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Gantz – Netanyahou : l’union de façade à rude épreuve

En Israël, depuis le mois d’avril 2019, Benyamin Netanyahou et Benny Gantz n’ont eu de cesse de se disputer le pouvoir et le poste de Premier ministre et ce jusqu’aux élections législatives de mars 2020, les troisièmes en moins d’un an.   Profitant de la crise provoquée par la pandémie mondiale de COVID-19, Gantz et Netanyahou ont fini par trouver un terrain d’entente afin de  créer un gouvernement de coalition. L’actuel président du Likoud conserve  son poste de Premier Ministre dix-huit mois supplémentaires avant de le laisser au leader de l’alliance Bleu et Blanc, qui en attendant a été nommé Ministre de la Défense.

Le vote du budget sème la discord 

Néanmoins cette union de façade, est mise à rude épreuve par la crise économique mondiale qui touche le monde entier. L’accord entre Benny Gantz et Benyamin Netanyahou comporte de nombreuses clauses qui rendent le vote du budget gouvernemental extrêmement compliqué. En effet, il est notamment stipulé dans cet accord, que si le gouvernement est renversé avant que Benny Gantz ne soit officiellement nommé Premier ministre, ce poste lui reviendra automatiquement jusqu’aux prochaines élections. En revanche, cette rotation est annulée si jamais Gantz renverse ce gouvernement en ne votant pas la loi budget, laissant ainsi son principal rival en poste. Hors, alors que le chef du gouvernement soutenu par le ministère des finances prône un budget annuel, l’ancien chef d’État-Major de l’armée israélienne lui défend un budget biannuel qui ne permettrait donc pas à Netanyahou de se défiler en cas d’échec de ce dernier. Désapprouvé par les économistes, Benny Gantz met en avant le fait que les deux partis étaient en accord  sur le vote d’un budget biannuel et que le volte-face de son opposant va donc à l’encontre de cet arrangement.

Le risque d’une quatrième élection législative 

Alors qu’aujourd’hui près de 800 000 personnes sont au chômage et qu’en pleine épidémie de Covid-19 les manifestations massives et populaires s’enchaînent dans tout Israël pour demander au gouvernement d’intervenir et d’aider les plus démunis, l’échec de ce gouvernement de coalition se fait ressentir, faisant ainsi planer sur les israéliens le spectre d’une quatrième élection en cas d’échec des négociations. Un scénario non désiré tant par les économistes qui craignent que cette dernière ne retarde encore un petit peu plus le vote du budget, que par les deux principaux protagonistes, même si le Likoud qui a vu sa cote de popularité augmenter durant la pandémie et qui bénéficierait sans aucun doute de la force de l’habitude.

Alors que certains pensent que Benyamin Netanyahou souhaite profiter de cette dissension autour du budget briser l’alliance entre son parti et celui de Benny Gantz, d’autres accusent ce dernier de faire passer ses intérêts politiques avant ceux du peuple israélien. En cas d’échec de ce bras de fer, l’ex-militaire pourrait voir sa carrière en politique se terminer de façon rapide et abrupte. Pour trouver une porte de sortie à ces divergences le représentant du Kakhol Lavan (Bleu et Blanc) propose d’adopter son budget biennal sur le papier, mais d’y ajouter un ou plusieurs amendements pour corriger la partie 2021 de cette loi en prenant compte de l’évolution de la crise économique et de l’épidémie de COVID-19 dans le pays. Aryé Dery, ministre de l’intérieur et président du Shah (parti d’extrême-droite) a quant à lui proposé à Benyamin Netanyahu de faire adopter une loi en même temps que la loi budgétaire d’un an, qui donnerait à Benny Gantz le poste de Premier ministre en cas d’échec du budget 2021.

Alors que le Likoud et le Kakhol Lavan répètent qu’ils ne souhaitent pas de nouvelles élections, ce gouvernement de coalition semble être dans l’impasse. Si ce budget n’est pas adopté d’ici le 25 août, de nouvelles élections législatives seront dans l’obligation de se tenir, il s’agirait du quatrième scrutin en moins de deux ans. Deux partis ultra-orthodoxes (le Shas et le Yahadout Hatorah) ont annoncé que leur soutien de longue date au Likoud prendra fin si un compromis n’est pas acté.