Iran : de la révolte féministe à la révolution ?

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16 septembre 2022. L’Iran apprend le décès de Masha Amini, étudiante arrêtée par la « police des mœurs » pour un voile mal porté 3 jours plus tôt. Si la version officielle parle d’un « problème cardiaque soudain », pour des milliers d’Iraniennes, la réalité ne souffre d’aucune discussion : l’étudiante a bien été assassinée par les sbires de la République islamique.

Une mobilisation féministe de la jeunesse

Aussitôt l’émotion, puis la colère s’emparent des Iraniennes, asphyxiées par un régime ultra conservateur et patriarcal qui entend contrôler chaque partie de leur vie et de leur corps. D’abord sur les réseaux sociaux, où les vidéos de femmes, souvent jeunes, retirant leur voile, le brûlant ou encore se coupant les cheveux arrivent à passer entre les mailles de la censure. Ensuite dans la rue, où des manifestations sont organisées au Kurdistan iranien, région dont était originaire Masha Amini, avant de s’étendre à l’ensemble du pays et particulièrement à Téhéran, la capitale. 

Très rapidement, les revendications ne portent plus uniquement sur la liberté de porter ou non le voile, mais bien sur les conditions de vie des femmes résumées dans le slogan scandé par les manifestantes, progressivement rejointes par des hommes : « Femmes, vie, liberté ». Car au-delà de l’emprise du régime sur leurs corps, les Iraniennes ont à subir une situation sociale particulièrement dégradée, avec un taux d’emploi de seulement 13,9 % contre plus de 50 % dans la société tout entière. La colère devient alors révolte au pays des Mollahs, ouvrant ainsi la voie à un mouvement de plus grande ampleur remettant en question l’existence même du régime islamique. 

Un mouvement qui s’élargit 

Ainsi, un premier appel à la grève générale est lancé le 19 septembre, et les manifestations deviennent alors de plus en plus fournies et mixtes. Les slogans évoluent aussi, et c’est désormais aux cris de « mort au dictateur » que défilent les manifestantes et les manifestants. Il n’en faut pas plus pour le régime, qui semble prendre au sérieux cette révolte plutôt inédite dans un pays qui vit sous une chape de plomb depuis la prise de pouvoir des islamistes lors de la révolution de 1979. Le 30 septembre, la police tire à balle réelle sur la foule, dans laquelle des enfants sont présents, faisant ainsi 66 victimes en ce jour désormais baptisé par les Iraniens « vendredi sanglant ». À l’heure où ces lignes sont écrites, on dénombre plus de 400 personnes assassinées dans les manifestations et des milliers de blessés. 

Mais loin de mettre un terme à la mobilisation, la répression féroce semble avoir renforcé la détermination des contestataires face à un pouvoir incapable d’entendre les revendications de son peuple. 

L’entrée en lice du milieu étudiant dans le mouvement donne ainsi un nouveau souffle, en ancrant la révolte dans les lieux d’études, et en portant la voix de toute une jeunesse qui souhaite en finir avec la censure et les règles patriarcales absurdes, en même temps qu’elle revendique son droit à l’éducation. La « Journée de l’étudiant » organisée tous les 7 décembre par le régime lui-même a ainsi tourné à la démonstration de force étudiante avec des rassemblements importants dans plusieurs universités dans le pays. 

Mais c’est aussi le monde du travail qui participe pleinement au mouvement, avec des appels à la grève parfois bien suivis dans un pays où l’arrêt du travail est loin d’être aisé tant la pression économique, mais aussi sociétale est forte. Ce sont pourtant des centaines de magasins qui se sont mis à garder les rideaux baissés durant les grandes journées de mobilisation en soutien avec le mouvement. 

La révolution ou la barbarie 

Quel avenir alors pour ce mouvement ? Il semble qu’aujourd’hui, les seules issues soit un renversement du régime, soit le statu quo. En effet, les velléités de réforme de quelques « modérés » ou « progressistes » proche du pouvoir apparaissent bien incapables de répondre aux aspirations exprimées par les femmes iraniennes, et avec elle un peuple tout entier. Ainsi, l’annonce de la fin du port du voile ou la suppression de la police des mœurs n’auraient qu’un impact très limité tant la révolte pose aujourd’hui clairement la question de la fin d’un régime islamique tyrannique. 

Les Iraniennes donneraient alors une grande leçon au monde et aux mouvements sociaux. Celle que le combat féministe est bien ce combat capable d’entraîner toute la société vers la révolution.