Élections en Espagne : pas de vainqueurs, mais les fascistes défaits

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Élections en Espagne : pas de vainqueurs, mais les fascistes défaits

Dimanche se tenaient en Espagne les élections législatives. Convoquées plus tôt que prévu par le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez suite à la débâcle électorale de la gauche aux municipales de mai, tout semblait conduire cette consultation à un triomphe de la droite et de l’extrême droite. Finalement, la gauche résiste bien, et l’extrême droite essuie un revers. 

Une campagne à droite toute 

Annoncés par tous les sondages comme les grands vainqueurs du scrutin, les droites espagnoles devront se contenter d’une courte majorité relative au parlement. Avec 33% des voix, le Partido Popular (PP, droite traditionnelle – NDLR) arrive bien en tête de ce scrutin, juste devant le Parti socialiste. Toute la campagne durant, la droite espagnole a été à l’image de ce qu’elle a été durant le mandat de la coalition de gauche au pouvoir depuis 2019 : outrancière et fanatique. 

Entre l’augmentation du salaire minimum et des pensions, une politique ouvertement féministe et progressiste, les réactionnaires avaient en effet de nombreux reproches à adresser à la gauche au pouvoir. 

Car au-delà d’un Parti socialiste tièdement social-démocrate, le gouvernement a pu compter sur la participation active du Parti communiste espagnol et de Podemos, avec comme figure de proue Yolanda Diaz, ministre communiste du Travail, artisane des réformes sociales et personnalité politique la plus populaire du pays. Un cauchemar donc pour la droite qui aura voulu faire de la campagne un “référendum anti-Sanchez”, quitte à ne pas faire campagne sur ses propres propositions. 

L’extrême droite en déroute

Mais si la droite traditionnelle sort de ces élections avec bien plus de députés qu’à la précédente législature (+48), l’extrême droite, elle, connaît un fort revers. 

Apparu il y a quelques années, le parti quasi ouvertement franquiste Vox était sur une pente ascendante. Aux dernières élections, il récoltait plus de 15% des voix et obtenait 52 députés. Quatre ans plus tard, celui-ci perd la moitié de ses parlementaires. La faute probablement à un discours fasciste totalement débridé, qui a pu faire fuir même les plus réactionnaires du pays. 

Négation des violences faites aux femmes, climatoscepticisme, ultranationalisme et qualification “d’ennemis de l’état” des partis indépendantistes, Vox a certainement fait peur à une Espagne qui, malgré ses fractures, ne semble pas avoir oublié son histoire et ne souhaite pas réitérer l’expérience du fascisme. 

Une gauche qui fait plus que résister

Mais cette contre-performance ne saurait s’expliquer que par les discours tenus par le parti franquiste. Face au bloc des droites prêt à s’allier pour gouverner, la gauche a su mener une campagne offensive, anti-fasciste, en choisissant de mettre en avant son bilan social. 

Une stratégie payante puisque le Parti socialiste augmente légèrement son score de 2019 et obtient deux députés supplémentaires, talonnant ainsi le Partido popular avec 31,7% des voix. Mais la bonne surprise vient aussi de la nouvelle formation “Sumar”, dirigée par la ministre du Travail communiste Yolanda Diaz. L’organisation qui a pris le relai de coalition formée entre Podemos et le Parti communiste espagnol parvient à maintenir quasiment son score de 2019, en perdant tout de même quatre députés. 

L’affaire était loin d’être gagnée, le parti majoritaire de la coalition, Podemos, ayant vu sa popularité chuter considérablement suite à de multiples scandales, politiques ou non. 

Un avenir incertain qui s’ouvre

Ainsi, dans un contexte de montée des droites, le bloc de gauche au parlement reste quasi stable par rapport aux dernières élections. 

Finalement, la droite obtient en cumulé environ 45% des voix tandis que la gauche en obtient 43%. Il y a quatre ans, c’était presque l’inverse. À l’heure actuelle, aucune des deux coalitions n’est donc en mesure de former un gouvernement. Une fois n’est pas coutume, ce seront les nationalistes, majoritairement basques et catalans qui seront faiseurs de rois. 

Si la coalition de gauche peut déjà quasi s’assurer du soutien des nationalistes de gauche, elle devra manœuvrer avec le centre droit pour obtenir leur abstention lors du vote d’investiture, ce qui permettrait à Pedro Sanchez de rester Premier ministre. Une victoire courte et certainement insuffisante pour mener des transformations radicales dans le pays, certes, mais qui permettrait d’infliger un revers fort à la droite et l’extrême droite, qui se voyaient déjà gouverner main dans la main.


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