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INTERNATIONAL

Grève nationale et répression violente en Colombie, le peuple appelle à l’aide

Depuis le 28 avril, plusieurs dizaines de milliers de Colombien.ne.s sont descendus dans la rue pour protester contre la politique néolibérale et d’extrême droite du gouvernement d’Ivan Duque, et plus précisément contre le projet de réforme fiscale présenté devant le congrès par Alberto Carrasquilla, ministre des Finances.

Un projet de réforme impopulaire

Le peuple Colombien subit depuis plus de 20 ans l’influence politique des Etats-Unis dans le cadre du « Plan Colombie » qui vise à aider financièrement et militairement le gouvernement Colombien à chasser toute forme de protestation.

S’ajoute à cette politique autoritaire l’incompétence du président Iván Duque face à la crise sanitaire que nous traversons. En effet, en 2020 42,5% de la population est passée sous le seuil de pauvreté. Ça représente 3 millions de Colombiens !

Une réforme visant à la privatisation de la santé et la violation des accords de paix de 2016 avaient déjà mis le feu aux poudres. Ces accords mettaient, entre autres, fin à la guerre civile qui opposait les FARC au gouvernement et les autorisait à s’investir en politique. Cependant, le Parti des communs (formé par les FARC), a déclaré fin avril que 269 de leurs signataires du processus de paix ont été assassinés.

Mais l’évènement qui a soulevé le peuple, c’est un ras-le-bol général suite à la nouvelle réforme fiscale du ministre des Finances, Alberto Carrasquilla.

Ce projet de réforme prévoyait à terme une extension des impôts aux personnes gagnant 656 dollars par mois dans un pays où le salaire minimum est de 248 dollars et où le travail informel représente environ 46% des emplois, ainsi que la mise en place d’une taxe sur des services publics et des produits non taxés tels que l’eau, le sel, ou encore les protections hygiéniques. Pour les Colombien.ne.s, la réforme fiscale d’Alberto Carrasquilla a été la goûte d’eau qui a fait déborder le vase. Les syndicats d’enseignant.e.s et d’ouvrier.e.s estiment que cette réforme va encore aggraver les difficultés des plus pauvres et de la classe moyenne, déjà fortement éprouvés par des confinements successifs ayant privé de travail et de revenu une grande partie de la population. 

Une répression policière extrêmement violente 

Après 5 jours de manifestations durement réprimées par la police et par l’ESMAD (escadron anti-émeute, l’équivalent en France des CRS), et un bilan humain particulièrement lourd, au moins 13 mort.e.s parmi les manifestant.e.s, plus de 900 blessé.e.s, autant de manifestant.e.s arrêté.e.s et plusieurs accusations de viol par la police, Ivan Duque a annoncé le retrait de la réforme fiscale pour une réécriture et Alberto Carrasquilla a annoncé sa démission. 

Mais, les Colombien.e.s en veulent plus. Ils demandent aujourd’hui des garanties quant au retrait de la réforme fiscale, le retrait des réformes de la santé et de la justice au profit de nouvelles réformes écrites en concertation avec le peuple, la mise en examen des policiers coupables de violences et de meurtres, et pour finir la démission d’Ivan Duque, président Colombien très controversé du fait de sa gestion de la pandémie de Covid-19 et de ces liens avec Alvaro Uribe, ancien président accusé de meurtre, de corruption, de narco-trafic et de complicité dans le scandal des faux positifs. 

A l’heure actuelle, au bout de 13 jours de manifestations, l’ONG Temblores recense au moins 40 mort.e.s, 12 victimes de violences sexuelles par les forces de l’ordre, 129 cas d’usage d’armes à feu et 1003 détentions arbitraires, dont la majorité ont eu lieu à Santiago de Cali, 3ème ville du pays. Les forces de l’ordre et les militaires déployés dans tout le pays sont autorisés à tirer à balles réelles et font preuve d’une violence sans précédent à l’encontre des manifestant.e.s. Les Colombien.ne.s se font massacrer dans l’indifférence de la communauté internationale, et le gouvernement fasciste envisage la mise en place de l’état d’urgence, qui donnerait pour 30 jours de plus grands pouvoirs à Ivan Duque. Les images des manifestations, souvent retransmises en direct sur les réseaux sociaux, sont particulièrement choquantes. Le 2 mai, les spectateurs et spectatrices d’un live instagram ont par exemple assisté en direct à la mort d’un jeune manifestant, Nicolas Guerrero, assassiné par les forces de l’ordre.

L’appel à l’aide

Sur les réseaux sociaux, la jeunesse Colombienne appelle à l’aide et demande l’intervention de l’ONU et l’aide des ONG, notamment afin de soigner les blessés et de retrouver les nombreuses et nombreux disparu.e.s avec les #SOScolombia et #NosEstanMatando, et la communauté colombienne française appellait à un rassemblement le 8 mai au Trocadéro à Paris en soutien aux manifestant.e.s, qui a rassemblé des milliers de personnes. D autres sont prévues en soutien au peuple colombien. La JUCO, jeunesses communistes colombiennes appuient la grève nationale et les manifestations, auxquelles ils participent activement, et appellent: “la communauté internationale[…], les partis révolutionnaires du monde entier, les gouvernements démocratiques du continent, les organisations des droits de l’homme au niveau international et l’ONU à intervenir pour que cesse le massacre en Colombie.” Quand le gouvernement Colombien viole les droits humains fondamentaux et massacre les manifestants, le peuple résiste et demande de l’aide, répondons à l’appel !