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Elections européennes, Ian Brossat survol un débat mal pensé et confus

Initialement prévu pour 7 étendu à 9 pour finir à 12, le débat organisé par France 2 est passé de l’incompréhensible au ridicule, sans jamais permettre que le débat ait vraiment lieu.

Un début laborieux à la limite du ridicule

L’Émission Politique a débuté par la présentation par chacun des 12 candidats d’un objet de leur choix. Une séquence qui est devenue franchement gênante quand François Asselineau a sorti une paire de menottes, symbolisant l’emprisonnement imposé à la France par l’UE selon lui.  Jordan Bardella, le candidat du Rassemblement National s’est présenté à l’exercice avec une passoire devant incarner les politiques migratoires européenne. Jean-Christophe Lagarde, président et tête de liste de l’UDI  a agité un morceau du mur de Berlin, imité en cela par Raphaël Glucksmann, candidat désormais pour le PS après avoir fondé l’éphémère “place publique”, l’un comme l’autre voulant y voir un symbole d’un projet fédéraliste européen. Tout aussi déconnecté François-Xavier Bellamy, philosophe et candidat pour Les Républicains a présenté un exemplaire de l’Illiade et l’Odyssée d’Homère dans une illustration d’une culture européenne.

Yannick Jadot et Nathalie Loiseau, candidats pour Europe écologie les verts et la République en Marche ont fait dans l’alimentaire. Du miel pour dénoncer les pesticides pour le premier, du piment d’Espelette AOP donné par l’UE pour la seconde. Ils ont été imités par Philippot venu avec une baguette de pain, pour essayer de justifier sa présence sur le plateau.

Benoît Hamon avait lui pris un gilet de sauvetage pour dénoncer les migrants morts dans méditerranée. Manon Aubry candidat pour la France insoumise était venu avec un faux chèque de 5 milliards pour dénoncer la suppression de l’ISF. Ian Brossat, le candidat du PCF  a lui brandit un bracelet de naissance pour dénoncer les fermetures de maternité, une des conséquences directes des règles budgétaires européennes.

Le seul mérite de la séquence aura été de laisser une expression libre aux candidats venus pour porter un projet. Le principal défaut aura été de laisser une expression libre à des candidats venus faire les pitres. Cette présentation d’objet qui a suscité un débat pour le moins modeste, a pourtant occupé vingt bonne minutes pour un intérêt quasi-nul.

Une première partie sur les migrants

Le premier thème du débat choisi par la rédaction politique de France 2, les frontières européennes, derrière cet intitulé abscons, il faut comprendre un débat qui va de l’immigration au Brexit. L’introduction de ce débat est l’occasion pour les deux animateurs de s’exprimer longuement, sans qu’on comprenne particulièrement pourquoi d’ailleurs puisque les questions ne viennent qu’au bout d’un monologue pas très inspiré.

L’introduction commence par rappeler que l’immigration n’est pas la première préoccupation des français, que le nombre d’arrivée est en diminution et finalement pourrait presque être un argumentaire contre le choix de la rédaction de France 2 de commencer le débat par ce sujet. Le sujet en revanche qualifié d’“inflammable” est proposé comme ceci par Nathalie Saint-Cricq  :

“Si Schengen représentait à une époque un espoir, on a l’impression que c’est aujourd’hui un cauchemar. Il y a des modérés comme vous Nathalie Loiseau qui parlent simplement d’une remise à plat de Schengen, il  y a des radicaux qui veulent en sortir [de Schengen] comme si c’est espace constitue surtout la libre circulation des terroristes et des immigrés en situation irrégulière et je ne confond pas ces deux catégories.”

La question n’est pas encore posée que le sujet semble déjà enterré. Pourtant le débat sur les frontières de l’UE occupera près de 40 minutes dans une confusion impressionnante. Le pire c’est que les interpellations plus ou moins respectueuses des candidats entre eux et la faillite des animateurs à imposer un semblant d’ordre font qu’il est difficile de tirer le moindre élément en près d’une heure. Nous retiendrons cependant la cinglante réplique de Ian Brossat contre Nathalie Loiseau :

“Quand je vous entends, Madame Loiseau, expliquer que vous êtes fiers d’avoir divisé par 10 le nombre de migrants, vous devriez regarder vos pompes parce que pendant ce temps-là, il y a des gens qui sont morts en Méditerranée. Deux mille en 2018. Et si vous pensez que c’est un motif de fierté on ne doit pas avoir les mêmes valeurs”

Un débat confus dont seul Ian Brossat se tire

La suite sur la gouvernance de l’UE restera dans la même cacophonie que la première heure. Cacophonie aggravée par la tendance des candidats à débattre par proximité immédiate sur le plateau indépendamment de toute logique. La caméra peine par moment à suivre qui parle s’obligeant à des plans larges quand ceux qui s’interpellent d’un bout à l’autre du grand plateau.

La situation se dégrade encore quand les animateurs décident de passer à une sorte de jeu de rôle. Les candidats sont amené à voter pour, contre ou s’abstenir comme s’ils étaient élus parlementaires européens. L’intérêt du débat est généralement de sortir d’une approche binaire, l’imposer comme point de départ paraît curieux. Le choix des questions est pire encore. L’adhésion de la Serbie à l’UE et  l’attribution du siège de la France au conseil de sécurité à l’ONU paraissent tellement improbable et en dehors des préoccupations des français que ça en devient surréaliste.

La deuxième partie du débat porte sur la fiscalité, le pouvoir d’achat et l’écologie. Des thèmes qui auraient vraisemblablement dû être l’objet de la première partie. Les animateurs s’avèrent toujours incapable de modérer le débat se laissent écraser par les candidats. Le débat traîne en longueur toujours dans la même confusion. Aussi c’est bien après 23h que la question de l’emploi arrive enfin dans le débat, l’occasion pour Ian Brossat d’être désagréable deux secondes :

“En faisant le choix d’aborder les questions du travail à cette heure-là, la conséquence de ça c’est que les premiers concernés par ce sujet  sont en réalité déjà couché puisqu’ils vont eux travailler demain matin.”

De ce débat on gardera en tête l’excellente performance de Ian Brossat qui a su malgré une organisation calamiteuse et un rendu d’une grande confusion conserver un propos intelligent et clair. Alors que France 2 avait initialement fait le choix de ne pas l’inviter il s’est avéré le seul candidat en capacité de sortir de l’affrontement pour l’affrontement pour dérouler ses idées et ses revendications avec brio. Une démonstration de force pour l’élu communiste parisien pour qui ce débat pourrait bien marquer le début d’un nouveau dynamisme dans sa campagne.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde