Valérie Pécresse : récit d’une traversée du désert

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Grande gagnante du congrès national du parti Les Républicains (LR) face à Éric Ciotti, Valérie Pécresse est candidate pour la première fois à la magistrature suprême. La présidente de la région Île-de-France, réélue en 2021, a bénéficié pendant le mois de décembre d’une dynamique favorable pour faire concurrence à E. Macron. Se présentant comme une « dame de faire », 2/3 Merkel et 1/3 Thatcher, V. Pécresse a l’ambition d’attirer vers elle les déçus de la droite, partis au centre ou à l’extrême droite. Récit d’une traversée du désert.

Celle qui a quitté sa formation politique en 2019, dénonçant un rapprochement avec l’extrême droite, semble revenir vers les vieilles recettes. Entourée d’une équipe profondément libérale, la figure d’E. Ciotti plane pourtant sur sa campagne : impossible d’ignorer la ligne radicale de son ancien adversaire au congrès national. Cette situation pousse Pécresse dans un double jeu périlleux. Chassant sur les terres de Macron pour en absorber l’électorat libéral, elle s’aventure désormais sur un terrain identitaire… Qu’il est dur de retrouver un espace politique !

On savait en effet que son camp d’été en URSS l’avait « vaccinée contre le communisme » dès sa jeunesse. Mais qui pouvait penser que la candidate LR serait aujourd’hui le relais de la théorie du grand remplacement ? En meeting au Zénith de Paris le 13 février, le virage radical de Pécresse a surpris tous les observateurs. Et a déçu son électorat modéré. Sa baisse de près de 4 points dans les sondages depuis lors ferait presque de la peine aux plus empathiques d’entre nous.

Autosabotage

Cette chute vertigineuse s’explique également par un talent propre à Valérie Pécresse : sa capacité d’autosabotage. La presse et les médias sont unanimes. Ces dérives de fond s’accompagnent, malgré tous les entraînements reçus, de difficultés sur la forme. Jusque dans son camp, sa performance du 13 février a été longuement décriée. Elle laissait transparaître une candidate mal à l’aise, manquant de sincérité et de dynamisme. A l’inverse de son concurrent direct sur l’électorat Fillon, Éric Zemmour, à l’extrême droite.

S’il fallait une preuve supplémentaire de la perte de vitesse de la candidature de V. Pécresse, il n’y a qu’à regarder tous les départs de responsables politiques LR vers d’autres aspirants à l’Élysée. Tandis que Guillaume Peltier a rejoint Zemmour, Macron obtient la préférence d’Éric Woerth, Renaud Muselier, Natacha Bouchart. Peut-être même bientôt de Nicolas Sarkozy.

Ainsi, malgré son très gros patrimoine de 10 millions d’euros, Valérie Pécresse n’aura pas su construire un vote de classe, en rassemblant autour d’elle la bourgeoisie française et les libéraux en tous genres. La proximité entre les programmes économiques des candidats de droite est à la faveur du président sortant. Identiquement, sur les enjeux régaliens et de société, l’ancienne compagne de route de « la Manif pour tous » est boudée par des électeurs préférant le vote d’extrême droite.

Au final, on dirait bien que Les Républicains ont trouvé leur Benoît Hamon.