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Environnement

Énergie en Guyane : toutes les solutions ont-elles été envisagées ?

En plein développement, la Guyane française cherche les moyens de satisfaire ses besoins énergétiques. Etat des lieux.

La croissance démographique de la Guyane soulève le problème de la production d’énergie pour subvenir aux besoins actuels et futurs de tous les guyanais et guyanaises, mais également celui de la forte demande d’énergie liée aux activités industrielles en devenir. 

Actuellement, la Guyane possède quatorze centrales thermiques, trois centrales hydrauliques et quatre parcs photovoltaïques. Les deux principaux producteurs d’énergie sont le barrage hydroélectrique de Petit-Saut à Sinnamary ainsi que la centrale thermique de Dégrad-des-Cannes à Cayenne. Or, ces différents producteurs ne semblent plus être suffisants dans une région en développement et où le Centre Spatial Guyanais (CSG) consomme 13 % de l’énergie. De plus, la centrale thermique de Dégrad-des-Cannes fermera définitivement ses portes en 2023. Il n’existe aucun réacteur nucléaire dans la région, laquelle relève pourtant d’un des pays leaders dans ce domaine.

La centrale du Larivot suspendue

Certains nouveaux projets sont déjà à l’œuvre afin de permettre à la Guyane et à sa population d’avoir accès à une énergie nécessaire. 

Le CSG veut être indépendant en énergie d’ici 2023 grâce à la construction de son propre producteur d’énergie. Par ailleurs, la nouvelle centrale du Larivot doit remplacer celle de Dégrad-des-Cannes. Cette centrale devrait fonctionner aux bioliquides, au gaz naturel ainsi qu’au fioul léger. Or, les travaux de construction de cette nouvelle centrale sont suspendus. Un recours déposé auprès du tribunal administratif de Cayenne par France Nature Environnement (FNE) ainsi que par Nature Guyane Environnement (NGE) en est la cause. 

Certains privilégient la construction de nouveaux producteurs d’énergie renouvelable comme de nouveaux parcs photovoltaïques ou éoliens pour compenser la perte de la centrale de Dégrad-des-Cannes. Mais ces solutions sont-elles réellement plus écologiques et tout aussi efficaces ?

Le pari hasardeux du renouvelable solaire et éolien

En effet, les panneaux photovoltaïques et les éoliennes produisent une énergie dite verte lorsqu’ils sont en opération. Pourtant, leur empreinte carbone est loin d’être nulle si l’on prend en compte leur conception et leur fin de vie. Les panneaux photovoltaïques ne se recyclent pas entièrement, la dalle de béton constituant le socle des éoliennes est extrêmement polluante. De plus, l’empreinte au sol des parcs photovoltaïques et éoliens est très étendue pour la faible capacité de production d’énergie dont ils font preuve (environ 2 hectares par mégawatt installé pour le photovoltaïque).

Les panneaux photovoltaïques ne produisent de l’énergie qu’en intermittence, étant dépendants du soleil (jour-nuit/météo), et les éoliennes nécessitent bien évidemment suffisamment de vent et se trouvent être des producteurs tout aussi intermittents. 

La construction de nouveaux parcs photovoltaïques et éoliens n’est donc, en somme, pas une solution probante pour un territoire tel que la Guyane qui nécessite de protéger ses espaces naturels et leur biodiversité extraordinaire, tout en requérant une efficace production d’énergie pilotable pour une population grandissante et difficile à recenser correctement. 

Et l’hydrogène ?

Le nouveau projet de la Centrale Électrique de l’Ouest Guyanais (CEOG), première centrale au monde à hydrogène vert dont la construction a débuté en septembre, est prometteur. 

Ce projet est porté par la société Hydrogène de France (HDF). Cette centrale combinera la production d’énergie à travers un parc photovoltaïque ainsi que le stockage de cette énergie sous forme d’hydrogène vert à long terme, mais également à court terme par batterie. HDF annonce la possibilité d’approvisionner 10 000 foyers en énergie grâce à la CEOG. L’intermittence de la production d’énergie par les panneaux photovoltaïques sera palliée par le stockage sous forme d’hydrogène vert. Il subsiste tout de même d’autres contraintes telles que la nécessité de déforester des espaces afin d’installer le parc ou encore le faible rendement. Pour l’approvisionnement de 10 000 foyers, il sera nécessaire de déforester 78 hectares de forêt afin de construire le parc photovoltaïque. 

HDF parle également de deux formes de stockage. Or, nous ne connaissons pas la proportion d’énergie qui sera stockée pour le court terme, donc par batterie. Rappelons que la production de batteries est extrêmement polluante et qu’elles sont très difficilement recyclables à cause de leur composition. Il existe aussi des incertitudes quant à la durabilité des panneaux photovoltaïques dans un territoire au climat équatorial. 

La question de l’énergie nucléaire

L’absence de réacteurs nucléaires en Guyane pose question. Environ 70 % de l’électricité consommée par les Françaises et Français provient du nucléaire. Un réacteur nucléaire de 900 MW produit en moyenne chaque mois 500 000 MWh soit environ la consommation de 400 000 foyers. Une telle production d’énergie serait donc en adéquation avec la croissance de la population que connaît actuellement la région, mais également avec ses velléités de développement du territoire par l’industrie. La grande quantité d’eau nécessaire au refroidissement de la centrale nucléaire est compatible avec le littoral qui est le lieu de vie de la plupart des guyanais et guyanaises. 

Pour ce qui est du besoin en énergie des habitants et des professionnels en forêt, la question des Petits Réacteurs Modulaires (PRM) peut être posée. La puissance des PRM est réduite par rapport à celle des réacteurs classiques, mais peut tout de même aller de 10 à 300 MW. Les PRM permettent une réduction du coût, de la surface utilisée et artificialisée ainsi qu’une sécurité accrue du confinement des matériaux nucléaires. La taille réduite des PRM permettrait donc leur construction à proximité des populations ou des activités demandeuses en énergie et ainsi l’acheminement de l’énergie produite. 

Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde