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Vivre ensemble

Grand débat, l’arnaque se dévoile

Lancé pour identifier les revendications des gilets jaunes et répondre aux critiques d’un déficit démocratique du fonctionnement de l’Etat, le grand débat s’est mué en campagne électorale du gouvernement.

Les limites de l’exercice

Les limites de ce type d’exercice sont largement connues. Le public prêt à se déplacer pour participer à ce type d’initiative est sociologiquement relativement homogène et plutôt éloigné de la sociologie des “gilets jaunes”. Ce sont donc majoritairement des hommes, diplômés, âgés de plus de 60 ans et disposant de revenus supérieurs à la moyenne qui se sont déplacés. Un biais classique et inhérent à ce type de démarche.

Ce premier biais n’est pas le seul. Les thématiques et questions posées étaient également particulièrement peu neutres. La présence régulière de membres du gouvernements à ces débats pour porter une contradiction a contribué également à rendre l’exercice difficile. Une situation dénoncée par les “garants”,  Le Monde cite ainsi M. Perrineau :

Nous avions précisé que les membres de l’exécutif devaient se mettre en retrait de ce débat. Nous n’avons pas été entendus, il y a eu une communication trop intense qui a pu contribuer à activer la méfiance.

La rédaction des synthèses des débats locaux semble être aléatoire. Le traitement automatisé de ces dernières interrogent fortement quant aux choix algorithmiques qui seront faits. Idem, pour le traitement des contributions sur le site internet. L’exercice démocratique paraît limité.

Les conférences régionales, consensus et post-it

Les échos des conférences régionales qui devaient fournir un rendu plus qualitatif du grand débat par opposition au rendu quantitatif du traitement automatisé font état de sérieux problèmes dans leur fonctionnement. Les participants étaient tirés au sort pour être représentatifs de la société, rien toutefois ne peut garantir la présence des individus issus des catégories sociales les moins enclines à participer à ce type d’exercice.

Les participants sont de plus arbitrairement répartis sur une thématique. Certains exercices proposés paraissent franchement décalés. La demande d’inscrire un seul mot sur un post-it de couleur pour établir un nuage de mots a pu laisser un arrière goût d’infantilisation aux tirés au sort. Certains ne reviendront d’ailleurs pas au second jour. Il faudra enfin résumer en “propositions” les discussions, indispensables pour avancer, mais nécessairement limitant.

Les groupes thématiques sont mixés pour confronter les propositions, en temps tellement restreint que le débat est souvent limité. Les propositions  doivent ensuite être notées par l’ensemble des participants. Un mécanisme qui fait la part belle aux solutions les moins clivantes, et donc généralement les moins engageantes pour le gouvernement. Pour ce dernier le but est ici.

Une opération de com’ efficace ?

Le principal but du grand débat semble avoir été atteint. Le couple exécutif est nettement remonté dans les sondages d’opinion à la faveur de cet exercice. Il aura été l’occasion pour le Président et le gouvernement de s’offrir des tribunes partout en France au frais de l’Etat. Une opération qui peut être interrogée alors qu’elle se déroulait quelques semaines avant le scrutin européen. Les conclusions du grand débat ne sont pas encore connues, mais peu de chance que le processus aboutisse à une contestation radicale des politiques menées par le gouvernement tant il était orienté.

L’idée d’un référendum de conclusion envisagé un temp, ne semble pour l’instant ne plus être à l’ordre du jour. Le président devrait toutefois avoir beau jeu dans les prochains mois de se nourrir d’une lecture biaisée des résultats à des questions biaisées pour “valider” ses futures réformes.

Sa ministre de la santé, Agnès Buzin a déjà commencé en invoquant ce fameux grand débat pour suggérer une augmentation de l’âge légal de départ à la retraite. Dans le Grand Jury émission de RTL-Le Figaro et LCI, la ministre a expliqué :

«Ce que j’ai dit, c’est que j’ai vu ces propositions remonter du grand débat. À partir du moment où les Français l’évoquent, c’est sur la table. À partir du moment où toutes les propositions qui sont amenées par le grand débat vont être étudiées, nous étudierons celle-là comme les autres. Elle n’est pas (mise) sur la table aujourd’hui par le gouvernement»

Pas certain cependant que le rétablissement de l’ISF ou l’augmentation du SMIC mis sur la table par nombre de citoyens bénéficient de la même étude de la part du gouvernement.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde