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Céline Malaisé : “Avec Staffme, on est vraiment dans de l’emploi déguisé et précaire”

En mai, la région Ile de France a ouvert une plateforme pour l’accès à l’emploi des jeunes en partenariat avec les sociétés privées Staffme et leboncoin.fr. Une politique qui fait la part belle à l’emploi précaire. Avant-Garde en a discuté avec Céline Malaisé, présidente PCF du groupe Front de gauche à la région Ile de France.

La région Ile de France a pour politique d’emploi une promotion de l’application Staffme et du site Leboncoin. Peux-tu expliquer de quoi il s’agit et pourquoi ça pose problème ?

Au début du confinement, la seule politique régionale mise en place, c’était de créer une plateforme (https://www.emploi-iledefrance.fr/) pour permettre de faciliter les recrutements et cette plateforme est une convention-partenariat avec des sociétés privées : Staffme et leboncoin.fr. C’est la première fois qu’il y a ce type de partenariat entre une collectivité territoriale et des sociétés privées. Quand on va sur la plateforme, on voit le logo de la région Ile-de-France, donc il s’agit d’une validation par la puissance publique de ce que fait Staffme et de ce que fait leboncoin.fr sur les questions d’emploi. Cela a été présenté de manière très rapide dans une commission thématique sur la formation professionnelle, en nous expliquant que cette société Staffme permettra aux jeunes de trouver de l’emploi pendant la période de confinement et après. Ce qu’avait fait la région auparavant c’était déjà soutenir les sociétés d’interim’, ce qui était déjà problématique, et là c’est un soutien direct à une société qui a déjà été pointée par la presse parce qu’elle organise le marché de l’emploi précaire pour les jeunes et notamment pour les étudiants.

Avec le groupe d’élus communistes à la région, vous êtes intervenus dans quel sens ? Quelles sont les contre-propositions ?

Nous avons porté un amendement pour dire qu’une collectivité publique ne pouvait pas soutenir de telles pratiques sur les questions d’emploi et nous avons expliqué que nous ne voyons pas pourquoi il n’y avait pas de partenariat avec Pôle emploi à la place. Finalement, ça a été voté au débotté fin mai. La région n’a pourtant rien à gagner à être entachée d’un scandale concernant Staffme, mais la droite avance avec son carcan idéologique. Ce que disait la droite régionale, c’est que dans un premier temps il n’y a que Staffme et leboncoin.fr, mais que la plateforme a vocation à être amplifiée, ce qui n’est toujours pas le cas. On a eu une grosse discussion sur le statut d’auto-entrepreneur, car il faut passer par ce statut pour travailler avec Staffme. Le président de la commission formation professionnelle de la région nous a expliqué que le but n’est pas de créer de l’emploi mais de créer de l’activité. Nous sommes contre cette logique.

Une application comme Staffme propose à des jeunes des missions courtes voire très courtes en auto-entreprenariat sur lesquelles elle prend 20%. Le but est-il de déguiser le travail salarié pour contourner le droit du travail et accroître l’exploitation ? Quelles sont les conséquences pour les travailleurs ?

Pendant le confinement des étudiants ont travaillé pour l’application Staffme et ont porté plainte contre cette société, parce que c’était des emplois déguisés dans des supermarchés sur des missions très courtes. Nous avons envoyé une lettre au préfet pour signaler qu’un label public était associé à Staffme, alors que cette société contourne le droit du travail et aujourd’hui fait l’objet de différentes plaintes d’étudiants qui ont remplacé des caissières et des caissiers pendant le confinement. On est réellement dans de l’emploi déguisé pour contourner le droit du travail et dans la création de sous-emplois pour les jeunes. 

D’autres élus régionaux de droite ont demandé des emplois réservés aux jeunes pour lesquels les entreprises ne paieraient pas de cotisation. Ce “zéro charge sociale” pour les emplois destinés aux jeunes a été porté par Valérie Pécresse et a été repris par Emmanuel Macron comme son idée. Il s’agit de contourner le droit du travail en commençant, comme c’est souvent le cas, par les jeunes. Ils commencent par dire vouloir faciliter l’accès à l’emploi pour les jeunes et ils leur enlèvent le statut de salarié, ce qui est une grosse régression sociale. 

Et en même temps, procéder ainsi pour une collectivité publique, c’est disqualifier les acteurs institutionnels comme les missions locales ou Pôle emploi qui sont les acteurs traditionnels pour l’entrée sur le marché de l’emploi. Surtout quand on sait que la droite régionale a réduit les financements aux missions locales et a ajouté des critères de performance qui induisent des bonus ou des malus. Depuis trois ans, les missions locales qui subissent des malus sont principalement situées dans les quartiers populaires. On s’éloigne véritablement de l’accompagnement public des jeunes vers la recherche d’emploi.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde