Icon of the Seas : la croisière s’amuse, mais à quel prix ?

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Icon of the Seas : la croisière s’amuse, mais à quel prix ?

Aussi vieille que soit la navigation de plaisance, l’essor de sa marchandisation est relativement moderne. Attribuée à l’armateur allemand Albert Ballin, celui-ci avait eu l’idée, en 1891, d’affréter l’un de ses navires transatlantiques pour effectuer un petit voyage d’agrément en hiver, sur la Méditerranée.

Transportant à l’époque 241 passagers, l’Auguste Viktoria fait bien pâle figure face à son lointain descendant, l’Icon of the Seas, et sa capacité d’accueil de 7 600 passagers. Salles de sport et de spectacle, restaurants gastronomiques (pas moins de 40), bars, patinoire (dans les Caraïbes, oui), ainsi que 7 piscines, 9 jacuzzis, une cascade de 17 mètres de haut et un parc aquatique (le plus grand ayant jamais existé en mer). Le bonheur sous pavillon des Bahamas.

Icon, la belle usine à carbone flottante

Premier paquebot de la génération “Icon”, l’Icon of the Seas est parti de Miami pour son premier voyage dans les Caraïbes. Son départ, le 27 janvier, s’est produit après une inauguration par Lionel Messi en personne. La polémique autour de ce bateau n’a pas tardé à faire rage avec, naturellement au cœur du sujet, la question écologique.

Avec un tonnage de 250 800 t, l’Icon of the Seas ne tourne évidemment pas à l’huile de tournesol. Mais dans un effort d’entourloupe écologique qu’il faut saluer, ce bateau fonctionnera au gaz naturel liquéfié (GNL), carburant vendu comme « vert » mais dont la combustion libère du méthane. Les effets de ce gaz sur l’environnement sont 80 fois plus important que le dioxyde de carbone, d’après l’ONG Transport & Environnement.

Le compte Yacht CO2 Tracker a estimé à 108 kilos de CO2 par jour et par personne l’empreinte carbone des passagers. L’équivalent de 450 km en voiture essence, avec une consommation de 6L/100.

En perspective : 16 416 tonnes d’équivalent CO2 pour une croisière de 20 jours à bateau plein, sans compter ni les 2 350 membres d’équipage, ni l’empreinte carbone des passagers depuis chez eux jusqu’au lieu d’embarquement. Pour rappel, le budget carbone annuel préconisé par les accords de Paris est de 2 t/personne.

S’offrir des vacances à grands frais, financiers comme écologiques

Au-delà du CO2, ces bateaux rejettent aussi du dioxyde d’azote (un autre gaz à effet de serre) et des particules fines (très néfastes pour les poumons), l’équivalent de 2 millions de voitures à l’arrêt, d’après une étude de France Nature Environnement.

Pour couronner tout cela, la pollution du moteur n’est pas la seule à provenir de ce bateau. Le rejet des eaux usées directement dans la mer (environ 532 000 litres) détruit les récifs coralliens et empoisonne les animaux marins. La pollution sonore et lumineuse qu’il entraîne fait fuir les poissons, mettant en difficulté les pêcheurs côtiers.

Si vous comptiez malgré tout embarquer à bord de ce monstre des mers, il vous faudrait avoir le portefeuille bien accroché : comptez de 3 400 à 5 200 € pour une virée de 7 nuits pendant l’année 2024.

Face à cela, les armateurs et autres professionnels des croisières de plaisance avancent que les paquebots ne représentent que 0,5 % de la flotte mondiale. Le fret maritime constituerait à l’inverse une source de pollution bien plus importante.

Factuellement vrai, il convient néanmoins de clarifier cette information. Les croisières de plaisance présentent un caractère largement dispensable, face à un fret maritime étant souvent la meilleure alternative technique, logistique et écologique pour l’acheminement des marchandises depuis un autre continent (même si l’on préférerait qu’elles ne viennent pas d’un autre continent, mais ce n’est pas le sujet !).

Un autre argument est invoqué, celui des retombées économiques locales lors des escales. Ce dernier est rapidement balayé par le chiffre suivant : moins d’un passager sur deux met pied à terre lors des escales.

En somme, l’Icon of the Seas est le dernier représentant en date, et le plus extravagant, d’une industrie qui ne profite qu’à elle-même. Pour le plus grand plaisir d’une poignée de privilégiés, et au détriment de la société et de la planète.


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