Rédaction | Avant Garde
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« C’est un avenir sombre qui se profile pour la jeunesse iranienne »

Assassinat du général iranien soleimani, luttes populaires aux aspirations démocratiques et guerre des conservatismes américains et du régime iranien : les jeunes communistes d’Iran reviennent sur les derniers développements, leurs enjeux et leurs conséquences.

Comment analysez-vous le phénomène d’escalade de la violence de l’agressivité des Etats Unis, tout particulièrement avec l’assassinat du général Soleimani et comment voyez-vous les contre-attaques iraniennes ? 

Le comité central du Parti Tudeh d’Iran (PTI) a immédiatement dénoncé l’assassinat de Quassem Soleimani par le gouvernement Trump comme un acte terroriste dangereux. Cet acte est une violation claire de la souveraineté nationale de l’Irak et du droit international. Tout doit être mis en œuvre pour empêcher l’escalade de ce type de crise dans toute la région, ce qui pourrait faire accroître les tensions et mener à des conflits militaires et une guerre ouverte.  Les Jeunes Tudeh d’Iran partagent l’analyse du PTI.

Nous pensons que le régime théocratique et dictatorial actuel de notre pays a mené une action de représailles dangereuse et provocatrice, en attaquant deux des bases militaires étasuniennes en Irak, ainsi qu’en lançant des missiles balistiques. Cet acte aurait pu aggraver la crise actuelle et entraîner le peuple iranien dans une guerre dévastatrice contre la puissante et massive machine militaire des Etats-Unis.  

Cependant, contrairement aux menaces et à la rhétorique employées par le dirigeant Suprême (Ayatollah Ali Khamenei), il a été révélé que l’Iran avait averti au préalable des attaques sur les deux cibles en Irak et sur le moment prévu pour l’attaque des bases militaires américaines par le biais du premier ministre par intérim, Adel Abdul Mahdi, informations qui ont par la suite été relayées jusqu’au camp américain. Les Américains ont donc bénéficié d’un délai, accordé par la République Islamique d’Iran (RII), pour protéger leurs positions. 

Le PTI a déclaré de manière répétée que des « conflits militaires limités » ne pourront non seulement qu’échouer à produire une désescalade des tensions ou une solution, mais qu’au contraire ils fourniront un prétexte à un conflit militaire dévastateur, qui serait certainement catastrophique pour notre terre natale et la région.

Nous insistons sur le fait que nous ne devons pas laisser les dirigeants réactionnaires et opposés au peuple du régime Iranien, ainsi que la droite réactionnaire du gouvernement Trump mettre tout le Moyen Orient à feu et à sang en déclenchant une nouvelle guerre.

Comment cette situation impacte-t-elle le peuple d’Iran et les luttes actuelles du peuple dans la région ?

La majorité du peuple iranien souffre de conditions économiques très difficiles, qui se sont encore détériorées du fait du renforcement et de l’élargissement des sanctions économiques et bancaires américaines contre l’Iran. L’assassinat de Soleimani et la contre-attaque de la République Islamique ont offert un prétexte au gouvernement Trump pour renforcer encore ces sanctions.

Toutefois, il est important de noter qu’à travers le large spectre des strates et classes sociales d’Iran, le régime islamique avait perdu sa crédibilité et sa légitimité bien avant la série de sanctions actuelles et l’agression du gouvernement Trump. L’Iran est sous le joug du régime théocratique du Leader suprême, tandis que depuis près de trois décennies, une sévère restructuration économique, basée sur l’idéologie néolibérale du FMI, a miné l’économie. Ainsi, les riches le sont devenus bien davantage aux dépens de la plupart des autres iraniens. Selon les estimations, 60% de la population vit sous le seuil de pauvreté et, pour une large proportion, dans un état de pauvreté extrême.

Les jeunes, les femmes, les travailleurs ont largement fait les frais d’une situation socioéconomique profondément injuste et les manifestations et les grèves qu’ils ont menées se sont heurtées à une violente répression. En dépit de cela, nous assistons au cours de ces dernières années à une recrudescence des manifestations massives et au développement de la conscientisation et des actions dans les syndicats et parmi les militants en faveur des droits civiques.

Toute tension venant de l’extérieur impacte profondément les luttes du peuple iranien pour la liberté, la démocratie et la justice sociale. L’aggravation des tensions entre le gouvernement Trump et la République Islamique d’Iran permet à cette dernière d’amplifier l’oppression qu’elle exerce sur le pays et de réprimer toute forme d’opposition au régime, sous des prétextes de protection de la sécurité nationale et des règles de l’Islam.

La menace d’une guerre et de conflits militaires dans la région ne bénéficiera qu’aux forces les plus réactionnaires et opposées au peuple dans la région comme dans le monde, et nuira aux intérêts des travailleurs et à ceux de leurs pays.

L’une des revendications des luttes sociales en Irak est la fin de la mainmise de l’Iran sur leur pays, quelles sont vos positions au sujet de la politique régionale de votre pays ?

Les politiques de la République Islamique d’Iran dans la région, de l’Afghanistan à l’Irak, en passant par la Syrie et le Liban, sont basées sur un principe expansionniste d’un Islam politique couplé à l’extension de sa sphère d’intérêts économiques. Mohsen Rezaei, (ancien commandant des GRI – les Gardiens de la révolution islamique – et actuel secrétaire du Conseil d’Etat « Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime ») a explicitement déclaré que la stratégie de ce gouvernement était de reconstruire un « empire Islamique » dans la région, pour lequel les progressistes, les mouvements de gauche et populaires ont toujours payé le prix fort.

Début juillet 2019, le Président Hassan Rouhani a déclaré que les tentatives de la République Islamique d’Iran d’étendre son influence dans la région, de la mer Méditerranée jusqu’aux frontières indiennes, sont tout à fait légitimes.  

La République Islamique d’Iran a été le principal soutien d’une des forces Islamistes les plus réactionnaires de la région. Parmi ces dernières, on trouve le Jihad Islamique d’Irak et Hashd al-Shaabi (les Forces de Mobilisation Populaire), qui sont responsables de la répression des récentes manifestations massives d’Irak, comme l’ont fait les Talibans et d’autres forces réactionnaires en Afghanistan, lorsqu’ils ont renversé le gouvernement progressiste séculaire de Najibullah et se sont livrés par la suite à des atrocités dans ce pays. 

Les politiques de la RII vis-à-vis de la région, comme en ce qui concerne leur politique extérieure, ne sont pas anti-impérialistes. Au contraire, la marque de l’Islam Politique de la RII a souvent collaboré avec les Etats-Unis directement ou indirectement. L’ancien président (et bras droit de facto de la RII) aujourd’hui décédé Hashemi Rafsanjani a déclaré un jour : « l’Iran a fourni un précieux soutien à l’Ouest quand il voulait attaquer et occuper l’Irak ainsi que l’Afghanistan et il est temps que l’Ouest lui renvoie l’ascenseur… »

Les ramifications économiques et géopolitiques des politiques expansionnistes de la RII ne devraient pas être confondues avec des forces progressistes et de gauche. Nous déclarons que nous ne souscrivons pas à la vision simpliste et fausse selon laquelle la RII serait une force anti-impérialiste du simple fait qu’elle est en conflit avec les Etats-Unis ou que ses activités en Irak, Syrie, au Liban et dans les territoires occupés seraient altruistes. C’est un fait avéré qu’à cause des activités et de la politique menée par la RII, l’OLP, l’Autorité Palestinienne et les forces progressistes du mouvement palestinien ont perdu du terrain et sont dans une position bien plus faible qu’il y a 20 ans.

Les manœuvres de la RII au Moyen Orient ont été basées sur un chauvinisme islamique, dans le but d’exporter la révolution islamique et d’affronter ses adversaires bien avant qu’ils ne présentent une réelle menace. Les politiques régionales de la RII n’ont très certainement pas été axées sur la protection des intérêts nationaux du peuple iranien. Au contraire, cette politique dangereuse a mis l’intérêt national en péril.

Quels sont les principaux enjeux et revendications que vous, en tant que TUDEH, portez pour les jeunes d’Iran afin d’en finir avec cette situation ?

C’est un avenir sombre qui se profile pour la jeunesse iranienne, avec un taux d’emploi très faible, des limitations fortes en ce qui concerne les activités culturelles et une énorme inégalité entre les genres, tout cela causant de gros dégâts. Les jeunes femmes sont particulièrement désavantagées et discriminées. La plupart des récentes manifestations de masse et des tueries perpétrées par les forces gouvernementales ont eu lieu dans de petites villes et des zones où vivent la classe laborieuse, les pauvres et les jeunes sans emploi. On observe aussi une fuite des cerveaux massive en Iran, du fait que beaucoup de jeunes gens éduqués et compétents, hommes et femmes, quittent le pays. 

En ce qui concerne l’économie, le Parti communiste d’Iran a été en première ligne pour mettre en évidence la fascination continuelle du régime pour les diktats néolibéraux du FMI et la vaste accumulation de capital financier qui accompagne l’émergence d’une oligarchie puissante liée à l’ordre politique établi.

Ces politiques ont abouti à une économie iranienne faible et non-productive, privilégiant les importations, ce qui la rend par conséquent vulnérable aux sanctions américaines inhumaines et brutales. Les jeunes d’Iran ont été les principales victimes de ces politiques économiques.

Les analyses et le programme du PTI offrent et continuent de constituer de facto les bases pour la mise en place d’un front anti dictatorial et expliquent le rôle logique de la classe laborieuse dans la transition nationale-démocratique. La jeunesse iranienne sera sans aucun doute la clé et un facteur déterminant dans cette lutte. Nous, les Jeunes Tudeh d’Iran, soutenons activement l’analyse et les campagnes du Parti Tudeh d’Iran.