Capture d'écran du clip
CULTURE

Hornet la Frappe fait danser la bourgeoisie

Ce n’est pas une découverte pour certaines et certains mais quand Hornet la Frappe arme ses punchlines c’est bien souvent pour y faire passer des messages bien marqués, à l’image de son vécu, de son environnement, de sa détermination.

Celui qui lâche “Pas d’cistes-ra entre nous c’est la même nos reu-més touchent les allocs” dans Longue Vie aux côtés de Sofiane et Ninho, ou encore “Fais ton chemin entre peines et galères, mais n’oublie rien comme un sénégalais, génération d’immigrés n’passe plus le balai, nos darons n’ont pas fait  le choix, c’est qu’il le fallait” dans Maghrébins, revient cette fois-ci avec un morceau et un clip poignant.

Bourgeoisie met des mots sur un sentiment qui hante le milieu du rap comme un serpent de mer depuis un moment. A l’heure ou le rap vit son âge d’or, où les soirées Hip-Hop fleurissent y compris dans les endroits prisés, le rappeur d’Epinay dans le 93, vient sans filtre assumer les rapports de classe que cela comporte.

C’est en posant le décor qu’il démarre le morceau décrivant le quotidien d’une vie bien connue des quartiers populaires. Appuyé d’un clip aux images parlantes de plans aériens sur le 9-3, de ses potes réunis autour de lui ou encore, de lui même au milieu du Hall Boxing de Yazid Amghar, le son prend encore plus de puissance.

Dans le morceaux les références ne manquent pas. “Inscrits à la Sacem sans papiers français ( Meugi, Meugi)” sonne comme un soutien au nouveau refus de nationalité française essuyé récemment par Maître Gims. Le refrain se joue aussi du monde médiatique, friand d’exotisation et de mépris lorsqu’il s’agit de recevoir des rappeurs :

“ Sur les plateaux d’télé, l’rappeur, on s’fout d’sa gueule (hé, hé, hé, hé), en sachant qu’ils connaissent par cœur son single “.

Derrière ces attaques directes c’est avec un détachement froid efficace qu’ Hornet arrive à dire simplement les choses : “ Les grosses majors nous ont choisi pour faire danser la bourgeoisie “, le tout sur un refrain efficace appuyé d’image fortes ( bouteille de champagne au quartier, gâteau de fête avec des grosses bougies 93 sur fond d’arrestation avec la tour eiffel en arrière plan, …)

Ce serait presque juste ironique et drôle vu comme ça, mais c’est sans compter sur l’écriture d’ Hornet qui n’oublie pas de remettre les choses en contexte “ Ici, c’est la rue, crois pas qu’on joue un rôle, J’fais du rap pour éviter d’vendre dans un hall”. “De père en fils, c’est la hess, me demande pas de vivre avec “.

Et loin des reportages de Bernard de la Villardière sur le 93, Peufra replace également une certaine réalité sociale à coup de punchline “ Dans Paris-centre, ça vend la cess, Quand la bourgeoisie fait la fête”.

Si dans le morceau il rappelle très fréquemment le fait qu’il a grandi en HLM c’est peut-être avant tout pour justifier encore plus – si le besoin se faisait encore sentir –  le sens de son refrain, marqué par une conscience de classe assumée :

“Au fond d’mon quartier, au fond d’mon quartier

J’veux m’en sortir, comment faire ?

Faire danser la bourgeoisie “

Pour une fois, pas sûr que la bourgeoisie danse sur ce morceau. Mais tous les autres, les siens, le feront surement tout l’été.