Affiche du film
CULTURE

Banlieusards, Kerry James ft Netflix

Le rappeur du Val-de-Marne associé à la réalisatrice Leila Sy livre un film produit et diffusé par Netflix. Entre réussite sociale et trafic de drogue Kerry James continue son rap au cinéma.

Netflix au secours du film

En 2008 Kery James chantait « Banlieusard et fier de l’être, on n’est pas condamné à l’échec », onze ans plus tard son engagement pour la banlieue reste le même. Il a même mûri et c’est ce qui a donné naissance à « Banlieusard », son premier film. Il a logiquement choisi Leila Sy pour la réalisation. Cette dernière est la réalisatrice de la totalité de ses clips depuis maintenant plus de dix ans, on lui doit notamment des clips comme « Lettre à la République », « Constat Amer » ou plus récemment « À qui la Faute ». 

« Banlieusard » a initialement été pensé pour devenir un long-métrage, mais ne trouvant pas les financements nécessaires pour produire son film, Kery James a en 2017 pris la décision de l’adapter en une pièce de théâtre intitulée « A Vif ». Après l’avoir joué pendant un mois entier au Théâtre du Rond-Point à Paris, puis dans quelques salles de province, le « poète mélancolique » a finalement réussi à attirer l’attention de Netflix qui a bien voulu produire ce projet que l’on devine extrêmement important pour le rappeur.  

Le film

L’histoire du film est celle de trois frères issus d’une banlieue sensible de la région parisienne. Demba, l’aîné, vit du trafic de drogue, Noumouké, le cadet cherche encore sa voie et est élève de Troisième, enfin Souleymaan est élève avocat à Paris. Sur le point de terminer ses études, il prépare la finale d’un célèbre concours d’éloquence, finale qui l’oppose à Lisa, jeune Parisienne issue d’un milieu relativement aisé autour d’une question claire : L’État est-il responsable de la situation actuelle des banlieues ? 

En regardant « Banlieusard », on comprend rapidement qu’il ne s’agit pas d’un banal film sur la banlieue qui écule tous les clichés possibles sur celle-ci. Ainsi Kery James même si la violence et la criminalité sont omniprésentes dans le film, elles ne sont jamais glorifiées, ici elles sont traitées comme une réalité, mais pas forcément comme une fatalité, ce qui nous amène à l’objectif principal de cette fiction : interroger le spectateur sur son rapport à la banlieue. 

« L’État est-il seul responsable de la misère des banlieues ? » telle est la question que le personnage principal ainsi que le spectateur se poseront tout au long du film. Au fil des minutes on s’attache aux différents protagonistes et on comprend également que leurs mésaventures ne sont là que pour donner un peu plus de matière à notre réflexion. 

Et malgré tout cela le film se paie le luxe de ne pas vraiment nous donner de réponse à nos questions, au terme d’un duel d’éloquence qui constitue sans aucun doute l’une des plus belles scènes du long-métrage, Kery James laisse le spectateur avec ses propres interrogations, le poussant ainsi à développer une réflexion personnelle plutôt que de digérer bêtement une morale prémâchée. Contrairement à ce que peuvent dire certains de ses détracteurs, le film ne tombe pas dans la victimisation ou même dans le communautarisme, au contraire même ! S’ils sont présents, c’est essentiellement pour montrer la dure réalité des banlieues et notamment de celle dans laquelle vivent nos « héros ». 

La bande-annonce

La critique

Évidemment « Banlieusards » n’est pas exempt de défauts, la réalisation est à certains moments terriblement banale. Alors que Leila Sy nous a habitué à un univers visuel assez original et rapidement identifiable, ici on a l’impression que la réalisatrice a sacrifié son originalité au profit d’une réalisation efficace, simple et édulcorée. Enfin et même s’il essaie de les éviter, le premier film de Kery James n’échappe pas aux stéréotypes, notamment dans la construction Demba et Souleymaan, l’un voyou et l’autre premier de la classe. On regrettera également de ne pas avoir eu plus d’informations sur la façon dont le personnage principal arrive en final d’un prestigieux concours d’éloquence qui semble pourtant réserver aux élites. 

Enfin, le jeu de certains acteurs secondaires laisse parfois à désirer même si la quasi-totalité des personnages principaux s’en sortent très bien, notamment le nanterrien Jammeh Diangana, vainqueur du concours Eloquentia en 2018 et qui crève l’écran avec ce qui semble être un rôle taillé sur-mesure. 

Même s’il était sans doute stupide de comparer « Banlieusards » à « La Haine », l’œuvre de Mathieu Kassovitz étant devenu aujourd’hui le film de toute une génération, il faut néanmoins leur reconnaître un point commun : ils mettent en lumière les problèmes de la banlieue française. Et c’est en cela que le premier long-métrage de Kery James est extrêmement important… il fait briller la banlieue tout en faisant réfléchir à l’approche qu’on a de celle-ci… ce qui nous renvoie forcément aux paroles de la chanson « Banlieusards » dont on entend la musique tout au long du film : « Apprendre, comprendre, entreprendre même si on a mal ».