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FRANCE

Grand débat, des questions biaisées

Lancé par le Président de la République par une lettre au français, le grand débat doit permettre de sortir de la crise des « gilets jaunes ». Une énième tentative d’évitement de la part d’un gouvernement qui  enchaîne des faux pas depuis des mois.

Des questions biaisées

Quatre thématiques ont été identifiées par le gouvernement, même si le Président sous-entend dans sa lettre au français, la possibilité que d’autres émergent. Les thématiques retenues sont, l’impôt, les dépenses et l’action publique ; suivi de l’organisation de l’Etat et des collectivités publiques ; puis la transition écologique ; et enfin  la démocratie et la citoyenneté.

De prime abord, il ne semble ne rien avoir à redire au choix de ces sujets. La question des impôts est abondamment posée par la contestation en cours que ce soit pour demander le rétablissement de l’ISF ou encore contester la hausse, désormais partiellement annulée, de la CSG pour les retraités.

L’impôt et la dépense publique doivent baisser

Les questions proposées sont toutefois totalement biaisées. L’impôt n’est ainsi envisagé qu’à travers sa baisse, sans jamais poser la question de la justice fiscale. Le Président semble ignorer que les plus riches bénéficient de taux d’imposition ridiculement bas et peuvent en plus s’y soustraire dans l’impunité la plus totale. De la même façon la dépense publique n’est envisagée qu’à travers sa diminution, n’hésitant pas à demander quels services publics seraient dépassés ou top chers.  

Certe le locataire de l’Elysée demande également quels nouveaux services publics faudrait-il créer et comment les financer, ou encore comment mieux organiser le pacte social. Des interrogations un peu vaine quand la baisse de l’impôt et de la dépense publique sont des préalables…

L’organisation de l’Etat et des collectivités publiques

L’organisation de l’Etat et des collectivités publiques semblent déjà davantage sujet à caution, la critique du soi-disant millefeuille administratif se heurte à une aspiration à une décision au plus proche, le sujet est relativement éloigné des revendications portées dans la rue depuis plusieurs mois.

La première question donne le ton : « Y a-t-il trop d’échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales ? » Que ce soit dans les cortèges des samedi, ou sur les rond-points occupés, l’organisation administrative du pays ne semble pas faire partie des revendications principales. La questions suivante enchaîne directement avec la deuxième rengaine habituelle sur la question, faut-il plus de décentralisation et donner plus de pouvoir de décision à plus de citoyens ? Ces deux questions n’en sont en réalité pas. Personne ne veut d’un fonctionnement bureaucratique et tout le monde souhaite que les citoyens puissent décider au plus proche. Cependant, le gouvernement est bien malhonnête de faire croire que ce sont des questions qui se posent de cette façon. Quel pouvoir de décision locale reste-t-il quand les collectivités sont asphyxiées financièrement ? Quelle décentralisation, quand elle consiste à créer des régions qui éloignent les lieux de décision des citoyens ? Et que dire des suppressions de guichets locaux d’administration d’Etat au nom de la simplification ?

La transition écologique

La transition écologique fait sens sous l’influence de deux mobilisations qui se sont parfois rejointes, l’opposition à une fiscalité « écologique » jugée injuste des « gilets jaunes », mais aussi les différentes marches pour le climat qui ont eu lieu régulièrement depuis la démission de Nicolas Hulot.

Dans cette thématique ce n’est pas tant le biais des questions qui interrogent que la naïveté ou la surdité qu’elles suintent. Il faut croire que le Président n’est particulièrement pas à l’écoute de ce qui se passe en France pour demander : « Comment finance-t-on la transition écologique : par l’impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité ? ». Des milliers de manifestants pour le climat appellent depuis des mois à frapper au porte monnaie les entreprises les plus responsables de la pollution. Des dizaines de milliers de « gilets jaunes » ont barré des routes pour refuser d’être taxés, au nom d’une transition écologiste, dont ils estiment à raison qu’ils n’ont pas à la payer seuls.

Sur la question de la biodiversité, de l’usage des pesticides et la protection des agriculteurs français, les questions posées semblent faire preuve de la même insupportable fausse candeur. L’interdiction du glyphosate et des produits les plus dangereux comme la possibilité de réellement privilégier les circuits courts reviennent depuis des mois régulièrement dans le débat public. A quoi bon poser des questions quand il semble que le Président de la République refuse depuis des mois d’écouter les réponses !

La démocratie et la citoyenneté

La démocratie et la citoyenneté enfin font directement écho à la présence du référendum d’initiative citoyenne dans le débat public.

Cette thématique est particulièrement vaste. Les questions sont en revanche particulièrement superficielle, le vote blanc, le nombre d’élu, le rôle du CESE, le tirage au sort, ou le recours au référendum sont ainsi interrogés. Pas une question n’interroge le calendrier électoral, le rôle du président de la république et plus largement les institutions de la Ve république. Le débat sur la démocratie s’arrête là.

Pire, de la citoyenneté le Président glisse ensuite vers l’immigration, passant curieusement du référendum d’initiative citoyenne aux quotas annuels d’immigration définis par le parlement. Que personne, à l’exception de l’extrême droite, ne le demande ne semble pas déranger le Président. Il semble qu’il ait sciemment calculé qu’il fallait mieux s’opposer, sur le papier, aux délires racistes du Rassemblement National plutôt que de tenter de répondre aux aspirations qui s’expriment dans la rue. Il enchaîne ensuite directement de l’immigration à la laïcité, liant les deux et ignorant que les attaques les plus virulentes au principe de séparation des églises et de l’Etat ne viennent pas des immigrés.

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Collectif de rédaction d'Avant Garde