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Éducation

A Toulouse, les professeurs se mobilisent contre le manque de moyens

Le premier octobre dernier, les professeurs de trois établissements de l’Académie de Toulouse se sont mis en grève. Entretien avec une enseignante mobilisées.  

Pouvez vous nous détailler les raisons  ?

Nous sommes 3 lycées à recevoir les élèves provenants de sept collèges, dont trois collèges REP+ et d’un collège REP. 

Ce sont donc des élèves qui avaient l’habitude d’être dans des établissements à 16 élèves par classe, et qui se retrouvent d’un coup dans des classes à 36. Ce n’est plus possible.

Quelles étaient les revendications ?

Il s’agissait d’un mouvement de grève spontané, principalement pour demander plus de moyens.

Nous voulions également aborder la réforme Blanquer, qui tue les lycées, qui sont censés être des lieux d’ouverture et de respiration pour les élèves. Le principe de base s’entend : il s’agit d’empêcher les dérogations à la carte scolaire, en limitant le recours aux options facultatives. Ce qu’il se passe c’est que c’est aux lycées de financer les options facultatives. Résultat, les lycées bourgeois de centre-ville, qui peuvent se permettre de ne pas avoir recours aux demi-groupes pour les langues ou les maths par exemple, font des économies, et peuvent donc financer des options facultatives et rester attractif, tandis que les lycées accueillant des élèves de quartiers populaires se retrouvent sans rien. 

Avant au lycée, quand on venait d’un quartier populaire, on pouvait croiser des élèves qui venaient d’autres milieux, et qui faisaient des options théâtre, latin, art-appliqué, rencontrer des gens différents et s’enrichir. Maintenant qu’on n’a plus les moyens d’avoir des options facultatives, les élèves sont assigné·e·s à résidence, il n’y a plus de mixité sociale.

Obtenez-vous des réponses du rectorat ?

Nous voulions effectivement être reçu·e·s par la directrice académique des services de l’Éducation nationale (DASEN). Nous demandons ça depuis le mois de mai, sans succès. Nous avons juste eu une communication à travers les grilles du rectorat, le symbole est indigne. 

Quelles suites sont envisagées pour la mobilisation ?

Nous essayons de nous rapprocher des parents d’élèves, en distribuant des tracts et en faisant signer des pétitions.

La première session d’épreuves communes de contrôle continu pour la bac général doit avoir lieu en janvier 2020. Dans 74% des lycées, les enseignant·e·s ne savent pas comment seront organisées les salles d’examen, et dans presque la moitié, elles et ils ne savent pas comment les sujets vont être choisis, d’après une étude du SNES-FSU, qui demande d’ailleurs à ce que les épreuves soient annulées…

Je suis totalement d’accord, c’est le flou total. Il n’y a aucune directive nationale, on ne sait pas comment organiser les épreuves. Mettre 300 élèves de première dans une salle pour organiser une épreuve, c’est du boulot, on peut pas faire ça à l’improvisation ! Les parents commencent à réaliser, et sont en panique. Nous avons reçu hier, 10 octobre, les instructions pour les épreuves de janvier !

Avec le contrôle continu, et en mettant des épreuves tout le long du lycée, il y a aussi une volonté de faire des économies, avec l’idée qu’il n’y a personne à payer en plus pour la surveillance des épreuves, la correction des copies, etc. 

Concrètement, où en êtes-vous dans la préparation des épreuves ?

Il y’a une banque nationale des sujets, à laquelle seuls les responsables d’établissements ont accès pour le moment. Il n’y a, à ma connaissance, qu’un seul lycée sur l’Académie où il y a eu une rencontre entre les enseignant·e·s et la direction.  

Par ailleurs, du fait de la liberté pédagogique, chaque enseignant·e·s peut mener sur l’année le programme dans l’ordre qu’elle ou il juge le plus pertinent, et également en fonction des épreuves qui arrivent (Devoir commun, Bac Blanc…). Aujourd’hui, comment mener le programme ? Nous sommes à 3 mois des premières épreuves et que nous n’avons toujours pas les sujets potentiels ! 

Rédaction
Rédaction
Collectif de rédaction d'Avant Garde