Rédaction | Avant Garde
Vivre ensemble

Une “journée de la jupe” contre le sexisme

Aujourd’hui le 19 mai, la “journée de la jupe” est organisée à l’échelle nationale. Le principe est d’inviter les lycéens et lycéennes à venir au lycée vêtu.e.s de jupes et à participer à des initiatives contre le sexisme.

Une initiative nationale

C’est la troisième journée de ce type, mais pour la première fois organisée à l’échelle nationale. Les années précédentes, l’initiative ne rassemblait pas toutes les organisations syndicales lycéennes et avait une portée moindre. Cette année, l’ensemble de ces organisations sont parties prenantes.

“Cette journée est inspirée d’un film qui s’appelle La journée de la jupe qui a vocation à lutter contre le sexisme. C’est donc de cela qu’on a tiré cette idée de se mettre toutes et tous en jupe le 19 mai. L’initiative a été prise initialement par l’UNL et le SGL, mais cette année on le fait avec l’ensemble des syndicats lycéens, car plus on est et plus cela a d’impact et le but est que cette journée soit réussie.”

Clara Jaboulay, présidente UNL (Union Nationale Lycéenne).

La journée est préparée depuis plusieurs jours par les syndicalistes lycéens, comme en témoigne Alexis, en terminale S au lycée Turgot à Limoges, responsable local du SGL :

“On fait des actions à Limoges dans 5 lycées différents, où nous avons distribué des tracts et des stickers depuis le début de la semaine.”

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Tract unitaire des syndicats lycéens

Une mobilisation pour l’égalité

Cette journée de la jupe est placée sous le signe de la lutte contre les inégalités entre les femmes et les hommes. Au lycée comme dans la société les stéréotypes et les comportements sexistes perdurent. Les codes du patriarcat sont tenaces. C’est à cela que les lycéens veulent s’attaquer en se mobilisant et, au delà du port de la jupe, en sensibilisant par diverses actions.

Nathan a 17 ans et est militant de l’UNL à Angers, où la journée de la jupe s’organise depuis plusieurs années avec un franc succès :

“Pour combattre les inégalités (inégalités salariales, remarques sur leur style vestimentaire,…)  on a décidé de continuer cette journée de la jupe. Cela passe par cette journée mais aussi toute la semaine dans différents lycées nous avons organisé des projections de films avec des débats autour du sexisme dans la société. Cette journée est bien accueilli chez les lycéens. Même si il en reste qui sont opposés, une majorité se prenne au mouvement trouvent que cette journée permet d’ouvrir le débat.”

A Grenoble, Alice (17 ans) milite au SGL. Avec ses camarades elle organise la journée de la jupe dans son lycée, les Eaux Claires :

“Je trouve que c’est une excellente chose que des initiatives soient lancées comme ça contre le sexisme, parce que malgré tout ce qu’on veut nous faire croire, l’égalité est encore loin d’être atteinte, qu’il s’agisse de salaires ou d’opportunités professionnelles ou en matière de possession de son propre corps…”

Clara Jaboulay nous rappelle qu’en effet le sexisme n’est pas en voie de disparition dans l’éducation nationale et qu’il est même souvent institutionnalisé :

“C’est une problématique qui nous tient à coeur, d’autant plus que cette année par exemple il y a eu une polémique quand une élève a été refusée dans son établissement, à Valence, parce que sa jupe était considérée comme trop courte. L’UNL avait alors pris position pour dénoncer le sexisme dont faisait preuve l’administration.”

Une journée qui bouscule les réac’…

Cette journée n’est pas du goût de tout le monde, a commencer évidemment par les plus réactionnaires. En 2014 notamment, à Nantes, pendant que la loi sur le mariage pour tous était en débat, la droite homophobe s’était insurgée contre l’initiative.

“C’est dans l’académie de Nantes que l’initiative a le plus pris. A l’époque du mariage pour tous, cela avait fait polémique d’ailleurs car les militants de la manif pour tous accusaient le rectorat de l’académie de Nantes, qui soutenait cette journée, de faire l’apologie de l’homosexualité.”

Clara Jaboulay

Dans le contexte de repli que nous connaissons, les rectorats et les administrations des établissements sont frileux vis à vis de cette journée de mobilisation. La présidente de l’UNL nous précise d’ailleurs que certains rectorats acceptent de soutenir l’initiative, mais “plus officieusement que officiellement.”

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Lycéen.ne.s mobilisé.e.s à Limoges.

Alice, de Grenoble, nous informe que l’administration de son lycée ne voit pas d’un bon œil cet événement:

“On organise la journée de la jupe dans mon lycée, à grand renfort de tracts informatifs concernant la symbolique de la jupe et le sexisme en général. À noter que le proviseur a refusé cette journée à mon CVL car « trop polémique »”.

… et qui provoque le débat

Les lycéens et lycéennes organisateurs de la journée sont bien conscients que la symbolique de la jupe peut faire débat. Le vêtement, et en particulier celui-ci, est fortement genré. L’utilisation de la jupe comme symbole pour l’égalité suscite des discussions. Cela peut-il mettre mal à l’aise des jeunes femmes qui n’en portent pas ? Cela ne revient-il donc pas à relayer un cliché sexiste?

Pour Alice c’est justement le détournement du cliché qui est intéressant dans cette journée de la jupe, et qui va bien au delà du message porté par le film du même nom :

“ Je trouve que l’image de la jupe comme symbole de cette journée est très forte et pertinente, tout d’abord parce qu’elle est le cliché par excellence d’une soi-disant féminité, puis parce que la femme qui porte une jupe fait trop souvent l’objet de réflexions déplacées dans les rues, et enfin, dans un cadre vraiment scolaire, de nombreuses filles sont renvoyées chez elle lorsqu’elles arrivent en cours avec des vêtements qualifiés d’indécents… Sans parler des oppressions que peuvent subir les personnes trans et intersexes si elles portent des habits estampillés féminins.”

Selon Alexis, cette journée vise à briser les codes sexistes qui s’expriment notamment via le vêtement :

“Les codes vestimentaires ne seraient pas un problème s’il n’y avait pas d’oppressions, d’inégalités et de discriminations à cause de cela. Sauf qu’il y en a.  A travers la jupe il y a une souvent une représentation dévalorisante de la femme en tant qu’objet sexuel par exemple, d’où les remarques sexistes, etc. Ce qu’on essaie de faire, c’est de montrer que les codes vestimentaires doivent être cassés parce qu’ils amènent des discriminations. On ne dit pas qu’il faut s’habiller toutes et tous pareil, loin de là. On dit simplement qu’il faut qu’on puisse s’habiller comme on le souhaite sans être opprimé parce qu’on met une jupe ou des talons, ou encore un tee-shirt ou un pull.”

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Collectif de rédaction d'Avant Garde