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Alstom, General Electric, Siemens : profitabilité maximale pour saignée maximum !

Lors de sa prochaine Assemblée Générale prévue le 17 juillet 2018, Alstom proposera un dividende de 0,35 euro par action, en hausse de 40 % par rapport l’année dernière à ses actionnaires. Dans le même temps le groupe américain General Electric (GE), qui a acquis la branche énergie d’Alstom il y a 4 ans, a annoncé au gouvernement qu’il ne tiendrait pas son engagement de créer 1.000 emplois en France d’ici la fin 2018.

Ces différentes annonces interviennent dans un environnement stratégique en pleine évolution pour la firme américaine.

En effet, les actionnaires, au premier rang duquel l’actionnaire qualifié d’activiste Nelson Peltz, fondateur du fonds Trian Partners, qui a investi 2,5 milliards de dollars (2,1 milliards d’euros) dans GE, ont souhaité recentrer de manière drastique le champ d’activité de la firme. L’entreprise va opérer des scissions (« spin off ») et des reventes de pans entiers de son activité à l’image des secteurs para-pétroliers ou médicaux. Lorsque l’on regarde le passif des actionnaires rapaces aux manettes comme M. Petz, cette stratégie ne peut qu’interroger et inquiéter à juste raison. M. Peltz, le fameux activiste est ainsi réputé pour ses cures d’austérité drastiques imposées dans les structures où il a investi, à l’image de ses déboires avec Procter et Gamble fin 2017.

L’impact de la restructuration de GE sur Alstom

Alstom, ses salariés et son savoir-faire qui ont fait d’elle des années 60 à 80, l’une des pépites d’un grand groupe industriel : la Compagnie Générale d’Electricité (CGE), paient déjà les frais de ces orientations. L’annonce de la non-atteinte d’objectifs de création du millier d’emplois en est l’aberrante illustration.

L’exécutif beaucoup plus prolixe à l’époque du rapprochement forcé est désormais plus discret. M. Le Maire se cantonnant à « regretter » l’annonce de G.E. Pourtant l’horizon est plus que jamais sombre pour l’avenir de l’emploi. En effet, le conglomérat américain est plutôt en train de réduire à la dynamite ses effectifs. Il a annoncé la suppression de 12 000 emplois dans le monde, dont 4500 en Europe.

Or la France «a été épargnée par les restructurations menées ailleurs» par GE, a pris soin de rappeler J. Flannery le grand patron. Même «[s’il] n’a pas été possible de réaliser autant d’embauches que prévu», les Français peuvent tout de même s’estimer chanceux, comprend-on à la lecture du communiqué diffusé mi-juin par Bercy. Pendant ce temps-là GE a reversé 12,1 milliards de dollars aux investisseurs sous forme de dividendes et de rachats en 2017. Pourtant les alertes concernant ce marché de dupes, déjà à l’époque étaient nombreuses, que ce soit chez les salariés, leurs syndicats ou à gauche avec un certain nombre de prises de positions fermes contre ce « mariage » notamment du côté du PCF.

Siemens l’autre noce funèbre de Alstom

Au-delà de sa division énergie revendue à G.E, Alstom avance sur sa fusion avec Siemens Mobility. Après avoir conclu, le 23 mars 2018, un accord de rapprochement (Business Combination Agreement – « BCA »), les propositions de nominations du futur Conseil d’administration de Siemens Alstom ont été faites.

Ce mariage doit permettre, selon la novlangue consacrée, au nouveau groupe de devenir le partenaire de confiance de tous les acteurs de la mobilité à travers le monde. L’opération devrait être réalisée à la fin de l’année civile 2018 début 2019, sous réserve de l’approbation des actionnaires d’Alstom lors de l’Assemblée Générale du 17 juillet 2018. Et après l’autorisation des autorités réglementaires compétentes.

Plus que jamais Alstom, dépecée étape par étape et vendue à la découpe se retrouve fragilisée par les orientations court-termistes des actionnaires aux commandes. Loin d’un airbus du rail, le nouveau groupe SIEMENS-ALSTOM verra ses actionnaires intégralement aux manettes après l’abandon par l’Etat de ses dernières parts. Avec une dépendance aux dépenses publiques et aux capacités de financement de ses clients accrues, un risque de volatilité boursière jusqu’en 2020 au rythme des annonces liées au processus de cession des activités à G.E et de l’avancée du rapprochement avec Siemens, comme avec son manque d’activité en France, les préoccupations au sujet de l’emploi sont réelles. La recherche systématique d’un accroissement de la profitabilité avec l’objectif d’une marge d’exploitation de 7.00 % l’année prochaine complète ce tableau d’une gestion ultra-financiarisée du groupe.

La gouvernance des entreprises en question

Les parlementaires communistes comme d’autres sensibilités, à l’image des rédacteurs du rapport sénatorial concernant la fusion Alstom-Siemens relèvent de façon argumentée les périls que ces stratégies purement financières font peser sur l’ensemble du secteur.

Nous le voyons, dans ces « deals » présentés ici comme des « mariages » là comme des « rapprochements mutuellement bénéfiques », la question de la participation des salariés aux choix stratégiques n’est jamais posée. Le sujet des contradictions patentes entre orientations des actionnaires et ambition industrielle non plus. Comme celui de la satisfaction des besoins des populations comme de leur souveraineté sur les moyens de production stratégique qui est lui aussi savamment éludée. Les coups de menton de l’ancien ministre improductif Arnaud Montebourg réclamant le paiement d’amendes à General Electric ne font d’ailleurs en aucun cas oublier son abdication en rase campagne sur ce dossier.

Dans cette course à la profitabilité maximale c’est systématiquement les salariés, les usagers et les territoires qui se trouvent sacrifiés sur l’autel du court-termisme. Et dans cette attitude irresponsable propre à l’acteur capitaliste, qui comme l’écrivait Marx, a pour devise « après moi le déluge », on ne peut que constater l’abdication des autorités démocratiques face à ces derniers. Il serait en effet totalement illusoire d’attendre un comportement responsable de la part de ceux-ci.

Il est en revanche différend pour les responsables politiques qui devraient avoir à cœur de défendre l’intérêt général.  Ce rôle a été totalement abandonné par les gouvernements successifs pour à l’inverse se faire les avocats des pires pratiques. Ces défaillances à répétition, sont là aussi dans la nature de l’Etat bourgeois dont la vocation n’est pas de s’opposer au Capital. Cet état de fait a parfaitement été compris par les communistes, ainsi le PCF et ses parlementaires défendent à chaque occasion le contrôle par les salariés des outils de production.