JC 92
Éducation

E3C, le choix de la répression

Depuis trois semaines les épreuves communes de contrôle continu ont débuté dans les établissements non sans contestations. Ces mobilisations ont fait l’objet d’une féroce répression, aussi bien policière qu’administrative.  

Les E3C qu’est-ce que c’est ?

E3C ou Épreuves communes de contrôle continu, sont les nouvelles épreuves anticipées du baccalauréat pour les élèves de première depuis la réforme du baccalauréat. Ces épreuves se tiennent en contrôle continu, dans les mêmes conditions que n’importe quel autre contrôle, directement dans les salles de classe et avec des sujets différents en fonction des établissements. Les notes obtenues aux E3C représenteront 30 % de la note finale du baccalauréat.

Les épreuves ont débuté il y a un peu plus de trois semaines souvent dans des conditions chaotiques. Tout au long de ces dernières semaines, les témoignages sur les réseaux sociaux ont révélé d’importants problèmes sur la tenue des examens : salle trop petite, manque de surveillants, cours non banalisés, fuite de certains sujets, manque d’anonymat des copies. Certains élèves ont même eu des sujets ne correspondant pas à un chapitre travaillé. Les importantes différences entre les établissements sont dénoncées comme une rupture d’égalité entre les élèves alors même que le bac est un diplôme national.  

Les laborieuses conditions d’examens illustrent une nouvelle fois la précipitation coupable du ministère à mettre en place sa réforme. Le fond de la réforme pose également problème. Le baccalauréat perd son caractère national. En lieu et place d’épreuves communes pour l’ensemble des élèves 40 % de la notation finale sera effectuée en contrôle continu, 30 % avec les fameuses E3C et 10 % avec le dossier scolaire.

La valeur du diplôme sera différente selon l’établissement dans lequel il a été obtenu. Ainsi les diplômes obtenus dans les lycées les mieux cotés, situés le plus souvent dans les beaux quartiers, vaudront plus que le même diplôme obtenu dans un lycée de périphérie.

Face à la tenue de ces épreuves, une contestation a émergé de la part des enseignants, des parents et des élèves. 43 % des établissements ont connu diverses perturbations dues à des mobilisations.

Une répression policière et juridique inédite

Le mouvement de grogne contre les E3C a connu une surprenante et difficilement justifiable réponse policière. Un usage systématique des forces de l’ordre incompréhensible contre des élèves pacifiques. La photo d’un CRS contrôlant les élèves à l’entrée des établissements a fait le tour des réseaux sociaux — est malheureusement devenu le triste quotidien des lycéens mobilisés depuis maintenant trois semaines.

Les jeunes mobilisés contre les E3C subissent une répression policière d’une violence inédite. La plupart des lycées mobilisés ont connu une intervention des forces de l’ordre. Les policiers n’hésitant pas à user de la force contre les jeunes, voir même à l’encontre des enseignants et parents d’élèves mobilisés.

Aux photographies de CRS aux entrées des établissements, voire au sein même des établissements, s’ajoutent le nombre de jeunes interpellés et mis en garde à vue. À Paris, quatre jeunes, dont trois mineurs, ont passé trente heures en garde à vue pour avoir alimenté un feu de poubelle. Une enquête a été ouverte pour dégradation de bien d’autrui par un moyen dangereux. L’avocate de trois des quatre jeunes a qualifié la procédure de « disproportionnée ». Les jeunes sont convoqués devant le tribunal le 17 mars prochain.

Le gouvernement cherche à instaurer un climat de peur chez les lycéens pour les dissuader de se mobiliser. À la répression policière s’ajoute une lourde répression administrative, condamnant certains lycéens à un double voir triple peine.

Une répression administrative inacceptable

Aux coups de matraque s’ajoute une répression administrative. Un grand nombre de lycéens subissent des pressions de la part de leurs établissements pour les punir de s’être mobilisées. De nombreuses sanctions à l’encontre des organisateurs des blocus ont été faites, allant du blâme au conseil de discipline. Ces sanctions disciplinaires auront désormais un impact sur la suite du parcours des élèves, car avec la réforme du bac 10 % de la note finale sera faite sur le dossier scolaire. En plus de passer des épreuves dans des conditions calamiteuses, certains vont ainsi voir leur moyenne tombée par un dossier scolaire saboté par leur proviseur pour s’être mobilisé contre cette réforme injuste.

Bien pires que le dossier scolaire, certains lycéens ne s’étant pas rendus aux épreuves se sont vu attribuer un zéro d’office sans possibilités de passer les rattrapages. Cela a fait le tour des médias nationaux. Une quinzaine de lycéens de La Rochelle ont eu un zéro d’office aux épreuves des E3C pour s’être mobilisés devant leurs établissements ou pour certains avoir uniquement suivi un compte Instagram relié au blocage de leur lycée. Alors qu’aujourd’hui, la sélection et la mise en concurrence à tous les niveaux sont de mise, plomber ainsi la moyenne des élèves va avoir des effets désastreux sur l’avenir de ces jeunes.

Ce déchainement répressif s’inscrit dans un contexte de contestation généralisée contre le gouvernement et sa réforme des retraites. Alors que les foyers de mobilisations ne s’éteignent pas, il semble que l’exécutif craint une mobilisation des jeunes qui aurait fait jonction avec les syndicats professionnels.