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A LA UNE Éducation

Entretiens : le confinement en résidence universitaire

Si les étudiants vivant en résidence universitaire ont été vivement encouragés par le CROUS à rejoindre le domicile familial, tous n’ont pas pu ou n’ont pas voulu partir et sont donc confinés dans des espaces souvent exigus. Sébastien, étudiant en première année de maths, et Élisa, étudiante en master de production théâtrale, font partie de ces étudiants, ils nous parlent de leurs situations.

Avais-tu d’autres solutions que de rester ?

Élisa : Oui j’avais d’autres solutions. Je suis restée pour deux raisons principales : la peur de transmettre ou d’attraper le virus en rejoignant ma famille dans le sud ; la peur de ne pas pouvoir travailler convenablement, de ne pas être tranquille. Je suis en alternance, donc je suis en télétravail une partie de la semaine et je dois pouvoir suivre des cours en visioconférence le reste du temps.

Sébastien : Je n’ai pas eu l’occasion d’aller ailleurs, par « rupture familiale » on va dire.

Vous êtes nombreux à être resté dans ta résidence ? 

Élisa : Je pense qu’on est une dizaine à être restée, mais la majorité des résidents est partie.

Sébastien : Les seules personnes qui sont restées sont les étudiants étrangers, en très grande majorité. Je pense qu’il y a aussi d’autres gens dans ma situation, mais la plupart sont rentrés chez leurs parents.

Comment te sens-tu dans ton logement ? Quel·s espace·s as-tu ? 

Élisa : Je me sentais bien, mais à l’étroit dans cette situation. J’ai une grande pièce et une salle de bain, c’est l’extérieur qui me manquait. J’ai respecté le confinement et suis sorti le minimum possible, mais la situation commençait à me peser. Je suis finalement partie dans le sud il y a quelques jours, malgré le risque d’être porteuse du virus.

Sébastien : J’habite une résidence CROUS qui propose des chambres de 9 m² avec salle de bain et cuisine communes par étages. C’est la résidence la moins chère du campus. D’habitude, la plupart des gens n’y restent même pas le week-end, ils rentrent chez leurs parents, ça leur sert juste pour dormir près du campus la semaine. Moi c’est ici que je passe tout mon temps, malgré l’insalubrité du lieu, très mal isolé, et la petite surface. C’est difficile psychologiquement et physiquement, j’ai des migraines à répétition. Même avec ce que j’ai à faire en tant qu’étudiant, même en sachant que je peux sortir quelques fois pour faire du sport et bien cette situation me travaille. Je perds plus ou moins la notion du temps, j’ai du mal à tenir un rythme similaire à des journées normales. C’est le confinement dans une cage. Je passe beaucoup de temps sur mon ordinateur en sachant pertinemment que ce n’est pas le mieux à faire. C’est le côté qu’on ne montre pas.

Le CROUS propose-t-il une aide ? Un soutien ? T’ont-ils contacté·e ? 

Élisa : Le CROUS a envoyé beaucoup de mail. Surtout pour nous inviter à rentrer chez nos parents. Un soutien psychologique est proposé. Un recensement des personnes restantes a été fait. Pour les loyers c’est encore le flou, je ne sais pas si nous aurons le droit à une aide financière.

Sébastien : Oui, le CROUS a pris contact pour nous tenir au courant de la reprise des services : une femme de ménage vient deux fois par semaine, un numéro de téléphone existe en cas de soucis. Ils appellent aussi pour prendre des nouvelles, mais j’ai du mal personnellement à dire autre chose que « on fait aller ».

Le mardi 31 mars, Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement Supérieur, a annoncé débloquer 10 millions d’euros pour le financements d’aides d’urgence attribuées par le CROUS. Les critères précis de ces aides ne sont pas encore connues mais elles devraient être mises en place pour permettre aux étudiants de s’équiper informatiquement et pour les soutenir dans leurs dépenses alimentaires (les restaurants universitaires étant fermés). Ces aides pourraient aussi être versées aux étudiants les plus précaires, notamment ceux qui ne peuvent plus travailler à cause du confinement.