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Éducation

Coronavirus, l’éducation à l’arrêt

Le jeudi 12 mars au soir, le Président de la République a annoncé la fermeture de l’ensemble des établissements scolaires et universitaires contredisant son ministre de l’Éducation qui défendait encore le cas par cas quelques heures avant. Quelles conséquences pour les élèves ?

Une annonce surprise

La fermeture de l’ensemble des crèches, écoles, collèges, lycées et universités a surpris alors que le cas par cas semblait être la règle. Cette fermeture est de plus annoncée pour une durée d’au moins deux semaines, mais sans que la date de retour en classe soit clairement posée. Le ministre de l’Éducation a même laissé entendre que cette mesure pourrait être prolongée sur plusieurs mois si nécessaires. Les jeunes semblent être le public le moins frappé par le covid-19 du point de vue symptomatique. Cependant, ils représentent des vecteurs de transmissions importants pour la même raison. Ne présentant pas de symptômes et de ne sentant pas malades, ils ne vont pas s’isoler et propagent donc le virus.

La fermeture des établissements scolaires apparaît donc comme une mesure efficace pour limiter la propagation du virus, plusieurs pays ont d’ailleurs fait de même. C’est le cas de l’Italie, de la Suisse, la Grèce, l’Ukraine, le Danemark, une bonne partie de l’Allemagne et d’autres. Les professeurs s’inquiétaient parfois ouvertement de l’illisibilité des consignes précédentes à géométrie variable. La pratique des gestes barrières par les plus jeunes est irréaliste. Quant aux plus âgés ils sont souvent confrontés à la vétusté des locaux et le régulier sous dimensionnement des espaces sanitaires qui ne permettent pas de se laver les mains aussi souvent que nécessaire. La fermeture totale pour une durée indéterminée n’est pas sans poser question cependant.

Un impact bien au-delà du monde éducatif

Pour les plus jeunes se pose la question de la garde. Impossible de laisser des enfants seuls au domicile des parents et impossible d’avoir recours à une offre de garde collective sans annihiler l’intérêt de la fermeture des établissements scolaires. Si sur deux semaines, la majorité des familles peuvent jongler entre les congés, les grands-parents, etc. en cas de durée de fermeture plus longue, d’importantes difficultés sont à prévoir sans que l’on sache pour le moment quels dispositifs pourraient être mis en place.

Pour les parents occupants des emplois de première importance face à l’épidémie, la question de la garde se pose dès maintenant. Un service minimum pour ces cas-là doit être mis en place en fonction des réalités locales.

Cette mesure prise sans réel accompagnement en termes de garde fait in fine reposer sur les seules familles une partie des contraintes de sa mise en œuvre.

Quelle continuité pédagogique ?

Pour les plus âgés, c’est la continuité pédagogique qui interroge. Les mesures d’enseignements à distances promises par le ministre de l’Éducation laissent songeuses. Des outils existent bien, proposant mise en contact des élèves et professeurs et support pédagogique en ligne. Cependant, la masse d’élèves concernés est extrêmement importante. Plus de 12 millions d’élèves sont concernés et près de 700 000 professeurs. La vidéo relayée par le ministre sur la plateforme qui permettrait un tel enseignement à distance fait d’ailleurs un peu sourire, tant l’interface désuète contredit l’affirmation du ministre :

« Ces modalités font partie des plus modernes qui existent au monde parce que nous avons un système d’enseignement à distance par le Cned qui est très préparé, sur lequel nous avons travaillé pour préparer justement des situations de ce type. »

La tenue des examens questionnée

Les élèves devant passer des examens à la fin de l’année sont également plongés dans une certaine confusion. Pour les élèves de troisième et de terminale, le temps des épreuves est encore loin et l’épidémie a le temps de passer. Il est cependant probable que les épreuves soient adaptées en fonction de la durée de la coupure. Dans tous les cas il semble que le ministère dispose du temps nécessaire pour proposer une solution adaptée.

Pour les élèves de premières et les E3C déjà parfois marquées par des complications importantes, l’incertitude paraît plus grande. En cas d’une longue période de fermeture des établissements, le sens de la deuxième session risque d’être très limité. Alors que les lycéens auront déjà manqué plusieurs semaines de cours, la pertinence de leur faire passer des examens plutôt que de poursuivre les examens sera à poser.

Apprentis et stagiaires dans le flou

Pour les élèves ou étudiants en stages, plusieurs difficultés se posent. Certains se sont vus demander d’interrompre leur période de stage alors même qu’il s’agit d’un élément obligatoire pour valider le diplôme préparé. D’autres sont actuellement en recherche d’un employeur quand d’autres doivent faire signer leur convention sans pour autant savoir si leur stage pourra se dérouler normalement.

Les apprentis ont eux été priés de déserter les CFA pour retourner… en entreprise ! Leurs établissements sont fermés, mais ils doivent continuer de travailler auprès de leur employeur. Pour ces derniers, aucune continuité pédagogique ne semble donc envisagée.

Incertitudes pour les étudiants

Les étudiants voient eux la période de fermeture les rapprocher dangereusement des partiels de fin d’années qui selon les filières peuvent parfois se dérouler particulièrement tôt. Pour ceux qui préparent des concours l’incertitude est également de mise, les déclarations rassurantes sur la tenue des épreuves peinent à imprimer au vu de la soudaineté de l’annonce de la fermeture des établissements. La continuité pédagogique paraît toutefois plus simple à assurer, les environnements numériques de travail des universités étant souvent largement éprouvés même si parfois austères.

Si l’épidémie devait durer, nul doute toutefois que le calendrier universitaire serait bousculé. Les oraux devraient nécessairement être décalés tout comme les examens terminaux. Un allongement du temps universitaire qui ne manquerait pas de poser la question des ressources des étudiants. Pour beaucoup d’entre eux, un mois à l’université en plus c’est un mois de job d’été en moins.

La fermeture des établissements n’est pas contestée et même largement approuvée quand elle n’était pas attendue. Les différents ministères concernés devront toutefois rester à l’écoute des personnels, élèves et étudiants pour surmonter cet épisode exceptionnel, la dernière fermeture remonte en effet à mai 68.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde