Gwenn Herbin | Avant-Garde
A LA UNE EDITO

L’édito du mercredi par Antoine Guerreiro

La lutte s’enracine

Enfin de retour dans Avant-Garde, après trois semaines d’absence dues à l’accélération du mouvement étudiant ! Ces dernières semaines, la contestation a chaque jour gagné de nouveaux établissements. Loin des caricatures du gouvernement, pour qui seule une poignée d’universités seraient perturbées par une minorité de « professionnels du désordre », c’est une véritable lame de fond qui traverse actuellement l’enseignement supérieur français. Des centaines de milliers d’étudiant·e·s et de personnels partagent aujourd’hui non seulement une profonde inquiétude mais aussi une colère sourde quant au sort réservé aux universités par le pouvoir. Pour qui voulait bien l’entendre, ce malaise s’exprimait depuis des années, mais c’est à l’occasion de la contre-offensive lancée par les cheminot·e·s qu’il a pu éclater aux yeux du pays tout entier.

Signe du désarroi général, même les établissements sélectifs sont entrés dans la bataille, à l’instar des Instituts d’Etudes Politiques (IEP). Contre la loi ORE se sont donc liguées à la fois les filières de sciences humaines et sociales traditionnellement mobilisées et les formations qui subissent déjà de plein fouet toutes les conséquences de la sélection (tri social, concurrence exacerbée, importance du marketing éducatif au détriment des contenus…). Des milliers d’étudiant·e·s font ces jours-ci leur première expérience de mobilisation, parfois avec un peu d’inexpérience ou de maladresse, mais toujours avec détermination. Dans ce contexte, l’UEC mène un travail essentiel de politisation pour faire grandir la mobilisation, en taille comme en perspective.

Bien sûr, la partie est très loin d’être gagnée. Les évacuations policières se multiplient dans toute la France, à grands renforts de caméras. Plus que d’endiguer la mobilisation, il s’agit pour le gouvernement de faire une fois de plus la pédagogie du renoncement, qui a tant de fois fait preuve de son efficacité. Le message est clair :

« Se mobiliser, c’est courir le risque de rater ses examens, c’est salir sa fac et c’est prendre des coups de matraque, tout cela sans rien obtenir».

Mais les étudiant·e·s n’ont pas l’air de se laisser impressionner et continuent de s’exprimer démocratiquement : ils étaient encore 800 à Grenoble et 900 à Lyon 2 en Assemblée générale cette semaine. La semaine de vacances n’a donc pas entamé la détermination des étudiant·e·s. Voilà qui préfigure sans doute un enracinement des luttes étudiantes (et des luttes en général) sur le long terme. Mettre en place la sélection ne suffira pas à Macron : depuis les Macronleaks, nous savons qu’il vise aussi l’augmentation des frais d’inscription… Nous devrons donc être prêt·e·s à riposter. Or, la meilleure manière de se préparer aux combats de demain n’est-elle pas de remporter ceux qui se mènent aujourd’hui ?

Rendez-vous mardi 1er mai, pour la journée internationale des travailleur·se·s !