besoin de mouvements sociaux d’ampleur pour lutter contre les mauvais coups libéraux. Le vote Fabien Roussel permettra alors de donner une force à ces mobilisations sociales. 

Sur la question des retraites, qui pourrait faire l’objet de luttes intenses dès l’automne, Fabien Roussel est aujourd’hui le seul candidat à proposer la retraite à 60 ans avec 37,5 annuités. Plus le score de Fabien Roussel sera haut, plus cette revendication aura de la force dans la société. 

On pourrait faire une analogie sur les questions climatiques. Un score haut pour Fabien Roussel permettra de légitimer des revendications à gauche pour un mix énergétique 100 % public, incluant le nucléaire et capable de décarboner réellement notre économie. À travers un score haut de Fabien Roussel, ce seront des millions de voix qui soutiendront ces revendications essentielles aux classes populaires dans les mobilisations sociales. 

Une gauche au second tour… pour faire quoi ? 

Une autre question se pose quant à un prétendument vote « efficace » en faveur de Jean-Luc Mélenchon : quel en serait l’objectif ? De l’aveu même des cadres de la France Insoumise, l’enjeu serait de permettre à Jean-Luc Mélenchon d’être au second tour et d’ainsi pouvoir « débattre avec Macron ». Reconnaissons leur alors l’honnêteté d’assumer qu’une victoire face à Macron est actuellement impossible pour la gauche. Reste alors le maigre espoir d’un débat face au Président, qui permettrait d’opposer un autre discours au locataire de l’Élysée que celui de l’extrême droite. 

Ainsi, comme par magie, tout le travail de sape idéologique des libéraux depuis des années pourrait être enrayé en deux heures, le temps d’un débat télévisé. Et les erreurs de la gauche l’ayant conduite à sa faiblesse seraient annulées.

Une candidature pour reconstruire une gauche populaire et majoritaire 

Il se cache derrière cette illusion un aveu de défaite. La gauche ne pourrait plus gagner des élections, la seule ambition serait de se rassembler en catastrophe pour atteindre le second tour et éviter l’humiliation.

C’est ne pas voir le véritable problème d’une gauche incapable de récolter 51 % des voix lors d’élections nationales. On pourrait longtemps en blâmer les responsables. Gouvernements de gauche ayant trahi les classes populaires ou partis politiques les ayant simplement abandonnés, volonté hégémonique et destructrice d’autres mouvements, etc. Mais là n’est plus l’enjeu.

Il est de poser aujourd’hui les jalons de la reconstruction d’une gauche qui pourra gouverner et changer la vie des gens. La question est alors la suivante : autour de quelles idées se recomposera-t-elle ? Autour d’une écologie très libérale compatible portée par Yannick Jadot ? Autour d’une « Union populaire » aux contours flous dont l’effacement progressif de Mélenchon risque d’entraîner une période d’errance ? 

Face à cela, le projet de gauche proposé par Fabien Roussel paraît le plus à même de réconcilier la gauche avec les classes populaires autour d’un projet révolutionnaire et réalisable. Le chemin est encore long, mais il commence dès ce premier tour de l’élection présidentielle.