1920-2020 : le PCF est en lutte depuis cent ans

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1920-2020 : le PCF est en lutte depuis cent ans

Il y a exactement cent ans, du 25 au 30 décembre 1920, le Congrès de Tours avait lieu. La Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO) rassemblée pour son dix-huitième congrès votait alors à l’écrasante majorité l’adhésion à la Troisième Internationale, et la création de la SFIC, Section Française de l’Internationale Communiste, destinée à devenir le Parti Communiste Français. Cet anniversaire est pour nous l’occasion de revenir sur les principes fondateurs qui ont guidé, pendant un siècle, le parti qui est encore aujourd’hui le premier parti de France en nombre d’adhésions.

Sortir d’une Internationale à bout de souffle

Au sortir de la guerre de 1914-1918, le bilan est lourd pour la classe ouvrière, qui a été envoyée comme de la chair à canon se faire massacrer au front pour des considérations nationales animées par la bourgeoisie. 

Parmi les militants organisés de la SFIO, le constat est d’autant plus amer : la deuxième Internationale n’a pas pu éviter cette boucherie et, pire, les dirigeants socialistes ont presque tous (sauf les Russes et les Serbes) voté pour les crédits destinés à l’usage militaire, donnant leur accord pour le conflit armé et ne garantissant pas sa mission première de cohésion internationale de la classe ouvrière. 

Les socialistes français, initialement opposants farouches à la guerre, se sont finalement ralliés à l’Union sacrée après l’assassinat de Jaurès le 31 juillet 1914. Au sein de l’Internationale, les pacifistes se sont ainsi retrouvés en retrait, et parfois exclus de l’Internationale ouvrière, à l’image des communistes allemands Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht. 

Peu après la guerre, et dans la foulée de révolutions russes de 1917, une Internationale communiste, la Troisième Internationale, est créée en 1919 à l’initiative de Lénine. 

La même année, en France, la SFIO a vu ses rapports de force internes se cristalliser, notamment autour de mouvements sociaux. La décision est prise par les adhérents, au cours d’un congrès de la SFIO, de quitter la Deuxième Internationale, que son soutien à la guerre a discréditée, au début de l’année 1920, à la fin de laquelle un deuxième congrès doit trancher l’adhésion ou non à l’Internationale Communiste. 

A l’écrasante majorité (3028 voix pour, 1022 voix contre et 327 abstentions), les délégués se prononcent pour l’adhésion, et entérinent la création du Parti Communiste Français.

Les revendications : tirer les leçons de la Grande Guerre

Le Congrès de Tours marque une rupture claire, entre les conceptions politiques élaborées par les communistes et celles défendues par les socialistes. 

L’Union sacrée entre bourgeoisie et prolétariat n’a été réalisée que dans l’intérêt de la classe des dominants et fut synonyme, pendant la guerre, du massacre de millions de travailleurs. N’ayant pas réussi à enrayer la Première Guerre mondiale, le nouveau parti se veut résolument internationaliste et pacifiste. 

Cela se traduit, dans les premières années, par un antimilitarisme opposé à l’occupation de la Ruhr et à la guerre du Rif. Inspirés par la révolution bolchévique de 1917, qui a été la seule à pouvoir enrayer l’effort de guerre de l’Etat russe, les communistes français font le choix d’un militantisme révolutionnaire, allant au-delà de l’anticapitalisme réformiste qui avait empêché, à plusieurs reprises, la SFIO de prendre les mesures suffisantes et une posture conséquente, notamment pendant la guerre. 

Il s’agit alors de renouer avec l’analyse de classe que l’Union Sacrée avait mise entre parenthèses, et rompre fortement avec les réformistes et les centristes de la Deuxième Internationale, considérés comme des alliés de la bourgeoisie, est une nécessité politique exigée notamment pour adhérer à la Troisième Internationale. 

Le Congrès de Tours est ainsi ce moment crucial au cours duquel les communistes français inscrivent dans le marbre leur volonté de fonder un parti issu de la seule classe laborieuse, et dans son seul intérêt. Cette revendication populaire n’a pas connu, en un siècle d’histoire, d’équivalent dans un seul autre parti français.


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