@Juliette Jem
CULTURE

“Ma France : qu’elle serait belle si les espoirs du monde du travail étaient portés au pouvoir !”

Fabien Roussel, secrétaire national du Parti Communiste Français et candidat à l’élection présidentielle de 2022, a publié le 2 septembre “Ma France, heureuse, solidaire et digne” aux éditions Le Cherche Midi. 

L’ouvrage est d’ores et déjà un succès de librairie, en réimpression moins de 15 jours après sa sortie. L’accent résolument optimiste car porteur d’un projet positif, démocratique, d’amélioration de la vie quotidienne, n’est certainement pas étranger à ce succès. 

Un livre-échange avec la France du travail 

Plus qu’un livre-programme, Fabien Roussel propose un échange aux voix multiples où se mêlent ses convictions et souvenirs personnels et les témoignages des dizaines de salarié.es, responsables syndicaux, citoyen.nes rencontré.es en circonscription ou dans son tour de France des entreprises. 

Si l’ouvrage est riche en propositions politiques, jamais celles-ci ne sont déconnectées de la vie des Français.es, jamais le candidat communiste ne sombre dans un langage technocratique. 

Le pari de toujours relier les propositions, même les plus complexes, à leurs conséquences sur la vie quotidienne des Français est parfaitement tenu. Cette démarche se ressent d’ailleurs dans le terme de « pacte », leitmotiv du livre, pacte avec les travailleurs.euses, avec les jeunes, qui illustre la volonté de partir toujours de la vie réelle et des aspirations populaires. 

A la découverte d’un candidat en manque de notoriété

Fabien Roussel l’assume, il souffre dans cette élection d’un manque de notoriété. Tout en rappelant l’opposition historique des communistes au présidentialisme et à la personnification de la politique induite par les institutions de la Vème, il consent à livrer une part de son parcours personnel. 

Il nous laisse découvrir ses premiers engagements de lycée dans la lutte contre l’apartheid, qui constituent d’ailleurs un vibrant hommage aux actions de solidarité internationale que sait mener le Mouvement des Jeunes Communistes de France (MJCF). 

Il livre également une part de sa vie actuelle, son refus de quitter Saint-Amand-les-Eaux pour aller vivre à Paris, son attachement à cette terre ouvrière marquée par Thorez dont il faisait distribuer les discours aux adhérent.es de la fédération du Nord. Enfin, Fabien Roussel s’attarde sur les coulisses du 38ème Congrès du PCF, et ses efforts pour maintenir l’unité du Parti dans l’application des nouvelles orientations. 

Ces orientations, le secrétaire national du Parti les martèle tout au long du livre : renouer avec le monde du travail, conquérir de nouveaux pouvoirs pour les salariés dans les entreprises, répondre, sans tabou, aux aspirations populaires, ne plus laisser à l’extrême droite le monopole de la question nationale. 

Un changement de stratégie

Le congrès du PCF a acté un changement de stratégie, confirmé par de multiples votes internes depuis. Le secrétaire national l’a bien compris, qui, tout en déclarant ne pas avoir d’adversaire à gauche, défend l’originalité et l’apport des communistes dans l’élection présidentielle qui vient. 

Fabien Roussel se veut le candidat du monde du travail, d’une « gauche qui doit à nouveau faire envie » en portant un programme de rupture claire avec le capitalisme appuyé sur une organisation du Parti capable de mener la lutte sur l’ensemble du territoire. 

La candidature communiste se situe dans une optique de reconquête à gauche, sans illusion sur les fractures qui traversent le champ politique. 

« La gauche a toujours été traversée par différents courants de pensée. Et ces quarante dernières années, quand elle l’a emporté, c’est le courant social-démocrate qui était majoritaire. Et c’est lui qui a déçu fortement. On voit bien aujourd’hui comment toute la gauche a du mal à s’en remettre, car celles et ceux qui ont voté Mitterrand ou Hollande se sont sentis finalement trahis ». 

Fabien Roussel

Il est donc primordial dans cette élection de donner le choix au monde du travail entre un véritable projet de rupture et les candidatures, déjà multiples, qui se réclament toujours de l’héritage mitterrandien. 

La question centrale du clivage de classe

Le cœur du livre est séparé en deux parties. « Cette France du travail que j’aime », véritable hymne aux travailleurs.euses qui ont tenu le pays à bout de bras pendant la pandémie et qui ont légitimement droit à une sécurité sociale renforcée, à des pouvoirs nouveaux dans les entreprises, à un vrai pouvoir économique via de vastes nationalisations et la constitutions de pôles publics dans les secteurs stratégiques ; est opposée à « La France de l’évasion et des profiteurs », celle des financiers, de la loi du profit au mépris de toute ambition industrielle, de développement des savoir-faire, de l’emploi et de l’intérêt des travailleur.euses et de la Nation. 

La lutte des classes est donc l’élément central de ce livre, qui commence par poser les légitimes revendications des travailleur.euses rencontrées en nombre par Fabien Roussel, avant d’identifier clairement la classe organisée à laquelle il s’agît de prendre le pouvoir. 

Pas d’impasse sur la question écologique

L’urgence écologique est particulièrement prise au sérieux. Si elle fait l’objet d’un chapitre spécifique, elle est articulée avec la logique d’ensemble de l’ouvrage. Le capitalisme est incompatible avec la transition écologique et il s’agît de reprendre le pouvoir au capital pour nous donner les moyens de mener celle-ci à bien. La conception écologique du Parti communiste est irriguée par les luttes syndicales et à l’écoute des débats scientifiques. 

Pour tenir l’objectif de la neutralité carbone en 2050, le candidat communiste appelle ainsi à la renationalisation totale d’EDF et Engie, pour réinvestir dans le nucléaire, notamment le programme Astrid, et dans l’hydraulique, en préservant la propriété publique des barrages. 

Il soutient également la proposition de la CGT Renault de lancer la production en France d’une voiture légère et peu consommatrice, accessible à toutes et tous. Il dénonce le retard pris dans la rénovation des logements, expliqué par le manque de moyens et de commandes publiques, mais aussi par la nécessité criante de revaloriser les métiers du bâtiment, leurs formations, leurs salaires, leurs conditions de travail. 

Le Parti communiste se place évidemment également aux côtés des défenseur.euses du train et notamment du fret ferroviaire, et du monopole public de la SNCF. 

La question centrale de la jeunesse

Le candidat communiste à l’élection présidentielle compte manifestement faire de la jeunesse une priorité de campagne. La génération dont la formation ou l’entrée dans le travail a été marquée par la pandémie ne compte pas devenir une génération sacrifiée. Sans paternalisme, le Parti communiste affirme à cette jeunesse qu’elle aura un jour les rênes du pays, et compte développer, avec elle, une ambition forte. 

Mettre fin aux angoisses du lendemain. A travers une grande extension de la sécurité sociale, le PCF propose une sécurité d’emploi ou de formation, associée à une rémunération digne tout au long de la vie. 

Cela passe par la création d’un statut social pour les jeunes, avec un grand service public de la formation, mais aussi une ambition industrielle créatrice d’emplois, tirée par un vaste secteur public constitué autour de pôles publics dans les grands secteurs stratégiques. L’emploi et la formation doivent également reposer sur le partage du travail à accomplir et sur un effort de transmission intergénérationnel, avec les 32h de travail par semaine (payés 35h) et l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans, 55 ans pour les métiers pénibles. 

Avoir la jeunesse la mieux formée, pour porter cette renaissance industrielle, le Parti communiste insiste sur la revalorisation et l’augmentation des moyens consacrés aux filières professionnelles et techniques, ainsi que le libre choix de la formation par l’ensemble de la jeunesse, ce qui implique de faire sauter tous les obstacles d’accès de la jeunesse populaire aux études supérieures qui sont aujourd’hui les plus prestigieuses. Cela passe notamment par une rémunération digne pour les apprenti.es, stagiaires, alternant.es, et par l’instauration d’un revenu étudiant financé par les cotisations sociales. 

Soutenir les luttes qui poussent la jeunesse dans la rue. Le candidat communiste affirme vouloir renforcer un certain nombre de services publics, notamment au service de la lutte féministe. Tout en saluant les mobilisations d’une jeunesse engagée contre le patriarcat et les violences sexistes et sexuelles, Fabien Roussel insiste sur les moyens à mettre, notamment à l’école pour faire reculer le sexisme. Cela vient évidemment compléter d’autres mesures, égrenées au long du propos, notamment l’application de sanctions strictes aux entreprises ne respectant pas l’égalité salariale ou le renforcement des moyens de la justice. 

L’étendard de la paix en guise de diplomatie

Pour clôturer l’ouvrage, Fabien Roussel nous livre la vision diplomatique que porterait une France dirigée par le Parti communiste. 

Celle-ci s’opposerait aux logiques impérialistes guerrières sous toutes leurs formes. Le secrétaire national du Parti appelle notamment à quitter l’OTAN, à en finir avec l’opération Barkhane, à signer le traité sur le désarmement nucléaire. 

Il refuse l’augmentation du budget militaire français imposée par l’OTAN et affirme que l’industrie militaire devrait à la fois assurer la souveraineté totale de la France sur ses moyens de défenses, et cesser les exportations à coup de marketing outrancier de la part des représentant.es de l’État marchand de canons. 

Fabien Roussel condamne l’hypocrisie de l’Union Européenne qui considère la Chine comme un « rival systémique » mais laisse celle-ci acheter les infrastructures stratégiques des pays membres. Au contraire, il plaide pour un dialogue politique avec la Chine, autour du projet des nouvelles routes de la soie, en affirmant les possibilités d’une coopération respectueuse des souverainetés nationales et en refusant la vente des industries et infrastructures stratégiques françaises. 

Fabien Roussel se prononce également contre les sanctions économiques portées unilatéralement par les Etats-Unis, qui englobent la Chine, la Russie et le blocus criminel contre Cuba socialiste. Il affirme que les seules sanctions économiques légitimes seraient celles décidées par l’assemblée générale de l’ONU, dont il soutient un renforcement considérable du rôle dans la gouvernance mondiale. 

“Ma France, heureuse, solidaire et digne” est à retrouver chez votre libraire.