portraits-de-figures-feminines-de-revolution-russe-1Affiche de Vladimir Maïakovski, 1920, "Ouvrières prenez les armes" PCF | RêvolutionS
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Portraits de figures féminines de la Révolution russe (1/2)

Si l’histoire de la Révolution russe tend à ne retenir que les noms de personnages masculins, celle-ci a pourtant aussi été le fait des femmes. Parmi elles, plusieurs ont tenu un rôle de premier plan. Petit tour d’horizon non exhaustif.

Alexandra Kollontai (1872-1952)

CC0 | Domaine Public

Issue de l’aristocratie, Alexandra Domontovich mène d’abord un combat contre sa propre famille. Craignant « de mauvaises fréquentations », sa famille lui interdit de rentrer au lycée (elle suivra des cours particuliers) et cherche à la marier. À l’âge de 17 ans elle rejette un mariage arrangé avec un cousin, puis à 20 ans se marie contre l’avis de ses parents avec une certain Vladimir Ludvigovich Kollontai dont elle prendra le nom. Trois ans plus tard, elle se sépare de son mari et part suivre des cours d’économie à l’Université de Zurich.

Elle adhère aux thèses marxistes et, à travers des voyages dans toute l’Europe, rencontre différentes figures du mouvement ouvrier telles que Lénine, Plekhanov, Rosa Luxembourg ou Paul Lafargue. Adhérente au Parti Ouvrier Social-Démocrate dès sa fondation (1898), elle choisit dans un premier temps le camp des mencheviks dans la querelle qui les oppose aux bolcheviks. La Première Guerre mondiale et les tiraillements des mencheviks face à l’attitude à adopter la poussent à rejoindre les bolcheviks qui eux sont fermement opposés à la guerre.

Membre du Comité central du parti bolchevik lorsque éclate la révolution d’Octobre, Alexandra Kollontai devient en 1917 commissaire du peuple à l’assistance publique (c’est-à-dire ministre de la santé). Elle devient ainsi la première femme ministre de l’histoire contemporaine. Membre de l’opposition ouvrière qui conteste la ligne du parti bolchevik entre 1920 et 1921, Alexandra Kollontai poursuit ensuite une carrière diplomatique. En 1923, elle devient ambassadrice de l’URSS en Norvège. C’est de nouveau une première, puisque dans l’histoire contemporaine aucune femme avant elle n’avait exercé cette fonction. Sa carrière diplomatique la conduit ensuite au Mexique et en Suède. Elle mènera aussi les négociations de paix entre l’URSS et la Finlande en 1940 et celles portant sur l’armistice avec la Roumanie en 1944.

Au-delà de son statut de première femme ministre, Alexandra Kollontai a marqué les esprits par ses combats pour l’émancipation des femmes. En 1919, elle crée avec Inès Armand le département du parti chargé de l’action auprès des femmes (Jenotdel), qui pendant onze ans va produire un important travail pour promouvoir l’égalité des sexes à travers des campagnes d’ampleur dans toute l’Union Soviétique.

Par son action en tant que commissaire du peuple et en tant que dirigeante du Jenotdel, elle contribue fortement à l’adoption de mesures telles que le divorce par consentement mutuel, l’égalité salariale, les congés de maternité, ou encore le droit à l’avortement. Elle milite aussi pour l’abolition de la prostitution tout en rejetant les lois de prohibition qu’elle juge hypocrites.

Elle réfléchit également aux relations amoureuses, sur le plan sentimental comme sur le plan sexuel. Alexandra Kollontai appelle à rejeter les règles issues de la morale bourgeoise et prône l’amour libre. Pour elle, l’amour libre doit reposer notamment sur l’égalité des rapports mutuels, sur l’absence de possessivité et sur la reconnaissance des droits individuels de chacun au sein du couple. Ses prises de positions, comme ses multiples liaisons, lui vaudront une certaine hostilité chez les cadres bolcheviks masculins.

Mettant fin à ses activités diplomatiques en 1945, Alexandra Kollontai meurt finalement le 9 mars 1952.

Anna Ielizarova Oulianova (1864-1935)

CC0 | Domaine Public

Née le 14 août 1864, Anna Ielizarova Oulianova est la sœur ainée de Vladimir Illitch Oulianov dit Lénine.  Arrivée à Saint-Pétersbourg en 1883 pour suivre les cours Bestoujev, (premiers cours universitaires ouverts aux jeunes filles dans la Russie tsariste) elle participe pour la première fois à une manifestation politique en 1886. En 1887, son frère Alexandre est arrêté pour avoir tenté d’organiser un complot contre le Tsar. Bien qu’étrangère à cette conspiration, Anna est elle aussi arrêtée et est condamnée à 5 ans d’exil en Sibérie.

En 1893, elle s’établit à Moscou et rejoint un groupe révolutionnaire dénommé « l’Union moscovite des ouvriers ». Le groupe dispose de sa propre imprimerie, ce qui lui permet d’éditer son matériel de propagande. Anna se lance dans la traduction d’œuvres et d’écrits militants en langue allemande et rédige des brochures.

En 1896, elle se rend à Saint-Pétersbourg où son frère Lénine vient d’être arrêté. Elle lui fournit des livres et fait sortir de prison ses lettres et écrits. Elle quitte ensuite la Russie et rencontre le théoricien marxiste russe Plekhanov et son groupe « Libération du travail ». Rentrée en Russie à l’automne 1898, elle adhère au Parti Ouvrier Social-Démocrate qui vient d’être fondé et intègre le Comité du parti à Moscou.

Les années qui suivent sont marquées par une activité militante importante. Anna joue un rôle central dans l’édition et la diffusion (souvent clandestines) des écrits et journaux révolutionnaires. C’est notamment elle qui organise la diffusion de L’Iskra en Russie et se charge d’éditer les premiers livres de son frère. Elle doit subir la répression de la police tsariste : elle est de nouveau arrêtée en 1907, 1912, 1916 et 1917 !

Après la révolution de Février, elle intègre le Comité central du parti bolchevik et devient secrétaire de la Pravda. Impliquée dans la préparation de la révolution d’Octobre qui amène les bolcheviks au pouvoir, elle dirige ensuite le département de la protection de l’enfance puis devient commissaire du peuple (c’est-à-dire ministre) à la protection sociale. Elle dirigera par la suite le commissariat du peuple à l’éducation.

Anna consacrera la fin de sa vie à l’étude de l’histoire du mouvement révolutionnaire russe et à la réunion des différents documents concernant son frère. Elle meurt à Moscou en 1935.

Konkordia Samoïlova (1876-1921)

CC0 | Domaine Public

Née « Konkordia Gromova » et fille d’un prêtre orthodoxe, elle part à 20 ans à Saint-Pétersbourg contre l’avis de ses parents pour suivre les fameux cours Bestoujev (premiers cours universitaires ouverts aux jeunes filles dans la Russie tsariste). L’année suivante, elle commence à militer dans les cercles révolutionnaires étudiants. En 1901, elle est arrêtée lors d’une réunion. Une perquisition à son domicile permet de saisir un revolver et « de la littérature illégale ».  Konkordia Samoïlova est emprisonnée pendant trois mois, puis exclue de l’enseignement supérieur à sa libération. Elle part à Paris en 1902 et collabore à la rédaction de l’Iskra, journal alors dirigé par Lénine.

Rentrée en Russie en 1903, elle contribue fortement au développement du Parti Ouvrier Social-Démocrate au sein duquel elle intègre le courant bolchevik. Passant successivement par Tver, Odessa, Rostov, Moscou, Louhansk et Saint-Pétersbourg, elle s’affirme comme une propagandiste infatigable, multipliant les conférences et réunions, mais aussi comme une organisatrice de premier plan.  De nouveau arrêtée par la police tsariste en 1909, elle est libérée en 1910. Elle se marie alors avec le révolutionnaire Arkardi Alexandrovitch Samoïlov dont elle prend le nom, son nom de jeune fille étant trop connu par la police.

En 1912, elle devient secrétaire de rédaction du journal la Pravda, puis participe en 1914 au lancement du journal Rabotnitsa (« Ouvrière »), publication destinée aux femmes. Après la révolution de Février 1917 qui chasse le pouvoir tsariste, elle est en charge de l’organisation du  parti bolchevik et du travail de propagande à Petrograd. Après la prise du pouvoir par les bolcheviks en octobre 1917, elle poursuit ses activités militantes, toujours partagée entre son implication dans la cause des femmes et son rôle d’organisatrice et de propagandiste itinérante à travers la Russie.

Elle meurt du choléra en 1921.