Rédaction | Avant Garde
Éducation

Amiens, les étudiants de la Citadelle subissent le manque de moyens

A Amiens, une partie de la fac a emménagé dans des nouveaux locaux en centre-ville. Ces derniers, mal pensés et trop petits, ont fortement dégradé les conditions d’études.

De la forteresse militaire à l’université

La « Citadelle » est une ancienne fortification militaire décidée par François 1er, propriété de l’armée jusqu’en 1999 où elle fut vendue à la ville d’Amiens. L’ensemble est conséquent et a longtemps bloqué le développement du nord de la commune. La communauté urbaine après plusieurs années de réflexion a décidé en 2008 d’y implanter une partie de l’université. La rénovation des lieux est confiée à l’architecte italien Renzo Piano et coûte 118 millions d’euros financés par le département, la région et la communauté urbaine.

Le site rénové accueille finalement sa première rentrée universitaire cette année, près de 10 ans après la prise de décision. Entre temps l’Université Picardie Jules Verne (UPJV) a gagné 10 000 étudiants. L’ensemble des filières littéraires sont transférées sur ce site, tandis que les filières médicales doivent prendre possession du campus sud l’année prochaine. Ce sont donc 5000 étudiants qui ont pris possession des lieux en septembre.

Un déficit aberrant de restauration universitaire

Un des grands absents du nouveau projet, c’est le CROUS. Aucun restaurant universitaire n’est présent sur le nouveau site. Initialement prévue, la construction a été annulée afin de permettre la mise en place d’un bus à haut niveau de service en site propre. Le CROUS n’a mis en place qu’une cafétéria, plus chère et trop petite pour répondre aux besoins. La municipalité souhaitant faire de la « Citadelle » un lieu de passage, loue des locaux commerciaux dans lesquels des restaurateurs se sont installés. Les prix sont nécessairement bien éloignés de ceux pratiqués par le CROUS et hors de portée des budgets étudiants.

Le syndicat étudiant UNEF Picardie ainsi que l’association de filière Sciences de l’Educ’ Assoc’ (SEA) après une pétition et plusieurs rencontres avec la direction de l’université  a obtenu l’installation de quatre micro-ondes. La présidente de l’Unef Picardie dénonce cependant une file d’attente qui peut atteindre jusqu’à 20 mètres devant ces derniers le midi. Elle se montre également exaspérée par le Crous qui face à une demande de rencontre lui a répondu d’envoyer un mail.

Un site inadapté

Cependant les soucis ne s’arrêtent pas à la question de l’alimentation. Le site est sous-dimensionné. Le nombre trop faibles d’amphithéâtres conduit à des télescopages malheureux. Deux promotions se sont ainsi retrouvées à avoir cours dans le même amphi à la même heure. Les salles de TD sont également trop petites, une étudiante en science de l’éducation raconte ainsi que son groupe de 60 s’est retrouvé dans une salle d’une trentaine de places.

Des problèmes qui auraient pourtant largement pu être anticipés et relèvent également d’une certaine difficulté de la ville à définir le rôle de cet espace. Conçu comme un espace de vie, ouvert, les étudiants dénoncent l’utilisation faite des lieux par la mairie. La tenue d’un concert pendant les heures de cours a ainsi été particulièrement mal vécu. L’absence de place de parking en nombre suffisant est également un point de tension entre les étudiants et la ville. D’autant que le stationnement autour de la fac est payant !

Cette dernière se montre peu ouverte aux revendications estudiantines, n’hésitant pas à leur répondre que le sous-dimensionnement des bâtiments est dû à des impératifs de protection des… chauves-souris.

La grève pour se faire entendre

La présidente de l’Unef Amiens Picardie ne masque pas son exaspération face à la situation. Car aux problèmes liés au nouveau site, il faut ajouter les autres. Par manque de moyens, l’université n’a pas procédé aux recrutements nécessaires, de nombreux cours sont donc annulés depuis le début de l’année. Plusieurs enseignements des langues sont menacés de fermeture pour cause de doublon avec ceux proposés à Lilles, tandis que l’arabe a déjà été supprimé.

Face à cette situation, une pétition a déjà recueilli 1800 signatures sur les 5000 élèves présents sur ce campus. La syndicaliste dénonce également le peu de cas qui est fait de la situation par les décideurs, le rectorat ne les a ainsi toujours pas rencontré. Amiens Métropole fait elle la pub de la Citadelle dans le métro parisien, tandis qu’elle affiche volontier avoir obtenu le titre de capitale européenne de la jeunesse pour l’année 2020.

Les étudiants ont eux prévu lors de leur dernière assemblée générale de laisser encore un peu le temps au dialogue avant de menacer d’une grève générale pour être entendus.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde