Gwenn Herbin | Avant-Garde
A LA UNE EDITO

L’édito d’Antoine Guerreiro

Le coup d’après

Ce qui devait arriver arriva. Depuis des mois, les étudiant.e.s mobilisé.e.s alertaient sur les dangers de la nouvelle plateforme Parcoursup, sur la brutalité et l’absurdité du nouveau procédé de tri. Pendant des mois, le gouvernement les a accusés de mentir. Que de mépris, que de violences subies depuis le début du mouvement par toutes celles et ceux engagé.e.s pour l’accès et la réussite à l’université !

Hier soir enfin, la réalité est apparue clairement : les étudiant.e.s disaient la vérité, et c’était Frédérique Vidal la menteuse. Contrairement aux promesses ministérielles, il y aura des milliers de recalé.e.s. Contrairement aux déclarations la main sur le cœur, il ne s’agit pas de mieux orienter mais au contraire de trier, principalement en fonction du lycée d’origine. Contrairement à la propagande gouvernementale, il ne s’agit pas de faire reculer l’arbitraire mais au contraire de le généraliser, en laissant toute latitude aux facs pour établir leurs propres algorithmes locaux.

Depuis hier soir, les témoignages affluent sur les réseaux sociaux. Beaucoup sont déçu.e.s de leur situation personnelle, d’autres raillent l’amateurisme du gouvernement. Ces réactions étaient attendues. Voir son avenir tout entier suspendu à une obscure plateforme numérique : le procédé est pour le moins brutal, surtout pour une société habituée au libre accès à l’université.

Mais au-delà de l’indignation à chaud, tentons d’analyser ce qui se joue en cette fin d’année. A mon sens, cette situation de chaos momentané répond aussi en partie aux objectifs politiques qui sont ceux du gouvernement. Renforcer la concurrence entre bachelier.e.s d’abord, en faisant dépendre l’avenir de milliers de jeunes du bon vouloir des premier.e.s de classement. Les difficultés que nous avons eu à mobiliser les lycéen.ne.s ce semestre sont d’ailleurs emblématiques de l’effet délétère de l’angoisse et de la concurrence sur les dynamiques collectives. Le libéralisme n’est pas qu’une idéologie hors-sol, c’est un projet concret qui rebat entièrement les cartes du jeu. Ancrer ensuite dans les têtes et dans les faits l’idée selon laquelle les études supérieures ne sont pas un dû mais un service pour lequel il faut se battre

A ce titre, pour Emmanuel Macron la sélection à l’université n’est que le premier étage de la fusée. Dans tous les pays européens la même dynamique est à l’œuvre : sélection, augmentation des frais d’inscription et développement des prêts étudiants. Alors si contre Parcoursup la mobilisation doit continuer, nous serions bien inspiré.e.s, à l’instar du gouvernement, de penser déjà au coup d’après. En France, le prochain rendez-vous du progrès social sera le samedi 26 mai, pour la marée populaire. Soyons-y nombreu.x.ses !