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Retraites : entêtement de l’exécutif, mobilisation des jeunes le 5 février

Près de deux mois après le lancement du mouvement social contre la réforme des retraites, le gouvernement n’a pas réussi à convaincre les Français. La mobilisation se poursuit et ce sont désormais les jeunes qui prévoient de se faire entendre le 5 février prochain.

La mobilisation

Pour un mouvement qui va vers ces deux mois d’existence, on ne peut pas dire qu’il soit mort. Les cortèges syndicats ont moins fait le plein jeudi dernier que les semaines précédentes. Cependant, ce sont toujours plusieurs centaines de milliers de manifestants qui ont marqué leur rejet du projet de réforme des retraites. Une journée de mobilisation encore réussie et qui s’inscrit dans un contexte de multiplication des initiatives et d’agglomération des luttes.

Dans les universités et organismes de recherche, la LPPR a redonné du souffle à une mobilisation qui porte désormais plusieurs revendications. Contre la réforme des retraites et pour le financement de la recherche, les chercheurs, techniciens et doctorants se réunissent en assemblée générale partout sur le territoire. Les lycéens et leur professeur, parfois aidés des parents d’élèves s’élèvent eux contre les conditions dans lesquelles se tiennent les épreuves communes de contrôle continu et plus généralement la réforme du bac. Si ces derniers ne sont pas massivement mobilisés contre la réforme des retraites, ils en seront les premières victimes.

Les grèves, loin d’avoir pris fin, perdurent dans certains secteurs. Ainsi les trois usines d’incinération de la petite couronne parisienne sont à l’arrêt. Ce sont 5 000 à 6000 tonnes de déchets quotidiens qui doivent trouver une autre solution, pour un surcoût de 700 000 euros par jours selon le syndicat intercommunal. Les salariés bien conscients de l’impact écologique de leur action pointent à raison le vrai responsable de ce gâchis : le gouvernement.

Le Conseil d’État

La contestation a également gagné le Conseil d’État, l’institution n’a pas apprécié la légèreté avec laquelle le gouvernement l’a traité. Réduit à examiner en trois semaines le texte de loi qui fait plus de 144 pages, les conseillers d’État ont également dû faire face à cinq versions différentes du même texte. Une situation dénoncée avec vigueur dans l’avis rendu :

« Le Conseil d’État souligne qu’eu égard à la date et aux conditions de sa saisine, ainsi qu’aux nombreuses modifications apportées aux textes pendant qu’il les examinait, la volonté du Gouvernement de disposer de son avis dans un délai de trois semaines ne l’a pas mis à même de mener sa mission avec la sérénité et les délais de réflexion nécessaires pour garantir au mieux la sécurité juridique de l’examen auquel il a procédé. »

Sur le fond l’institution du palais royal constate premièrement que l’étude d’impact est notoirement insuffisante. Les projections financières sont notamment épinglées comme lacunaires.

Le recours aux ordonnances est également dénoncé :

Le Conseil d’État souligne que le fait, pour le législateur, de s’en remettre à des ordonnances pour la définition d’éléments structurants du nouveau système de retraite fait perdre la visibilité d’ensemble qui est nécessaire à l’appréciation des conséquences de la réforme et, partant, de sa constitutionnalité et de sa conventionnaliste. […]Par ailleurs, pour l’une de ces ordonnances, particulièrement crucial pour la protection des droits des assurés, le Conseil d’État estime nécessaire d’ajouter une disposition précisant qu’en l’absence d’intervention de l’ordonnance prévue, la loi ne s’appliquera pas aux assurés concernés.

La dernière phrase sonne comme une claque pour le gouvernement et sonne comme un sévère avertissement sur la suite de la réforme. Cette disposition concerne la période de transition qui concerne tous ceux nés entre 1975 et 2004.

Le Conseil d’État a également souligné que l’inscription de la promesse de revalorisation des traitements des enseignants inscrits dans la loi était inconstitutionnelle.

Le gouvernement en roue libre

Le président Macron avait marqué la semaine dernière de ses déclarations provocantes, invitant ses opposants qui critiquent sa pratique du pouvoir à aller vivre en dictature. Cette semaine, le chef de l’État l’a consacré aux prochaines élections municipales, notamment aux nombreuses divisions qui traversent son camp. Loin de chercher à répondre aux nombreuses critiques faites contre sa réforme, Emmanuel Macron s’est donc attaché à régler des différents partisans à l’approche des élections municipales. Une préoccupation visiblement partagée par son Premier ministre qui en plein mouvement social a annoncé sa candidature à la mairie du Havre. Un décalage stupéfiant du couple exécutif avec la réalité du pays.

À l’Assemblée nationale, la majorité présidentielle se met en ordre de bataille pour défendre la réforme. Disposant toujours d’une confortable majorité ainsi que d’alliés serviles, le résultat du débat ne fait que peu de doute. Pourtant les voix se font toujours plus nombreuses à manifester leur incompréhension dans l’entêtement de l’exécutif à mener à son terme une réforme injuste et mal pensée.

Si les conséquences néfastes de la réforme en sont plus à démontrer, on peine toutefois à comprendre l’entêtement du gouvernement à poursuivre jusqu’au bout un projet aujourd’hui largement dénaturé. La perspective de la conférence de financement réunissant syndicats patronaux et de salariés ne trompe personne. Le nouveau système met en péril le droit au repos pour les futures générations. La mobilisation se poursuit et plusieurs organisations de jeunes, dont le MJCF, appellent à une mobilisation des jeunes le 5 février prochain.

Rédaction
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Collectif de rédaction d'Avant Garde