Thomas Barby (CGT) : “la grève des éboueurs restera historique pour la métropole toulousaine”

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Cet hiver, la métropole toulousaine a connu une grève historique des éboueurs. Avant-Garde revient sur ses motivations, sur les revendications et les conclusions du conflit, avec Thomas Barby, secrétaire général de la CGT Toulouse Métropole.

D’où ce conflit historique des éboueurs de Toulouse prend-il sa source ?

Tout part de la loi de transformation de la fonction publique d’août 2019. Cette loi s’inscrit dans la continuité de la destruction du service public. 

Ce qui nous intéresse le plus dans cette loi, ce sont les 1607 heures qui constituaient le maximum d’heures annuelles de travail que l’on pouvait réaliser par an dans la fonction publique. Tout un tas de régimes dérogatoires avaient été acquis historiquement et cette loi y met fin. Les 1607 heures sont ainsi dorénavant le nombre d’heures de travail à effectuer par an, et non plus le maximum d’heures, soit l’équivalent de 35 heures hebdomadaires et de 25 jours de congés dans l’année. 

Ce nouveau régime met fin à tous les régimes dérogatoires tel que les 10 jours de congés en plus dont bénéficiaient les fonctionnaires de Toulouse Métropole, jours acquis grâce à loi constitutionnelle de libre administration des collectivités territoriales.

Comment a donc débuté ce mouvement social en 2021 ?

Fin 2021 ont commencé les négociations quant à l’application de cette loi et donc la mise en place des 1607 heures dans nos deux collectivités, soit la mairie et la métropole. 

Lors de ces négociations, nous pouvions retrouver les syndicats menés par la CGT accompagnée au début de Sud et de la FSU qui expriment alors un rejet de l’application de cette loi en prenant exemple sur certaines mairies qui ont refusé son application comme, par exemple, la mairie communiste de Bonneuil-sur-Marne. 

Les négociations ont été très longues avec une menace qui planait sur les fonctionnaires d’être remplacés par des sociétés privées s’ils étaient en désaccord avec l’application des 1607 heures ainsi que l’arrêt des régimes dérogatoires. 

En quoi ces régimes dérogatoires étaient-ils si importants pour les fonctionnaires de Toulouse Métropole ?

Si nous avions ces régimes particuliers, ce n’était pas pour rien. Nous avions acquis ces jours de congés supplémentaires parce que la fonction publique territoriale regroupe de très nombreux métiers difficiles. Ces métiers comportent du travail de nuit, du travail en week-end, en horaires décalés, dans le froid, sous la canicule, etc. 

Les services techniques sont majoritaires à la métropole. Il existe une équipe qui travaille tous les jours fériés, tous les week-end et toutes les nuits. Nous avions ainsi acquis 10 jours de congés supplémentaires en 1998 en reconnaissance de la pénibilité de nos métiers.

Comment se sont déroulées les négociations avec la direction de Toulouse Métropole ?

Celles-ci ont été très compliquées. La loi devant être appliquée en janvier 2022, il était essentiel de procéder aux négociations bien amont mais elles ne débutaient jamais. Pas de négociations en septembre, non plus en octobre. 

Ce n’est qu’à la moitié du mois de novembre, seulement un mois et demi avant l’échéance, que la direction a rencontré les représentants des syndicats. C’est alors que nous nous sommes rendus compte que la direction, à travers un court document écrit, était revenue sur tous les acquis particuliers aux métiers d’agents de collectes et, plus particulièrement, d’éboueur. 

Quels sont ces acquis particuliers qui ont été attaqués par la direction de Toulouse Métropole ?

Le document que nous a fourni la direction mettait fin à la double rémunération des jours fériés, les éboueurs perdaient les 10 jours de congés supplémentaires acquis comme tous les autres agents de la collectivité, ainsi que le “fini-parti” qui consiste à l’arrêt du travail des éboueurs lorsque ceux-ci ont fini leur tournée en avance. Avec l’arrêt du “fini-parti”, c’est en moyenne 1h45 de travail en plus par jour pour les éboueurs soit l’équivalent de 70 jours par an. 

En compensation, la direction ne nous a proposé que deux jours de congés ainsi qu’un nouveau règlement de collecte qui se voulait extrêmement rigoureux contenant des vérifications en tout genre. Il n’y a donc pas réellement eu de négociations.

Quelle a été la réaction des éboueurs et des syndicats face à cette attaque de la direction ?

Devant les propositions de la direction s’est montée une intersyndicale assez large avec quasiment l’ensemble des syndicats représentatifs au comité technique (excepté la CFDT) accompagné de la FSU. Après une discussion avec les agents, la première proposition qui est ressortie était de respecter à la lettre les nouvelles consignes imposées par la direction ainsi que les consignes de sécurité afin de démontrer qu’il est impossible de respecter le nouveau règlement et de finir les tournées dans le temps imparti. 

Les ordures ont donc commencé à s’entasser dans les rues étant donné que les éboueurs n’étaient pas en capacité de finir leurs tournées dans ces conditions. La direction a donc décidé d’embaucher de nouveaux agents mais venant d’entreprises privées. Il se trouve que ces sociétés privées n’étaient pas non plus en capacité de finir les tournées et ne respectaient absolument pas les règles de sécurité. Ce processus a duré environ trois semaines à partir de mi-novembre. Voyant que la direction ne réagissait pas, il a alors été décidé de poser un préavis de grève. 

Quelles étaient les revendications portées par les éboueurs lors de cette grève et comment s’est-elle déroulée ?

Les éboueurs avaient plusieurs revendications dont principalement le maintien du “fini-parti” mais également l’embauche des contractuels, par exemple. La direction refuse alors toutes négociations si le “fini-parti” est maintenu dans les revendications, ce que les agents ont fini par accepter mais en demandant de larges compensations comme d’augmenter le nombre de jours de dérogation au 1607h, alors fixés à 2 jours par la direction. 

La demande faite par les éboueurs et les syndicats était de ne pas avoir de jours dérogatoires supplémentaires de congés mais que cela soit réparti sur l’année avec une heure de fin officielle plus tôt chaque jour. Ceci semblait être un bon compromis au “fini-parti”. Évidemment, la direction n’a pas accepté et une suite de confrontations stériles ont eu lieu, tout en laissant la ville noyée sous les ordures au mépris des toulousains et toulousaines notamment durant les fêtes. 

Ajouter à cela les mensonges de la direction publiés sur les réseaux sociaux ainsi que les déclarations du maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc lors de ses vœux pour la nouvelle année qui n’ont fait qu’accroître la colère des éboueurs et aggravé la situation. Les grévistes ont alors entièrement bloqué les dépôts et empêché chaque camion de rentrer ou de sortir et ont ainsi  complètement mis à l’arrêt la collecte des déchets.   

Comment s’est finalement clos ce mouvement social ? Peut-on parler de victoire pour les éboueurs de Toulouse Métropole ?

Après plusieurs mois de négociations et presque un mois de grève, les éboueurs et les syndicats sont parvenus à obtenir 11 jours de congés compensatoires pour la pénibilité ; 3 jours de congés compensatoires pour les jours fériés posés par la direction dès le début de l’année ; une augmentation de la prime qui passe de 300 euros à 450 euros annuels ; et une réduction du temps travail de 1h30 par jour sur les 2 mois d’été ainsi que la dernière semaine de juin et le première semaine de septembre donc sur environ 10 semaines. 

Cette finalité n’a pas satisfait les éboueurs mais a été malgré tout acceptée, les agents et les syndicats étant épuisés par la grève et le long processus de négociation. On ne peut pas réellement parler de victoire car, là où les éboueurs ont réussi à obtenir l’équivalent d’environ 25 jours de congés, ils en ont perdu bien plus avec la fin du “fini-parti” et des régimes particuliers soit environ 70 jours de congés. Ce mouvement social restera pourtant historique car il est le plus important que la métropole toulousaine n’ait jamais connu.