mobilisation-europeenne-journee-internationale-droit-a-lavortementAffiche du collectif "Avortement en Europe, les femmes décident"
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Mobilisation européenne pour la journée internationale du droit à l’avortement

Le 28 septembre est la  journée internationale du droit à l’avortement. A cette occasion le collectif « Avortement en Europe, les femmes décident », qui regroupe de nombreuses associations féministes, syndicats, partis politiques et organisations de jeunes, lance une grande campagne pour inscrire un droit européen à l’avortement.

Affirmer le caractère fondamental du droit à l’avortement

Actuellement le droit à l’avortement n’est consacré que dans des législations nationales. Que ce soit dans les traités à l’échelle de l’europe, dans le cadre du Conseil de l’Europe et de la Charte Européenne des Droits de l’Homme, ou de façon géographiquement plus limitée à l’échelle de l’Union Européenne, le droit à l’avortement n’est pas reconnu.

Le collectif se donne pour ambition d’arriver à faire inscrire un tel droit à l’échelle de l’Europe ou a minima de l’Union Européenne. Pour parvenir à un tel résultat une pétition a été lancée à l’échelle européenne.

Cette campagne a une double portée. La première est de permettre un soutien aux femmes des pays restreignant ou interdisant l’avortement, le collectif cite notamment les cas de Malte (interdiction), la Pologne et l’Irlande (fortes restrictions) au sein de l’Union Européenne. Le second est de garantir ce droit à l’heure où des forces politiques réactionnaires le remette en cause comme ce fut notamment le cas en Espagne en 2014.

Des rassemblements sont prévus aujourd’hui dans une quinzaine de pays à travers l’Europe. Pour la France 26 rassemblements dans autant de villes ont été recensés.

Le droit à l’avortement une situation contrastée en Europe

Au sein de l’Union Européenne, la grande majorité des Etats ont légalisé l’avortement, toutefois il existe de fortes disparités dans les conditions d’accès tant en terme réglementaire qu’en terme d’application réelle du droit.

En Pologne

Le pays est devenu un symbole de la lutte pour le droit à l’avortement après l’extraordinaire mobilisation des polonaises contre une loi restreignant encore plus le droit à l’avortement en 2016.

La législation polonaise reste l’une des plus restrictive. Alors que l’avortement était légal de 1956 à 1993, depuis cette date l’avortement est interdit à l’exception de trois cas.

En cas de viol ou d’inceste, l’avortement est possible jusqu’à la 12e semaine, mais un avis du procureur est obligatoire. Ce qui dans les faits met hors délais de nombreuses polonaises.

En cas de malformation du foetus jusqu’à la 22e semaine. Ici aussi le droit est difficile à faire appliquer, les médecins polonais refusant pour beaucoup de prescrire des examens prénataux invoquant une clause de conscience.

Enfin, sans délai, en cas de mise en danger de la vie de la mère.

Sinon l’acte d’avortement en dehors de ces cas est puni de 3 ans d’emprisonnement. A noter qu’il n’existe aucun document légal régulant la pratique de l’avortement pour les cas prévus par la loi polonaise.

On compte en Pologne, 2000 avortements légaux par an et on estime à plus de 150 000 les polonaises qui vont à l’étranger pour se faire avorter. Enfin il faut noter que suite à une loi de 2015, la contraception d’urgence, n’est depuis cette année disponible que sous ordonnance.

En Italie

En Italie l’avortement est légal, cependant une grande partie des médecins font valoir leur clause de conscience. Ce qui dans les fait complique grandement l’accès à l’avortement pour les italiennes.

En Allemagne

En Allemagne, l’avortement est toujours une infraction pénale qui est tolérée après une consultation médicale incitant à garder l’enfant. Le collectif fait de la situation juridique allemande, un argument pour sa campagne visant à reconnaître un droit à l’avortement à l’échelle européenne.

En Grèce

Martyrisé par les memorandum infligés par la troïka, la situation en Grèce est très difficile pour les femmes. L’avortement y est légal mais les moyens sont notoirement insuffisants.

Le nombre d’avortements y est historiquement élevé en raison d’une très mauvaise diffusion de la contraception. La puissante église orthodoxe grecque y étant opposée. Ainsi seules 4% des femmes grecques prennent la pilule. ⅓ des couples pratiquent l’interruption du coït comme méthode contraceptive.

La crise a encore fait augmenter le nombre d’avortements, de nombreuses familles n’ayant pas les moyens d’élever un enfant. Dans le même temps tout le système public hospitalier hellénique s’est trouvé fragilisé par les drastiques coupes budgétaires. L’interruption volontaire de grossesse (IVG) se fait ainsi le plus souvent de manière médicamenteuse, et de nombreux hôpitaux redirigent vers des cliniques privées faute de moyens. La corruption y est également endémique, les médecins n’hésitant pas à demander de l’argent pour faire remonter les femmes dans les listes d’attente.

La Grèce est aussi profondément marquée par l’afflux de réfugiés. Les femmes qui fuient la guerre ont un très mauvais accès à la santé et donc à l’IVG.

Le droit à l’avortement, toujours un combat en France

Si la situation en France pour les femmes est nettement meilleure que dans beaucoup d’autres pays, le droit à l’avortement n’est pas pour autant une bataille à négliger.

Le collectif pointe notamment les différentes mesures d’austérité touchant l’hôpital public et ses conséquences sur l’accès à l’IVG pour les françaises.

La fermeture des ⅔ des maternités depuis les années 70 à conduit à la fermeture d’autant de centres d’interruption volontaire de grossesse, ce qui complique l’accès effectif au droit à l’avortement. Le collectif note toutefois que l’accolement des centres IVG aux maternités est loin d’être une solution idéale pour les femmes.

L’occupation des blocs opératoires est également un soucis. Les hôpitaux privilégient les opérations les mieux rémunérées, ainsi les IVG par aspiration sont souvent abandonnées au profit des IVG médicamenteuses. Chez les féministes, ont craint même la perte de savoir faire de l’IVG instrumentale tant le phénomène est massif.

Au-delà de ces difficultés matérielles, de nombreux dysfonctionnements persistent notamment dû à la mauvaise formation des médecins en la matière. Ainsi le délai de réflexion pourtant aboli est encore régulièrement pratiqué.

Pire, des pratiques honteuses sont également régulièrement recensées, ainsi des femmes ont pu être contraintes à accepter la pause d’un implant pour que l’IVG soit réalisée, d’autres n’ont pas reçu d’anti-douleur avant une IVG médicamenteuse.

Cette journée internationale pour le droit à l’avortement permet de rappeler que les droits des femmes restent un combat partout dans le monde.

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde