Avant-Garde | Rédaction
EDITO

L’édito de Camille Lainé

Macron, la mémoire complexe

Ce dimanche nous commémorons le centenaire de l’armistice de la Première guerre mondiale. Cette boucherie mondiale déclenchée par les capitalistes de l’époque dans leur funeste entreprise impérialiste, continue encore aujourd’hui de marquer le monde. De nombreuses frontières actuelles en sont issues, décidées à Versailles par les grandes puissances sorties vainqueures de ce qui fût un des plus grands massacres de l’Histoire.

La commémoration de la fin de cette guerre, comme tout événement historique, a nécessairement une signification politique dans le présent. Les commémorations sont davantage faites pour les vivants et les contemporains que pour les morts.

Le Président de la République semblait l’avoir bien compris en faisant de ce centenaire, non pas celui de la victoire, mais celui de la paix. Il n’a semble-t-il pas été capable de s’y tenir. Est-ce par goût de la provocation, ou est-ce une nouvelle incapacité des français à saisir sa pensée complexe ? Toujours-est il qu’il s’est montré incapable de condamner Philippe Pétain, général à Verdun, avant d’être le héros de l’extrême droite fasciste et le traître qui collaborera avec l’Allemagne Nazie.

L’hommage aux maréchaux n’a rien de « légitime ». Ces derniers n’ont pas été seulement ceux qui ont méprisé la vie des centaines de milliers de soldats morts sous leurs ordres. Ils étaient également les représentants d’une classe qui a sciemment fait le choix de la guerre quand la paix était possible. Cette paix, Jaurès la défendait. Visionnaire, il dénonçait l’immense gâchis à venir de la guerre. Assassiné, il fallu attendre cette semaine, plus de 104 après sa mort, pour qu’une plaque à son nom soit apposée sur son siège de député. Un hommage que la République en Marche dans une bonne imitation du président a choisi de doubler d’un autre, à Clemenceau, le « Tigre » qui défendit la guerre à outrance. Un nouvel « en même temps »  témoin là aussi de la complexité ?

Cette curieuse défense d’Emmanuel Macron de celui qui a plongé la république dans le déshonneur le plus absolu est insensé. Il peut bien qualifier ses propos de « fausse polémique » mais ça n’effacera pas magiquement les horreurs du personnage dont il a jugé la célébration légitime. L’annonce quelques jours plus tard que le chef du gouvernement de Vichy ne sera finalement pas honoré démontre le caractère intenable de la déclaration du président français.

Plutôt que de s’aventurer dans cette étrange polémique, le Président de la République aurait pu se saisir de ces commémorations pour réellement porter un message de défense de la Paix à travers le Monde. Depuis Nicolas Sarkozy, le 11 novembre célèbre désormais tous les morts pour la France, mettant sur le même plan les « opérations extérieures »,  les guerres coloniales et donc la première guerre mondiale. Revenir sur cette insulte à l’histoire aurait été nécessaire. De plus cette année, Donald Trump et Benjamin Netanyahou y assisteront. On ne peut que douter de la volonté d’Emmanuel Macron à leur rappeler leurs responsabilités dans les échecs de la paix.

Camille Lainé
Camille Lainé
Secrétaire Générale du MJCF