JC Nord
Vivre ensemble

Georges Ibrahim Abdallah, prisonnier politique en France

Alors qu’Israël utilise l’emprisonnement arbitraire comme véritable outil de répression face à la résistance du peuple palestinien, la question des prisonniers politiques ne s’arrête pas aux frontières de l’état hébreu. La France maintient elle aussi depuis 36 ans en prison Georges Ibrahim Abdallah, militant communiste libanais, défenseur de la cause palestinienne. 

Du Liban à la France

Georges Ibrahim Abdallah est né le 2 avril 1951 au Liban à Kobayat. Instituteur de profession, c’est en 1982 que sa vie va basculer. 

De 1979 à 1983, les services secrets israéliens mènent une campagne à grande échelle d’attentats à la voiture piégée qui tuèrent des centaines de Palestiniens et de Libanais, civils pour la plupart, revendiqués par le « Front pour la libération du Liban des étrangers » (FLLE). Le général israélien David Agmon indique alors qu’il s’agissait de « créer le chaos parmi les Palestiniens et les Syriens au Liban, sans laisser d’empreintes israéliennes, pour leur donner l’impression qu’ils étaient constamment sous attaque et leur instiller un sentiment d’insécurité. » C’est dans ce contexte de guerre impérialiste et de violence extrême que Georges Ibrahim Abdallah rejoint le Front Populaire de Libération de la Palestine des Opération Extérieure (FPLP/OE) et deviendra le Leader des Fraction Armées Révolutionnaire Libanaises (FARL).

Les FARL sont un groupe qui émerge du FPLP/OE, une jonction Libano/Palestinienne avec comme moyen d’action la guérilla, qui comptera en 1981 un nombre de 30 membres actifs. Ils se feront remarquer par des moyens de réplique (assassinats d’agent du Mossad, attaques en France et dans l’Ouest européen…) qui mèneront à l’arrestation d’Ibrahim Abdallah en 1984.

Un procès biaisé

Georges Ibrahim Abdallah est arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, pour possession de « vrais-faux » papiers d’identité, un passeport délivré légalement par les autorités algériennes. Il est ensuite condamné à quatre années de détention le 10 juillet 1986, pour détention d’armes et d’explosifs, après la découverte dans une des planques des FARL d’une arme ayant servi à abattre Charles Ray et Yacov Barsimentov en 1982. Si tous deux sont officiellement diplomates étasuniens et israéliens, il s’agit en réalité d’agents de la CIA et du Mossad (services secrets israéliens). Cependant, bien que Georges Ibrahim Abdallah fût reconnu comme un membre important des FARL, son implication personnelle dans ces attentats n’a jamais été établie, et les charges contre lui se limitent aux faux papiers.

Les années suivantes sont marquées par une vague d’attentats sanglants sur le territoire français (treize morts et des centaines de blessés) qui, bien que ne pouvant être imputés à Georges Abdallah, en prison depuis deux ans, ni même au FARL (les attentats sont revendiqués par une organisation pro-Iranienne) auront une influence importante sur son véritable procès s’ouvrant le 23 février 1987.

C’est dans ce contexte politique tendu que se tient son procès. Il faut ajouter à cela cette confusion entretenue par les médias et les autorités ainsi qu’une pression exercée tant par les États-Unis, participant au procès, que par Israël. À l’arrivée, Georges Abdallah sera condamné à perpétuité, bien que le procureur général n’ait requis qu’une peine de dix ans d’emprisonnement.

Emprisonné à Lannemezan (65), Georges Ibrahim Abdallah est depuis tombé dans l’oubli officiel.

Une détention interminable 

C’est en 1999 que la durée minimale pour une peine de prison à perpétuité est atteinte est que celui-ci est donc libérable, mais depuis, toutes les demandes de libération conditionnelle ont été refusées à George Ibrahim Abdallah.

En 2003, le tribunal accorde sa libération conditionnelle, mais la pression importante mise par le département d’État des USA pour s’opposer à cette décision de la justice française empêchera que cela puisse se faire.

Malgré ses demandes réitérées de libération conditionnelle tous les 2 ans comme la loi le lui autorise, toutes seront refusées sous le motif de possible récidive appuyée par la loi Dati (2008) et qui est appliquée de manière rétroactive à son cas, alors que le souhait de George Ibrahim Abdallah est de rentrer au Liban pour y retourner enseigner. 

Ce ne sera que le 10 janvier 2013 qu’il obtiendra à nouveau une décision favorable à sa libération, sous condition de son expulsion de France.

Le gouvernement des États-Unis s’oppose une nouvelle fois à la décision de la justice française et sera suivi par la complicité du ministre de l’Intérieur de l’époque Manuels Valls qui le 15 janvier 2013 s’oppose lui aussi à son expulsion du territoire et donc à la décision de justice de libération sous cette condition. 

Face à cette décision arbitraire, sur laquelle on sent planer l’ombre de la diplomatie étasunienne, une plainte a été adressée en juin 2013 à la France par les enquêteurs du Groupe de travail sur la détention arbitraire. Une autre plainte a été adressée à la Cour suprême française contre le ministre Manuel Valls pour ne pas avoir signé le document administratif nécessaire à la libération d’Abdallah. 

Avec pas moins de deux décisions de justice favorables à sa libération, cette détention s’apparente clairement à une injustice au service de décision politique relevant de la vengeance d’État.

À ce propos, Yves Bonnet, responsable de la Direction de la surveillance du territoire au moment de l’arrestation de Georges Abdallah a reconnu en 2011 que les USA et Israël avaient tout fait pour le maintenir enfermé. Un an plus tard, il continuera de prendre position pour sa libération en considérant que le gouvernement et la DST s’étaient comportés comme des criminels au moment de son arrestation et argumentera en sa faveur, estimant qu’il n’avait fait que résister face à l’invasion de son pays.

Une campagne pour sa libération

Nombreux sont ceux qui militent en France pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Un collectif réunit actuellement diverses organisations politiques de gauche, parmi lesquelles le Mouvement des jeunes communistes de France et le Parti communiste français. 

Côté associatif, La Ligue des droits de l’homme, l’Association France-Palestine Solidarité ou encore l’Union juive française pour la paix appellent eux aussi à la libération du prisonnier libanais.

Chaque année, le 21 octobre, a lieu une manifestation devant les portes de sa prison à Lannemezan, pour le soutenir et exiger sa libération.

Aujourd’hui plus que jamais, la libération de Georges Ibrahim Abdallah est un combat important du camp progressiste et de défense des droits de l’homme. Georges Abdallah représente à lui seul une multitude de combats : lutte contre l’impérialisme, lutte pour la libération de la Palestine et lutte pour la libération des prisonniers politiques partout dans le monde. 

Avec l’annonce de la volonté de la garde des Sceaux Belloubet de libérer 5000 prisonniers en réponse à la pandémie actuelle, les demandes de la remise en liberté de Georges Abdallah se multiplient. Les députés communistes et insoumis sont nombreux à réagir et à demander sa libération.