Quand la Révolution russe bouleversait l’art

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Quand la Révolution russe bouleversait l’art

Quand la révolution ouvre de nouvelles perspectives artistiques

Pour un bon nombre d’artistes russes, la révolution de 1917 signifie la fin de l’ancien monde et le début d’une ère nouvelle. La construction d’une société de type socialiste est une première dans l’histoire. Les lois, la morale, les relations entre individus ou encore le pouvoir : tout est amené à changer. Pour ce monde nouveau, il faut donc un art nouveau.

Dans les années qui ont précédé la révolution, la Russie était marquée par un bouillonnement artistique avant-gardiste. Ce sont précisément ces artistes avant-gardistes (Maïakovski, Rodtchenko, Stepanova, Lissitzky…) qui vont s’enthousiasmer pour la révolution d’octobre et produire des œuvres en lien avec les changements politiques qui se déroulent sous leurs yeux.

Le Namkompros et la politique artistique soviétique

En 1918 est créé le commissariat (ministère) à l’éducation du peuple, appelé « Namkompros ». La direction en est confiée à Anatoli Lounatcharski, un personnage atypique à la fois militant bolchevik de longue date et théoricien de l’art. Le Namkompros va avoir en charge l’organisation de la vie artistique. Des départements des beaux-arts (IZO) sont créés et leur direction est confiée à des artistes d’avant-garde. L’IZO de Moscou est ainsi dirigé par Vladimir Tatline qui s’entoure de grands noms comme Kandinsky, Malevitch et Rozanova.

Sous l’égide du Namkompros sont aussi constitués des ateliers libre appelés « Svomas ». Remplaçant les anciennes académies d’art de l’époque tsariste ,qui imposaient un art officiel, les Svomas sont des ateliers gratuits et ouverts à tous, sans condition de diplôme. Les Svomas seront par la suite remplacés par les « Voukhtemas » (ateliers supérieurs d’art et de technique) et « l’Inkhouk » (Institut de la Culture artistique).

La politique artistique soviétique des premières années qui suivent la révolution est aussi marquée par le développement des musées et des expositions, pour diffuser l’art auprès du plus grand nombre. Pas moins de 36 nouveaux musées sont ouverts avant 1921, alors que le pays est encore en pleine guerre civile !

Le constructivisme

Cet appui donné à des artistes d’avant-garde va permettre l’essor d’un courant artistique nommé le « constructivisme ». Le constructivisme repose sur des compostions réalisées à partir d’éléments géométriques. Pour les constructivistes, il faut en finir avec l’art bourgeois d’avant la révolution. Une nouvelle société implique des nouvelles formes d’art. Le constructivisme est envisagé comme s’intégrant au « Proletkult », c’est-à-dire à la culture au service du prolétariat. Le constructivisme devient la forme d’art par excellence de la période révolutionnaire. Il marque de son empreinte les nombreuses affiches politiques de l’époque mais aussi les couvertures de revues, l’architecture, la photographie, les décors de théâtre…

L’une des affiches constructivistes les plus connues de cette période est certainement  «Battez les blancs avec le coin rouge» d’El Lissitzky. Sur cette affiche de 1919, un triangle rouge pénétrant un cercle blanc symbolise le bolchevisme terrassant les armées blanches (contre-révolutionnaires). Le cercle blanc est dans l’obscurité, le triangle rouge dans la lumière. Les forces de l’avenir s’opposent à celle du passé. Cette affiche est caractéristique des objectifs que se fixent les constructivistes : un maximum de clarté pour un maximum d’impact.

Cet avant-gardisme artistique qui illustre les premières années de la révolution russe est cependant critiqué. Face aux tenants d’un art nouveau pour une société nouvelle, des voix s’élèvent pour prôner des formes d’expression plus facilement compréhensibles par le peuple, grâce à des messages et des esthétiques plus simples et moins conceptuels. Dans les années 1930, le constructivisme sera abandonné au profit d’une nouvelle forme d’art : le réalisme socialiste.

Cependant, le lien tissé entre les artistes d’avant-garde et le mouvement communiste à l’occasion des premières années de la révolution russe fera école. Ainsi, les liens que le PCF tissera dans l’entre-deux guerre avec le mouvement surréaliste ou les adhésions après 1945 d’artistes comme Pablo Picasso ou Fernand Léger perpétueront l’idée de l’engagement des artistes prônant « un art nouveau pour un monde nouveau ».


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