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Environnement

Le maintien de l’usine Chapelle Darblay, une urgence sociale et écologique

L’usine Chapelle-Darblay à Grand Couronne à été mise en vente en septembre 2019. Faute de repreneurs, dû notamment à des conditions d’achats ubuesques, l’usine a fermé ses portes. Entretien avec Anne Emilie Ravache, élue métropolitaine (Rouen Normandie).

Quels sont les enjeux du maintien de l’usine Chapelle-Darblay ?

Les syndicats ont réussi à obtenir le maintien en l’état et l’entretien du matériel jusqu’en juin prochain afin de ne pas détériorer l’usine en attendant un potentiel repreneur. 

Le premier enjeu est les 218 emplois directs qui seraient supprimés. Ensuite se pose la question de l’ambition écologique. En effet, l’usine accueille les déchets papiers de plus de 22 millions de français. Ce sont plus de 1200 collectivités majoritairement du nord-ouest (20% du recyclage du papier en France) qui vont devoir retrouver où traiter leurs déchets. 

Or il ne reste qu’une seule usine de ce type en France et elle ne pourra pas recevoir l’entièreté des déchets papiers. Un bilan carbone qui sera donc augmenté pour ces papiers qui rejoindront les quelque 2 millions de tonnes déjà exportés pour être recyclés. 

Traitement du recyclage, proximité ne sont pas les seuls atouts écologiques de l’usine : l’entièreté des déchets est valorisée grâce à une centrale biomasse qui fournit en électricité l’usine mais vend aussi pour plus de 1 million d’euros par mois. 

Malgré sa rentabilité, malgré son exemple en matière écologique, malgré les risques sociaux liés au licenciement massif, l’Etat semble n’avoir que faire du cas Chapelle Darblay. La métropole Rouen Normandie s’est engagée à faire en sorte de pérenniser l’avenir de l’usine. 

L’un des arguments utilisé pour justifier la fermeture est la diminution de la vente de papiers, quels moyens peuvent être mis pour accompagner une transition ?

Certes, il se vend aujourd’hui moins de journaux papier, mais il s’en vend toujours. D’ailleurs, l’usine de la Chapelle Darblay ne fournit que 25% des besoins des imprimeries en France. Et d’autres débouchés pourraient être envisagés : du carton, de l’isolant, etc.

Bruno Le Maire annonce être pleinement mobilisé mais semble reléguer le dossier à l’après covid, quelles conséquences aurait cette attente ?

L’après COVID, on ne sait pas quand ça sera. Il est insensé d’attendre une date que l’on ne connaît pas et sur laquelle on n’est pas maître. Pendant l’attente de cette date future incertaine (même si espérée par tous pour plein de raisons), le propriétaire actuel ne s’arrête pas et ne va pas tout stopper. On prend alors le risque de voir tous les salariés perdre leur emploi et l’outil industriel mis à l’arrêt avec un risque de détérioration ou de revente des composants par le propriétaire. Cela reviendrait à condamner définitivement le site.

Comment expliquer le manque d’engagement de l’État envers un bijou industriel et écologique ?

Notre gouvernement actuel est un gouvernement libéral, il l’a prouvé à maintes reprises. Ici encore, pas de surprise, c’est cette idéologie libérale qui fonctionne : l’Etat n’intervient pas ou le moins possible, il faut laisser la main invisible du marché faire son œuvre !

Après la fermeture, quelles perspectives pour les employé.e.s ?

Dans le contexte actuel, les perspectives sont loin d’être réjouissantes. Relancer l’activité sur le site si le propriétaire vend les machines sera quasi impossible tant l’investissement initial nécessaire sera grand. 

Quel rôle peuvent avoir les élu.e.s face à cette casse industrielle et comment les différents acteurs peuvent travailler ensemble (Métropole, CCI, etc) ?

On peut imaginer une action commune comme celle menée en son temps pour M-Real à Alizay (27) : un rachat de l’entreprise par la force publique, soit pour en faire un service public soit pour la revendre ensuite à un industriel concurrent du propriétaire actuel.

Quel contre-projet présentent les élu.e.s communistes ?

Les communistes proposent de monter une Société d’Économie Mixte, portée par la puissance publique, pour permettre ; outre la pérennité du site, le recyclage du papier sur notre territoire et donc une gestion circulaire du papier sur notre territoire et non un envoi à plusieurs centaines voire milliers de kilomètres, ou pire : à l’incinération ! Les 16 millions d’euros de bénéfices de 2019 seraient bien utiles à la force publique pour développer des projets d’intérêt général.