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Exclusivité – Entretien avec Arab, fils de Marwan Barghouti

Nous sommes allé·e·s à la rencontre d’Arab, plus jeune fils de Marwan Barghouti qui est actuellement en France. À 29 ans, il veut sensibiliser la communauté internationale à la question palestinienne. Nous lui avons posé quelques questions.

Quelle est la raison de ta venue en France ?

C’est la cinquième fois que je me rends en France. En général, je viens avec ma mère qui vient régulièrement en Europe, notamment en France, car il y a énormément de comités soutien pour Marwan Barghouti et les autres prisonniers politiques palestiniens. Cette fois-ci, c’est Leïla Shahid [NdlR : ex-délégée générale pour l’OLP en France et ex-ambassadrice de la Palestine en Belgique et au Luxembourg] qui m’a invité, j’en profite pour rencontrer différentes organisations. Il est important pour moi de venir pour témoigner de ce que la jeunesse palestinienne vit au quotidien, c’est la principale raison qui me motive à voyager, sensibiliser les gens à notre quotidien.

Peux-tu nous parler de Marwan Barghouti et de ses conditions de détention ?

Faut savoir que mon père a été, dans sa jeunesse, Président du conseil des étudiants lorsqu’il était étudiant à l’université de Birzeit suite à cela, il fut emprisonné puis exilé. En 1994, il fut élu au parlement, c’est à ce moment qu’il revient en Palestine. Durant les deux intifada qui ont lieu en Palestine, Marwan est un des visages de la résistance. C’est comme ça qu’il est devenu une des personnes les plus recherchées après la deuxième intifada. Sans doute que l’État d’Israël voulait déstabiliser la résistance palestinienne en enfermant arbitrairement et sur des motifs infondés une de ses figures. Mon père a été condamné à cinq peines de réclusion, cela fait 18 ans qu’il est en prison. Pendant des années, il a été mis en isolement. C’est compliqué de voir mon père, car il nous faut des permissions qui ne sont que très rarement délivrées. Actuellement, il n’est pas en isolement, sa situation n’est pas idéale, mais cela pourrait être plus grave. Ayant un docteur en sciences politiques, il donne des cours aux autres prisonniers pour leur permettre, lorsqu’ils seront libérés de vivre une vie un peu plus épanouie. Mon père a déjà enseigné jusqu’à l’équivalent d’un bac+5 en prison, une fois à l’extérieur les prisonniers se rendent à l’université ou a enseigné mon père et l’université délivre le diplôme aux élèves de Marwan Barghouti.

Est-ce que le contexte international, à savoir l’arrivée de Donald Trump qui a reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël et l’arrivé de différents dirigeants d’extrême droite au pouvoir dans le monde a eu des effets sur la condition des palestiniens ?

La déclaration de Trump est historique, symboliquement, oui elle a posé problème, mais honnêtement, la réalité des Palestiniens est restée la même. Nous avons continué à subir la colonisation comme depuis des années. À Jérusalem, l’État d’Israël a toujours tout fait pour virer les Palestiniens, même à Jérusalem-Est.

Quelles sont les réalités de la jeunesse palestinienne ?

Ils vivent la colonisation à plein fouet, il y a chaque mois 200 jeunes qui se retrouvent en prison, la prison n’est pas sans conséquence sur ces jeunes. Mon frère a fait trois années de prison, il revenait d’Égypte où il étudiait quand il s’est fait arrêter arbitrairement. Depuis les conséquences de sa détention se ressentent sur son comportement. Les jeunes vivent dans un pays où il y a un mur et des checkpoint qui réduisent leur mobilité. Ils ne peuvent pas vivre une vie normale, leurs droits ne sont pas respectés, la colonisation constitue un frein notamment dans l’accès aux études. Cette situation a des effets mentaux sur la jeunesse palestinienne. Ils sont malgré eux des résistants, dès le plus jeune âge ils doivent militer pour leur droit. À Ramallah, ils sont aliénés par la société de consommation qui les pousse à faire des crédits pour s’acheter des voitures par exemple, c’est une stratégie pour ne pas qu’ils résistent à l’occupation.

As-tu un message à faire passer à la jeunesse en France ?

Chaque jeune dans le monde doit comprendre l’injustice que nous, jeunes palestiniens, vivons. Aidons-nous pour en finir avec toutes formes d’injustice et de colonisation à travers le monde. Les anciennes générations sont habituées à ce système. Nous sommes la clef pour mettre fin à ce système, nous ne devons pas le pérenniser.