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Violences en Seine-Saint-Denis : chronique d’un département abandonné par l’État

Suite à l’annonce de la mort de Dadje lycéen à Aubervilliers, les enseignant·e·s du lycée d’Alembert ont décidé d’exercer leur droit de retrait. Une violence banalisée dans le 93, département le plus pauvre de l’Hexagone pourtant  situé en Île-de-France dans la région la plus riche de France.

Fin novembre, quelques jours après l’assassinat d’Olivier Tony, la Seine-Saint-Denis est de nouveau endeuillée. Dadje, lycéen de 19 ans a été assassiné à Saint-Ouen. C’est la deuxième fois que le lycée d’Alembert situé à Aubervilliers fait face au décès d’un de ses élèves. En octobre dernier, c’était Kewi, 15 ans, qui mourait après avoir été poignardé. Traités comme des faits divers dans les médias, ces événements sont loin d’être des cas isolés dans le 9-3.

Des profs mobilisé·e·s suite à la mort d’un deuxième élève 

En deux mois, deux de leurs élèves ont succombé à leurs blessures après avoir été poignardés. Les professeur·e·s évoquent le manque de prise en charge du personnel du lycée et des élèves suite aux récents événements. Ils estiment que l’Éducation nationale ne mesure pas la gravité de la situation et l’impact que les deux décès ont pu avoir.

Le 26 novembre, les professeur·e·s ont publié une lettre, qu’ils ont fait parvenir au recteur de l’Académie de Créteil, à Jean-Michel Blanquer et à leur proviseur pour expliquer l’exercice de leur droit de retrait. Dans ce cri de colère, ils et elles font le récit de différents cas de violences vécus par leurs élèves. Une élève violée, des lycéen·ne·s racketté·e·s à la sortie du lycée, des lycéen·ne·s séquestrés, depuis le début de l’année les professeur·e·s font écho d’une vingtaine d’agressions. Même si les violences ont, la plupart du temps, lieu en dehors du lycée, elles ne sont pas sans incidence sur les professeur·e·s qui se retrouvent, malgré elles et eux, à devoir gérer ces situations. De plus, suite à ces agressions, les lycéen·ne·s sont nombreux à mettre fin à leur scolarité. 

Pour faire face à cette situation dramatique, les professeur·e·s ont fait une liste de revendication à la fin de leur lettre où ils et elles exigent plus de moyens, notamment en augmentant l’effectif des CPE et des surveillant·e·s et en mettant à disposition un·e assistant·e sociale et un· infirmier·e. 

La responsabilité de l’État engagée 

L’Observatoire des données sociales de Seine–Saint-Denis a fait une étude sur les jeunes de 15 à 29 ans dans le 93. Les chiffres sont dramatiques. Cette étude montre que le taux de pauvreté des jeunes dans ce département est beaucoup plus élevé que la moyenne nationale. Elle révèle également que les jeunes du département arrêtent précocement leur scolarité, 25% des 16-19 ans ont quitté le système scolaire. Dans certaines villes, c’est 45% des jeunes qui sont non scolarisé·e·s et sans diplôme. La déscolarisation des élèves s’explique en grande partie par les défaillances de l’École dans le département. 

En octobre dernier, des parents d’un collège à Saint-Denis ont voulu attaquer l’État en justice parce que 17% des heures de cours n’ont pas été assurés durant l’année scolaire 2018-2019 du fait des professeurs non remplacés. Un rapport parlementaire sorti en 2018 fait écho d’un taux de 64% de professeur·e·s néo-titulaire dans le département alors que la moyenne nationale est de 21%. Les élèves en Seine–Saint-Denis se retrouvent donc avec les professeur·e·s les plus fragiles et les moins qualifié·e·s. 

Située dans la région la plus attractive de France, la Seine-Saint-Denis ne semble pas y bénéficier puisque le taux de chômage y est plus élevé que la moyenne nationale, un-e jeune sur cinq est au chômage. Les jeunes du département font souvent les frais de discrimination territoriale ce qui constitue un frein dans leur recherche de l’emploi. 

Depuis des années, les habitant·e·s, les professeur·e·s, les associations et les élu·e·s lancent des cris d’alerte pour que l’État mette à disposition les moyens nécessaires pour lutter contre la pauvreté en Seine–Saint-Denis qui contribuent à la hausse des violences. Un rapport parlementaire (dirigé par des députés de droite) sur le 93 pointait les défaillances de l’État en Seine-Saint-Denis et les « carences insupportables » notamment en matière de justice, d’éducation et de sécurité. La Seine-Saint-Denis est un département sous dotée. 

Il est plus que temps que l’État prenne ses responsabilités et qu’ils mettent à disposition les moyens nécessaires pour répondre aux besoins des jeunes du département, l’État doit rétablir l’égalité entre ses territoires, les jeunes du 9-3 ne sont pas des citoyens de seconde zone.