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Environnement

Canicule, les gesticulations du gouvernement pour cacher les erreurs passées

La vague de chaleur est à la fois un témoignage immédiat du réchauffement climatique à l’oeuvre et une démonstration du manque d’anticipation des politiques publiques face à ces conditions météos nouvelles. 

Un phénomène exceptionnel bientôt banal

La canicule de la fin de la semaine est à la fois exceptionnelle sans l’être. Exceptionnelle, car des records de chaleur ont été battus, 59 départements ont été placés en alerte simultanément. Les températures relevées sont les plus élevés depuis 1947 et la mise en place d’un relevé détaillé, la précocité du phénomène dès le début de l’été fait également sa singularité. Un épisode toutefois qui sera probablement amené à se répéter sous l’effet du réchauffement climatique et qui donc de ce point de vu va perdre son caractère exceptionnel. 

Les conséquences de cet épisode sont également exceptionnelles. Le président de la République a déclaré la mobilisation de “tout le gouvernement”. Le ministre de l’Éducation nationale a fait reporter le brevet des collèges de quelques jours pour éviter le pic de chaleur. Le ministre de l’Écologie a annoncé que les mesures de restrictions de la circulations seront durcies pour faire face aux éventuels pics de pollution. La ministre de la Santé a déclaré sur LCI que “il va falloir s’y habituer, à ces épisodes caniculaires”.

C’est un des enjeux négligés des questions environnementales. Il est impératif de combattre le réchauffement climatique, cependant même l’accord de Paris prévoyait un réchauffement de 1,5 °C avec d’importantes conséquences météorologiques. Il est également nécessaire d’adapter les environnements à des phénomènes météorologiques nouveaux.

Des mesures d’urgence révélatrice de faiblesses structurelles

Le déplacement des épreuves du brevet des collèges est symptomatique de l’état des locaux de l’éducation nationale. Ces derniers sont bien souvent mal isolés et sujet à des variations de température importantes. Il faut également noter des problèmes de conception avec des salles dont les fenêtres sont parfois orienté plein sud, les transformant en four les après-midi d’été. Même les bâtiments les plus récents, quand ils sont construit dans le nord du pays, sont souvent conçu pour minimiser les frais de chauffage, mais sont invivable l’été dès les premières chaleurs. Les problèmes sont sensiblement les mêmes de la maternelle à l’enseignement supérieur. 

Au-delà des problèmes de moyens pour construire des bâtiments de meilleurs qualités ou rénover l’existant, il y a également eu un manque d’anticipation des ces phénomènes de chaleurs pourtant prédits par les scientifiques depuis de nombreuses années. Quelques villes commencent ainsi à repenser les cours d’école entièrement bitumés qui en plus d’offrir peu d’ombre augmente les températures. La prise en compte de ces évolutions climatiques reste toutefois largement insuffisante.

Le déplacement du brevet des collèges de quelques jours soulève quelques difficultés, mais reste largement possible. À l’avenir, s’il faut annuler plusieurs semaines de cours ou des épreuves du bac à l’organisation plus complexe, il n’est pas certains que les difficultés générées puissent être surmontées.

L’annonce du durcissement des interdictions de circuler par le ministre de l’Écologie soulève les mêmes problèmes. En l’absence d’alternative existante, comment les salariés pourront-ils gagner leurs postes ? Le développement des transports collectifs est freiné par la volonté de privatiser les acteurs historiques du gouvernement. La ministre de la Santé conseille sur LCI de laisser tomber costumes et cravatespour des vêtements plus légers, il n’est toutefois pas certains que ce simple conseil suffise à désengorger les urgences. Alors que le manque des moyens y est criant et le personnel mobilisé depuis des mois, la ministre se borne à constater que “les personnels ne sont pas encore partis en vacances”. Le soleil est prié de se montrer discret au mois d’août.

A l’Assemblée National, le gouvernement sourd à l’urgence

À l’Assemblée nationale, l’examen du projet de loi énergie-climat a débuté. Un texte dont la principale mesure n’en est pas une. En inscrivant dans la loi, l’objectif que la France atteigne la neutralité carbone en 2050, le gouvernement s’épargne tout chantier d’envergure en matière climatique tout en donnant l’impression d’avoir des fortes ambitions. Les objectifs ne sont pas des actes et renvoyer à 2050 est commode pour un gouvernement dont le mandat prendra fin au plus tard en 2022.

Quelques députés de la majorité qui souhaitaient inscrire dans la loi l’interdiction de la location des logements classés F et G, les passoires thermiques. Le logement est la deuxième source d’émission de CO2 après le transport. Le chauffage de logements mal isolés est donc logiquement l’une des batailles prioritaires. Si des aides existent pour la rénovation thermique, les logements mis en location en profitent rarement l’investissement n’apportant aucune économie de chauffage au propriétaire puisque ce dernier est à la charge du locataire. Seuls les bailleurs HLM ont rénové près de 80 % de leur parc tandis que dans le privé 43 % du parc serait toujours classé F ou G. Le gouvernement refuse d’inscrire cette interdiction dans la loi au profit d’une condition d’efficacité énergétique dans la définition d’un logement décent. Un maigre lot de consolation loin des enjeux posés par l’urgence climatique. 

Du parc locatif privé aux bâtiments de l’éducation nationale, la vague de chaleur révèle le renoncement des différents gouvernements à mettre en place les politiques nécessaires. Que ce soit pour lutter contre le réchauffement climatique ou anticiper ses effets, on paie aujourd’hui les différents renoncements. Le projet de loi énergie-climat passe à nouveau à côté, tandis que la volonté gouvernementale de privatiser ADP viendrait là aussi privé l’intérêt public d’un contrôle du trafic aérien comme de celui de plusieurs milliers d’hectares dans la plus grande aire urbaine du pays. Autant de leviers pour lutter à la fois contre le réchauffement climatique, mais aussi ses effets.

Cette canicule aurait pu être l’occasion de saisir l’opinion publique face aux intérêts privés pour faire de cette loi énergie-climat un levier pour le futur. Le gouvernement a préféré saisir l’occasion se mettre en scène.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde