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Macron perd son pari, la gauche ressort laminée

Le président de la république ressort défait du duel dans lequel il avait lui-même enfermé le débat. La division de la gauche annonçait des résultats décevants qui se sont confirmés.

Macron perd son duel

Moins d’un point sépare la liste du Rassemblement national de celle de la République En Marche, pourtant le symbole est là. La liste de la majorité présidentielle est défaite dans ce mauvais remake de l’élection présidentielle de 2017. Marine Le Pen ne parvient pas à atteindre le score du RN réalisé lors des élections européennes de 2014, mais c’est essentiellement dû à une hausse de la participation puisqu’en voix, le RN en obtient davantage. Le dangereux jeu auquel s’est livré le président de la République a conduit au seul résultat auquel il pouvait conduire, une légitimité accrue pour le parti xénophobe.

Non seulement Emmanuel Macron a fait le choix de désigner Marine Le Pen comme son unique opposante, mais il a plus fait le choix de ne pas réellement affronter ses idées. Les discours nauséabonds de ses ministres sur l’immigration ont ainsi permis de faire d’une crise migratoire inexistante un enjeu majeur de la campagne électoral. Le durcissement de la ligne présidentielle contre les migrants a permis au président de siphonner la droite qui enregistre son plus mauvais score. Près de 27 % des électeurs qui avait voté Fillon en 2017 ont voté LREM selon l’enquête Ipsos / Sopra Steria réalisée pour France Télévisions, Radio France, RFI et France 24. Le président tout en perdant son duel remporte son pari d’un nouveau bipartisme désormais composé de lui-même face au RN. Sa stratégie est plus que dangereuse, car il ouvre ainsi la possibilité pour les fascistes du RN de prendre un jour le pouvoir en France.

La gauche divisée et laminée, le PCF appelle à l’unité

La gauche ressort logiquement battue de ce scrutin. Partie en ordre dispersée et incapable d’imposer ses thèmes dans la campagne, aucun parti à gauche ne peut réellement se réjouir de ses résultats. Le PS limite fortement la casse par rapport aux sondages sans pour autant se refaire réellement une santé. La France insoumise dévisse fortement par rapport à ses résultats aux élections législatives. Benoît Hamon ne parvient à nouveau pas à se faire élire après son échec aux élections législatives, son mouvement passe toutefois la barre des 3 % lui ouvrant le droit à un remboursement de ses frais de campagne.

Le PCF voit son score légèrement diminuer par rapport à ces mêmes législatives. C’était la première participation du Parti communiste sous ses couleurs à une élection nationale depuis 12 ans, en 2007, le PCF avait recueilli 1,93 % des suffrages exprimés lors de l’élection présidentielle. La campagne militante a été saluée pour sa dynamique et sa tête de liste Ian Brossat a été unanimement reconnu pour ses qualités. Toutefois, l’adjoint à la mairie de Paris n’a jamais réussi à combler le déficit de notoriété qui le frappait. Le traitement médiatique partial l’a de fait exclu de plusieurs débats télévisés où il aurait pu se révéler. Il est aussi possible de penser que la barre des 5 % nécessaire pour obtenir des élus a conduit des électeurs à préférer des listes assurer de passer ce seuil fatidique, là où un seuil à 3 % aurait pu permettre l’expression d’une plus grande diversité.

Les appels à l’unité avaient déjà commencé dans la dernière ligne droite de la campagne et devrait désormais se poursuivre. Ian Brossat a ainsi déclaré depuis Colonel Fabien :

“Ce soir, la gauche est affaiblie, tout est à reconstruire.

J’ai l’intime conviction que l’avenir passe par l’humilité, le travail collectif, le respect mutuel, le refus de la tentation hégémonique. Ecoutons-nous, respectons-nous, travaillons ensemble.

Cette gauche, cette gauche que nous devons reconstruire, que nous allons reconstruire, doit placer au cœur de son projet, la justice sociale et l’urgence écologique.

Et soyons clairs : cette reconquête des coeurs et des esprits ne sera possible que dans la rupture avec le libéralisme.”

Un appel repris par Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF :

“La grande leçon de ce scrutin est donc le besoin de reconstruire la gauche, afin d’ouvrir une issue à la grave crise que vit notre pays.

Au total, les différentes listes s’en réclamant, qui étaient divisées sur la question européenne, atteignent à peine un tiers des suffrages exprimés. Il convient maintenant de travailler au rassemblement. C’est le sens de l’appel solennel que nous lançons ce soir à l’ensemble des forces de gauche, à leurs électrices et à leurs électeurs.”

EELV, un bon score avec un électorat hétéroclite

Le score d’EELV est porté comme les autres listes à composante écologique forte telle que “Urgence écologie”ou le parti animaliste par des préoccupations environnementales fortes auxquels le gouvernement n’a pas répondu. Le peu d’importance accordé au scrutin européen conduit des électeurs à chercher à faire passer des messages à travers le bulletin. Un phénomène qui a fortement profité aux écologistes qui se hissent ainsi à la troisième place de ce scrutin. On aurait tort toutefois d’y voire seulement une recomposition de la gauche.

Selon la même enquête Ipsos / Sopra Steria réalisée pour France Télévisions, Radio France, RFI et France 24, si 19 % de l’électorat de Mélenchon et 24 % de celui de Hamon en 2017 ont fait le choix de voter pour la liste conduite par Yannick Jadot, c’est également le cas pour 14 % des électeurs de Macron ou encore 9 % de ceux qui avaient le choix de Dupont Aignan et 5 % de ceux qui avait voté Marine Le Pen. Un caractère attrape-tout dont il faut tenir compte dans ce score. En 2009 EELV avait déjà réalisé un score important avec 16 % des suffrages exprimés avant de retomber 3 ans plus tard à 2,31 % lors de l’élection présidentielle de 2012.

Au-delà du caractère attrape-tout, c’est également une certaine proximité avec le camp présidentiel que l’on constate dans l’électorat EELV, toujours selon la même enquête une courte majorité de 54 % estime que la politique du gouvernement a porté ses fruits ou les portera d’ici quelques années. Une majorité que l’on ne retrouve que chez les électeurs de l’UDI et bien évidemment ceux de la LREM. Toujours dans l’électorat EELV, la personnalité du Président est appréciée à hauteur de 28 % tandis que son action l’est à hauteur de 30 %. Une large majorité des électeurs EELV restent opposés à Macron, mais on constate que Yannick Jadot s’est déclaré opposé à la constitution d’une alliance à gauche et ne s’estimait pas opposé à l’économie de marché.

Le camp du progrès social est aujourd’hui au plus bas, divisé et morcelé, il semble également incapable de se trouver un dénominateur commun qui puisse permette une alliance et une nouvelle dynamique. La volonté de construire une alternative majoritaire à Macron semble partagé par l’ensemble des partis, cette seule volonté peut-elle être le socle d’une unité ?

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Collectif de rédaction d'Avant Garde