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CULTURE

Chronique « jeux vidéos » : Dead Cells, Cultist Simulator et Max Payne

La chronique « jeux vidéos » continue ! Le confinement a été levé, mais la fermeture des lieux de socialisations nous contraindra quand même à passer plus de temps chez nous qu’auparavant.

Tant mieux, puisque cette chronique ne s’arrête pas, et que les jeux de cette sélection (comme ceux des trois précédentes) fonctionnent sur l’écrasante majorité des ordinateurs. Y compris des PCs n’ayant pas de carte graphique. Cette fois-ci, tous les jeux recommandés sont aussi disponibles pour vos smartphones et vos tablettes.

Webmaster | Avant Garde

Dead Cells (2018) – Windows, Mac OS, Linux, PlayStation 4, Xbox One, Switch, iOS, Android – ~25 €

Dead Cell a surpris toute une industrie en 2018. Développé par Motion Twin, une coopérative ouvrière bordelaise auparavant spécialisée dans des jeux pour navigateur, il s’agit du premier jeu payant du studio. Difficile de parler de ce jeu sans évoquer l’engouement qu’il a provoqué. Attendu par personne, le jeu a pourtant été un franc succès critique. Les Bordelais se sont vu remettre une avalanche de prix, notamment le prix du meilleur jeu d’action lors des Games Awards de 2018 (sorte d’oscars du jeu vidéo). La forme juridique du studio ainsi que l’étoile rouge en lieu et place de son logo ont même suscité de nombreux commentaires sur les développeurs, tantôt qualifiés d’anarcho-syndicalistes, tantôt de communistes par la presse anglo-saxonne.

Dead Cell est à la croisée de deux genres : le metroidvania et le roguelites. Les metroidvanias sont des jeux de plates-formes ayant à la fois une composante d’exploration importante et des éléments de RPG. Le personnage acquiert, au court de l’aventure des capacités qui lui feront accéder à des pans de l’espace de jeu qui lui était inaccessible auparavant. Les roguelikes sont des jeux dont les niveaux sont générés procéduralement au moment où le joueur lance le jeu : c’est-à-dire que les niveaux du jeu se créent automatiquement au lancement d’une nouvelle partie. Ce sont des jeux prévus pour être rejoués depuis le début de multiple fois, souvent en débloquant de nouvelles possibilités à chaque partie.

Dead Cell est donc un jeu de plates-formes ou vous incarnez un protagoniste à qui on vient de couper la tête, et qui à chaque nouvelle mort reviendra à son point de départ. Et où les environnements qu’il traverse changeront leur configuration après chaque nouvelle mort.

Les combats et les mécaniques de Dead Cell forcent le respect, les graphismes pixelisés obtenus via la rotoscopie de modèles 3D évoquent les Donkey Kong Country de la Super Nintendo. Les combats évoquent tantôt Castlevania, tantôt le Prince Of Percia de Jordan Mechener. Le jeu, par ailleurs, a une progression qui ressemble bien plus à un Dark Soul qu’à un jeu de plate-forme classique tant le jeu est tolérant avec le manque d’habileté du joueur, et que la maitrise des combats réside dans une connaissance des mouvements des adversaires. C’est un jeu qui ne cache pas ses sources d’inspiration et qui a peut-être même réussi à se hisser au niveau des classiques qui l’ont inspiré.

Nos recommandations pour en profiter

L’utilisation d’une manette est fortement recommandée, quel que soit le support. Sur supports mobiles, évitez les contrôles tactiles, sur ordinateur évitez l’utilisation du clavier.

Webmaster | Avant Garde

Cultist Simulator (2018) – Windows, Mac OS, Linux, android, iOS – ~20€

Lorsqu’il s’agit d’horreur, l’ombre d’H.P. Lovecraft plane sur le jeu vidéo comme une référence. Parfois même comme une facilité scénaristique : lorsque l’on a du mal à représenter l’horreur, il suffit de montrer quelques tentacules dans un environnement marin et parler de dieux extraterrestres anciens.

Les références en jeu ne dépassent généralement pas quelques emprunts épars aux mythes de Lovecraft, mais peu arrivent à reproduire les caractéristiques très littéraires des récits lovecraftiens. Il est difficile de faire autrement tant le style des récits de l’auteur s’appuie peu sur une écriture d’action, mais plutôt de longues descriptions de choses que l’on ne peut décrire. Difficile de montrer des horreurs indicibles qui rendent fous ceux qui en sont témoins, y compris dans un jeu vidéo.

« Cultist Simulator » est un jeu qui réussit à retranscrire ce qui fait l’horreur Lovecraftienne fidèlement, parce qu’il utilise le texte comme son principal médium, empruntant le style de l’auteur américain. Car, du texte, il y en a dans ce jeu, dans un anglais littéraire pas forcément accessible, qui plus est.

Le jeu a une interface tout ce qu’il y a de plus minimaliste, tout se passe sur une table. Une simple table où toute la vie de votre protagoniste depuis le début du jeu (son travail, les objets, ses savoirs, ses activités, ses idées) s’y trouve sous la forme de cartes. Bien des actions que vous faites seront le prétexte à des déferlements de textes. Des textes superbement écrits, et qui ont l’élégance d’éviter le plus souvent de prendre la forme de longs pavés, mais par fragments au cours de vos actions.

Le jeu, dont les mécaniques rappellent un peu celle des « roguelikes », vous placent dans la peau d’un personnage vivant dans les années 20, ayant été mises au courant d’un secret caché dans le monde, et se mettent en tête de faire des recherches poussées sur le sujet, passant aussi bien par l’étude de textes en sanskrit que de voyage dans les songes du protagoniste. Vos recherches vous mèneront invariablement (à part si vous mourrez ou devenez fou pendant vos recherches) à la tête d’une secte utilisant des savoirs anciens pour effectuer des actes occultes malsains.

Mais avant de trouver la transcendance auprès d’entités qui ne sont pas de ce monde, vous allez mourir. Car vous allez incarner de très nombreux personnages dont la plupart vont échouer dans leur quête, à chaque mort, tout repart à zéro avec un nouveau personnage.

Le jeu n’est pas dénué de défauts, sa mécanique de « die and retry » est souvent répétitive, laborieuse. Pour autant, son écriture vous plongera au cœur de monde à la fois onirique et étrange, et vous donnera toujours l’envie de recommencer, pour une nouvelle fois étudier des arts interdits afin de percer leurs mystères. Car si l’écriture extrêmement soignée de Cultist Simulator est sa plus grande qualité, et cela, excuse un peu les faiblesses de sa boucle de gameplay.

Nos recommandations pour en profiter

Le jeu est plus confortable sur ordinateur à la souris, si vous lui préférez sa version mobile nous vous recommandons d’y jouer sur tablette plutôt que sur smartphone.

Webmaster | Avant Garde

Max Payne (2001) — Windows, Mac OS, Linux, Android, iOS, PlayStation 2, Xbox — ~10 €

Avant d’avoir fait Alain Wake et Control, le studio de développement Remedy avait conçu Max Payne. Il s’agit d’un jeu de tir à la troisième personne (la caméra est située derrière le personnage que l’on incarne).

Sa particularité est son inspiration profonde dans le cinéma, ce qui n’est pas si commun dans un shooter. Le jeu puise allègrement dans les codes du cinéma noir et néo-noir : vous incarnez un ancien détective de la police de New York, qui après un drame passé est recherché par son propre département de police criminelle. Il est contraint d’enquêter sur un gang qui aurait commis les crimes dont il est accusé. L’histoire, si elle ne brille pas forcément par son originalité, est incroyable par sa narration : les cinématiques prennent la forme de bandes dessinées soignées et le jeu invente certaines mécaniques de narration expérimentale. Il y a, par exemple, un niveau incroyable se déroulant dans la psyché du héros qui vit une sorte d’hallucination.

Le gameplay est un shooter qui tourne autour d’un gimmick : le « bullet time ». Il est possible, pendant que les ennemis vous tirent dessus, de plonger dans les airs pour éviter les balles tout en répliquant. Mécanique directement inspirée du film des sœurs Wachowskis, et qui n’a jamais mieux été sublimée dans un jeu vidéo que dans Max Payne. Le jeu est difficile, et vous ne passerez les différents niveaux qu’en utilisant judicieusement cette mécanique. Parfois, le jeu prend des airs de puzzlegame tant il vous faudra identifier les passages où l’utilisation du « bullet time » est requise et où il faut en faire l’économie.

Les mécaniques nerveuses de Max Payne en font un jeu toujours aussi agréable à joueur aujourd’hui : il n’a pas vieilli d’un iota sur le plan du gamplay et sa direction artistique réussie vous fera très vite oublier le manque de détail des textures de ce jeu de 2001

Nos recommandations pour en profiter

On vous recommandera d’y jouer sur ordinateur avec un clavier et une souris (une vraie, pas le trackpad de votre ordinateur portable), meilleur moyen de profiter de l’expérience. Sur support mobile, on vous conseillera également de brancher clavier et souris via un adaptateur.