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Éducation FRANCE

Entretien avec Louise, oubliée d’APB

Ils sont 87 000 bacheliers à ne pas avoir obtenu d’affectation pour la rentrée malgré le fait qu’ils aient formulé de multiples vœux sur APB. Un chiffre historique qui témoigne des ravages que crée ce dispositif injuste, couplé à une austérité budgétaire destructrice. Nous avons rencontré Louise, l’une de ces nouveaux diplômés sur le carreau, en Seine-Saint-Denis.

Avant Garde : Peux-tu nous expliquer ta situation ?

Louise Mollier-Sabet : Cette année, j’étais en terminale ES. Comme tous les futurs étudiants, je me suis inscrite sur APB, site qui référence presque toutes les formations auxquelles on peut accéder après le bac. J’y ai donc formulé des vœux, d’abord pour plusieurs BTS audiovisuels, puis pour des DUT information-communication, ainsi que dans des licences de cinéma.

A savoir que mon souhait était de m’essayer à la pratique audiovisuelle, et que du coup les licences de cinéma s’éloignaient déjà de ce que je voulais faire car elles proposent des formations plutôt théoriques. Enfin, j’ai choisi une « licence verte », licence qu’on nous présente comme accessible à tous car il est censé y avoir de la place.

Vu qu’il n’y avait rien qui se rapprochait de près ou de loin à ce que je voulais faire, j’ai choisi une licence verte en arts du spectacle dans ma fac de secteur. On choisit cette licence par dépit, mais on se dit que c’est un choix de secours, « si jamais ».

Après les trois phases d’admission, je me retrouve avec des vœux refusés, une place d’attente à la 139ème place, et une licence verte qui, pareil, n’a pas la capacité de m’accueillir.

AG : Avais-tu pourtant fait toutes les démarches demandées par APB?

LMS : Tout ce que demande APB quand on s’inscrit dessus, c’est que l’on formule un vœu de licence verte afin d’être accepté quelque part dans tous les cas, ce que j’ai fait. Mes profs ont vérifié nos vœux avant de les valider pour voir si on en avait mis suffisamment. J’ai essayé la procédure complémentaire, qui est censée nous aider à formuler des nouveaux vœux, mais il n’y a pas de choix, la seule licence que je peux demander dans ma fac de secteur est une licence de langue…

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AG : Dans ton entourage, d’autres bacheliers sont-ils aussi concernés ?

LMS : La plupart de mes amis sont admis, mais dans des vœux très éloignés de ce qu’ils voulaient faire. Ils sont soit acceptés dans des licences vertes, soit dans leur 10ème vœu ou plus. On a fait une réunion pour savoir qui n’avait pas été accepté, et dans mon lycée (Paul Eluard), on est une vingtaine à s’être déplacés, et encore, cela représente ceux qui ont pu venir mais je pense qu’on est bien plus en réalité, sans compter ceux du lycée Suger à Saint-Denis aussi.

AG : Quelles sont selon toi les raisons de ce phénomène massif ?

LMS : C’est un problème qui ne date pas d’hier mais qui va en s’aggravant. Cela fait des années que les facs sont blindées, et c’est un phénomène que l’on remarque depuis la crèche et qui touche toute l’éducation, de l’entrée à l’école aux études supérieures. De nouveaux élèves arrivent tous les ans et trop peu d’établissements sont construits, trop peu de postes d’enseignants sont créés. Les effectifs de classes sont donc optimisés, et les amphithéâtres en fac ne peuvent accueillir tout le monde.

La seule réponse du gouvernement repose sur le fait de faire des économies, ce qui entraîne des restrictions budgétaires dans les services publics, dont celui de l’éducation. Au lieu de réfléchir en chiffres, il faudrait réfléchir en humain. Des élèves sont obligés de s’endetter pour aller en école privée, alors que l’éducation accessible et gratuite pour tous est un droit fondamental, bafoué aujourd’hui.

AG : Que comptes-tu faire pour sortir de cette situation ?

LMS : L’alternative qu’on nous propose est d’aller, de fin août à septembre, demander des places directement dans les facs avec une dérogation, là où il y aura de la place.

Bien sûr, c’est frustrant, parce que du moment  qu’on a notre bac, on est censés être acceptés dans la fac et la licence de notre choix, alors que là on se bat pour avoir quelque chose, n’importe où.

Des actions sont en train de se préparer, dont des rassemblements devant les rectorats, des pétitions, des manifestations à la rentrée, et tout ce qui pourra rendre encore plus visible ce chiffre scandaleux de 87000 bacheliers sans affectations.

On sent une vraie solidarité qui naît autour de cela, et en plus d’être réconfortant, on compte bien en faire une force.

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