Gwenn Herbin | Avant-Garde
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L’édito du mercredi par Antoine Guerreiro

Sélection : et si on posait les vraies questions ?

Suite à une longue phase de « consultation » de la communauté universitaire, la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche s’est vue remettre la semaine dernière le rapport Filâtre, portant sur le premier cycle universitaire.

Attendue au tournant depuis des mois sur ce dossier sensible, Frédérique Vidal fera connaître ses intentions dès le retour des vacances de la Toussaint. En attendant, toute la presse est intarissable : sélectionnera, sélectionnera pas ?

D’interview en tribune, tous les personnages autorisés du monde médiatique ont de doctes avis à dispenser. Pour ou contre la sélection : un débat philosophique sans doute fort intéressant, mais déconnecté de la réalité matérielle du monde étudiant. L’expérience d’une certaine génération politique, qui aura connu le mouvement de 1986 contre la loi Devaquet, n’y est sans doute pas pour rien.

Mais nous ne sommes plus dans les années 1980. L’université a considérablement grossi, et des formes particulièrement sauvages de sélection s’y exercent déjà. Capacités limitées, tirage au sort, tests d’aptitude, filières choisies par défaut et abandonnées aussitôt… et bien sûr à chaque rentrée, l’impressionnante expulsion de facto des cours de milliers d’étudiant.e.s, faute de places assises.

Sous des dehors humanistes, l’université française repose aujourd’hui sur un postulat libéral : c’est à chaque étudiant.e de se prendre en main individuellement, et puis, réussira bien qui pourra ! Mais les dés sont pipés, et le résultat de cette loterie éducative est toujours le même : ce sont massivement les enfants d’ouvrier.e.s et d’employé.e.s qui sont contraint.e.s à opter pour des filières non choisies, quand ils/elles ne sont pas directement poussé.e.s vers la sortie et privé.e.s de diplômes !

C’est sur ce scandale éducatif bien réel – auquel des milliers de bacheliers ont d’ailleurs été confrontés l’été dernier – que le gouvernement compte s’appuyer, vraisemblablement pour inscrire dans le marbre de la loi la sélection en première année de Licence. Toutes les pratiques illégales s’en trouveraient confortées, notamment dans les filières « en tension » : STAPS, Droit et Psychologie en tête. Le gouvernement prétend dénoncer une situation qu’il va en fait généraliser. C’est une manœuvre très habile, car elle lui permet de se dédouaner auprès des étudiant.e.s, tout en approfondissant la même politique.

De notre côté, nous ne sommes satisfait.e.s ni du fonctionnement actuel de l’université, ni des projets gouvernementaux ! Pour les étudiant.e.s communistes s’il faut travailler à une meilleure orientation à la sortie du lycée (ce qui soit dit en passant suppose des moyens et une véritable planification politique des besoins du pays en termes de diplômé.e.s, filière par filière), le nœud du problème est financier !

Rappelons que depuis 2008, la dépense par étudiant.e aura chuté de 10% ; une trajectoire confirmée par le Projet de Loi de Finances 2018. Dans ces conditions effectivement, comment ne pas sélectionner, que le couperet tombe du fait de la loi ou de la taille des amphis ?

Une fois confrontée au réel, la sélection à l’université apparaît donc comme une question économique et politique, une question de lutte de classes. Il nous faut plus de profs, de bâtiments et de salles de cours ; il nous faut un réinvestissement public dans l’enseignement supérieur, seule garantie pour que les étudiant.e.s disposent en droit et en fait de la liberté d’accès au diplôme puis au métier de leur choix.

Pour former la future génération de travailleur.se.s, nous devons donc reprendre l’argent qui nous revient de droit : les 6 milliards du Crédit Impôt Recherche par exemple, ou bien les 20 milliards du CICE confisqués par le patronat.

Sur ces mots d’ordre et avec cet objectif en tête, retrouvons-nous aux côtés des salarié.e.s, le jeudi 16 novembre !