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INTERNATIONAL

Catalogne : 1 an de répression

Un an après le référendum, la répression, et la crise politique qui en suivit, la Catalogne continue de vivre dans la mémoire de ces événements. La question des prisonniers et exilés est au centre des tensions, auxquelles le nouveau gouvernement espagnol est incapable de mettre fin. 

Référendum sous tension

Le mouvement indépendantiste catalan, large et hétéroclite, a notamment pris de l’ampleur lors des attaques répétées du Parti Populaire à l’encontre du statut d’autonomie de la Catalogne depuis 2010, jusqu’à organiser un référendum d’autodétermination le 1er octobre 2017.

En dehors du cadre légal permis par la constitution de 1977, ce référendum n’est donc pas reconnu et combattu par le pouvoir central espagnol. Réquisition des urnes et des bulletins de vote, perquisitions chez l’habitant et dans les locaux de partis politiques se sont multipliées dans les semaines précédant le référendum. Le jour même, les violences policières ont éclaté un peu partout en Catalogne jusqu’à émouvoir la communauté internationale.

Ainsi, Zeid Ra’ad al Hussein, haut commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, s’est dit consterné par ces violences. Mais à l’intérieur du pays, différentes voix se sont également élevées contre cette répression. Ada Colau, maire de Barcelone, a ainsi condamné la « brutalité policière injustifiée ». Alberto Garzon, coordinateur de Izquierda Unida, a quant à lui rappelé que celles et ceux qui ont subi ces violences voulaient simplement voter. En fin de journée, le nombre de blessé·e·s causé·e·s par les violences policières s’élevait à plus de 1000 hommes et femmes. 844 ont sollicité une assistance médicale.

Cette démonstration de force n’aura tout de même pas empêché plus de 2 millions de catalan·e·s de se rendre aux urnes et d’être 90 % de votant·e·s à soutenir l’indépendance. Un résultat peu apprécié par le gouvernement espagnol, qui l’a fait savoir.

Des prisonnier·e·s politiques

Le 16 Octobre 2017, l’Espagne franchit une nouvelle étape. Ce sont Jordi Cuixart et Jordi Sànchez qui en ont fait les frais. Les deux présidents d’associations indépendantistes (respectivement l’Òmnium Cultural et l’Assemblée Nationale Catalane), sont mis en examen pour sédition et rébellion en raison d’une présence à une manifestation indépendantiste le 20 septembre. Un an après, ceux qui ont été surnommés « les Jordis » sont toujours enfermés dans les geôles catalanes.

Au cours de cette année, ce sont 7 autres militant·e·s politiques, ancien.ne.s ministres ou député·e·s qui ont été emprisonné·e·s et qui sont toujours incarcéré·e·s aujourd’hui : Oriol Junqueras, Joaquim Forn, Raül Romeva, Carme Forcadell, Jordi Turull, Josep Rull et Dolors Bassa.

Cette dernière, ancienne responsable syndicale à l’UGT (Union Générale des Travailleurs), députée de l’ERC (Gauche Républicaine Catalane, parti indépendantiste) puis ministre du travail, des affaires sociales et de la famille, est aujourd’hui derrière les barreaux de la prison de Figueras. Elle y a organisé des ateliers d’écriture, de lecture et d’apprentissage de la langue catalane à destination des autres détenues. Elle n’y a pas perdu non plus sa combativité. Elle s’est en effet battue pour que les femmes détenues aient droit à autant d’heures de piscine par semaine que les hommes et a obtenu satisfaction. Mais les conditions de détention restent difficiles, et pour la soutenir dans cet isolement, des milliers de militant·e·s se rendent chaque semaine aux abords de la prison, chantent et dansent pour lui témoigner leur soutien.

Le dimanche 23 septembre 2018, ils et elles étaient plus de 1500 présent·e·s. A l’heure actuelle, l’ensemble des prisonnier·e·s politiques est en détention préventive, leur procès devant avoir lieu cet hiver. Pour éviter l’emprisonnement, 7 leaders indépendantistes ont fait le choix de s’exiler. C’est notamment le cas de Carles Puigdemont, ancien président de la Généralitat. Nombreux.ses sont les militant·e·s, les personnalité·e·s et les organisations politiques et syndicales qui exigent leur libération et leur retour en Catalogne. C’est notamment le cas des deux syndicats les plus importants, UGT et CCOO, le PCE et Izquierda Unida, Podemos, mais aussi de l’UJCE (Union des Jeunesses Communistes d’Espagne) ou des JSUC (Jeunesses Socialistes Unifiées de Catalogne).

Très rapidement, le Llaço Groc (ruban jaune, en catalan) devient le symbole du combat pour la libération des prisionnier·e·s politiques, et s’attire donc les foudres du pouvoir espagnol. En décembre 2017, la couleur jaune est interdite sur les bâtiments publics. Lors des élections de décembre, il était interdit aux assesseurs d’arborer un ruban jaune à leur poitrine. En avril, les rubans et tee-shirts jaunes sont interdits dans le stade lors de la finale de la coupe d’Espagne qui opposait Séville au FC Barcelone. En mai, des « brigades de nettoyage des rubans jaunes » ont été mises en place. En juillet, un camion fonce sur des croix jaunes disposées sur une plage par des militant·e·s. Les tensions se cristallisent autour de ce symbole et le pouvoir espagnol les alimente.

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Une fuite en avant dans la répression malgré le nouveau gouvernement

Les simples militant·e·s connaissent elles et eux aussi la répression judiciaire. Plusieurs membres des CDR (Comité de Défense de la République) ont été arrêté·e·s et accusé·e·s de terrorisme après avoir occupé·e·s une autoroute. En dehors du mouvement indépendantiste, les responsables politiques progressistes sont également menacé·e·s. C’est notamment le cas du communiste Joan Josep Nuet, dirigeant de EUiA (Gauche Unie et Alternative), arrêté pour sédition avant d’être relâché avec obligation de se rendre au tribunal tous les jours. Avec le départ de Mariano Rajoy en juin, suite au vote commun des partis de gauche et des indépendantistes basques et catalan·e·s d’une motion de censure au parlement espagnol, la question de la libération des prisonnier·e·s politiques est à nouveau posée dans le débat public.

Mais, alors que le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) répond favorablement à une demande des détenu·e·s qui consiste en leur transfert dans une prison catalane, au plus près de leurs familles, pour Pedro Sanchez (chef du gouvernement espagnol), il n’est pas question d’accorder la grâce comme le demandent les indépendantistes. Ces dernières semaines, le parlement catalan a exigé l’arrêt des blocages par l’État espagnol des différentes lois sociales votées ces dernières années, notamment sur l’énergie, le logement ou la santé ; mais aussi la réparation des dommages financiers qu’a causée l’application de l’article 155 de la constitution (mise sous tutelle des institutions catalanes) et « l’abolition d’une institution dépassée et non démocratique comme la monarchie ».

Aujourd’hui, Pedro Sanchez et le PSOE, qui ne se sont jamais opposés à la politique répressive du PP de Mariano Rajoy à l’encontre des catalan·e·s, ne semblent pas enclin à répondre à ces exigences.

La solidarité s’organise de l’autre côté de la frontière

Dans les Pyrénées-Orientales, territoire historiquement et culturellement lié à la Catalogne, les soutiens ne se sont pas fait attendre. Tandis qu’elles étaient recherchées partout par la police en Catalogne, c’est à Elne, commune des Pyrénées-Orientales, qu’étaient cachées les urnes qui ont servi lors du référendum du 1 er octobre. C’est également là-bas qu’ont été imprimés les bulletins de vote.

Après les premières vagues de répression et sur l’impulsion de son vice-président communiste en charge de la catalanité, Nicolas Garcia, le Conseil Départemental des PO fut la première institution officielle à se positionner en faveur de la libération des prisonniers politiques. Depuis le mois d’avril dernier est d’ailleurs apposée sur la façade de son siège une banderole sur laquelle est inscrite « Pour le respect des libertés et des droits fondamentaux » accompagnée du fameux ruban jaune. Les maires du département se sont également mobilisés. A l’initiative du maire communiste d’Alénya, Jean-André Magdalou, ils sont plusieurs dizaines à avoir signé un manifeste demandant là aussi la libération des prisonniers politiques. En dehors des institutions, le PCF et le MJCF se mobilisent aussi sur cette question.

Pour Léa Tytéca, coordinatrice départementale du MJCF :

« Notre devoir de communiste est de soutenir le peuple catalan qui souhaite décider et combattre la répression espagnole. »

A l’échelle européenne, alors que le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker a déclaré « Nous n’avons pas à nous infiltrer, à nous insérer dans ce débat hispano-espagnol », des eurodéputé·e·s mènent une bataille sur cette question. C’est notamment le cas de la communiste Marie-Pierre Vieu, qui s’est rendue le 7 septembre dernier à la prison de Lledoners à la rencontre de quelques un·e·s des prisonnier·e·s politiques catalan·e·s. Cette rencontre « bouleversante » l’a confortée dans sa démarche :

« Poser la question catalane c’est régler d’autres questions sur la démocratie, l’égalité, le droit des femmes. »

La députée européenne s’est d’ailleurs prononcée en faveur de la présence d’un.e prisonnier.e ou d’un.e exilé.e catalan.e sur la liste PCF aux élections européennes de mai 2019. Pour Nicolas Garcia, secrétaire départemental du PCF dans les Pyrénées-Orientales :

« Il ne s’agit pas de faire le buzz mais bien d’un choix politique […] pour que le débat vienne sur la scène européenne avec plus de force. »